I Love You Phillip Morris (Glenn Ficara & John Requa)

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L’affiche du film est explicite : I Love You Phillip Morris (ILYPM) parlera de gay, gay, gay. Mais aussi (et surtout) de prison.
 
En effet, le héros, Steven Russell, a décrété qu’être homo, ça douille, donc pour pouvoir s’assurer le train de vie d’un gay branchouille de la côte ouest des US, il multiplie les arnaques, les fraudes à l’assurance, et même les impostures. Évidemment, tout cela le mène à la prison. Sa première visite le fait rencontrer le timide Phillip Morris, dont il tombe passionnément amoureux. Tout le reste de sa vie devient alors une succession de faux-semblants pour protéger ou libérer Phillip Morris.




Le film commence très fort en enchaînant les péripéties et les rebondissements. On a droit à du pur Jim Carrey, il ne faut donc pas être allergique à ses mimiques et à l’éternel sourire vissé à son visage, même quand il apprend qu’il a été adopté, même quand, une fois adulte, sa mère biologique refuse de lui adresser la parole, même quand… bah il va en prison. Les 45 premières minutes sont un pur délice, comique de répétition, bons gags, répliques bien trouvées. On découvre peu à peu le vrai visage de Russell, ce bon père de famille et bon époux qui décide de faire tomber le masque après un accident de route qui a failli lui être fatal. Il fait son coming-out devant sa femme très bigote, s’affiche à L.A. avec Jimmy, son nouveau copain, chemise largement ouverte, bijoux bling-bling, pantalon moulant.

Après tous ces bouleversements et le déluge d’informations apportées par Russell, le film se calme un peu en mettant en scène la vie en prison. Elle est plutôt cool d’ailleurs, pas d’homophobie, une relative tolérance pourvu qu’on en ait intégré les codes, qu’on se soit fait (rapidement) tabasser ou qu’on se livre à quelques gâteries. Bref, le film s’assume là-dessus, on n’est pas dans Oz, le but est de montrer l’ingéniosité de Russell. Celui-ci est une véritable anguille et, doté d’un puissant cerveau, il parvient à se faire sa place, à obtenir tout ce qu’il veut. Sa rencontre avec Phillip Morris peut être qualifiée de niaise : conversation dans la bibliothèque, quelques regards et hop, c’est du « je t’aime à la vie à la mort ».

Si on passe outre cet élément récurrent, Steven Russell étant un amoureux transi du début à la fin, c’est franchement marrant de voir le blond timoré interprété par Ewan McGregor être moins coincé qu’il n’en donne l’impression. Cette deuxième partie est moins réussie que la première, mais j’ai quand même bien aimé voir comment Russell parvient à falsifier des documents en prison pour faire libérer Morris ou à se faire passer pour un gardien ou un infirmier.

Peu à peu, le film glisse vers une intrigue à la Attrape-moi si tu peux, les tentatives d’évasion se font de plus en plus nombreuses et sont montrées avec plus ou moins de panache. J’ai adoré la scène où Russell, 2 minutes après avoir été transféré dans une prison, se glisse parmi le personnel pour prendre l’ascenseur, sous les yeux ébahis de ses compagnons de galère. D’autres passages sont plus classiques ou déjà vus, le tout s’enchaîne un peu difficilement. Le film ne devient pas ennuyant pour autant mais on enchaîne les tours de passe-passe sans trop de logique.

Lorsqu’il n’est pas en prison, Russell est directeur financier ou avocat. Tout est fait pour nous montrer son génie : sans diplôme, il berne tout le monde, parvient à ses fins grâce à son éloquence, surprend par son originalité, trafique des comptes. Encore une fois, c’est drôle, on se demande pourquoi les gens sont si crédules, et en plus, le tout est fait pour offrir un luxe incroyable à Phillip Morris. Néanmoins, cette dernière partie met du temps à arriver à la problématique visée : qui est Steven Russell ? Pourquoi fait-il tout ça ? Et finalement, il n’y a aucune vraie réponse.

ILYPM démarre sur les chapeaux de roue et alterne entre le mièvre guimauve total, les répliques franchement salaces et les coups de Steven Russell. Si on n’est pas dérangé par le fait que le film part parfois dans plein de directions et se perd un peu dans ses propos, on passera un très bon moment. Si on a peur des scènes Bisounours, on regardera quand même ce film hyper-drôle malgré ses maladresses parce qu’il y a Jim Carrey, des phrases cultes et des coups de génie. Bref, ILYPM est un film hybride qui ne parle pas spécialement de la société gay mais vogue entre l’histoire d’amour passionnée et les escroqueries d’un héros finalement attachant.

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