Isabella (Pan Ho-cheung)

, , No Comments
Is she a one-nighter or is she his daughter?
La tagline résume au final assez mal ce film beaucoup plus riche et fouillé qu’elle ne le laisse croire.
Effectivement, une partie du film montre Shing, un policier suspendu de ses fonctions pour corruption, accessoirement assoiffé de sexe qui cumule les relations d’une nuit. Toutes les filles de Macao, où se situe le film, semblent y passer sauf que son dernier coup, Yan, dit à Shing, tout naturellement, que ce dernier a par le passé couché avec sa mère, ce qui fait d’elle sa fille.




Bien que loin de se trouver soudainement une fibre paternelle, Shing ne vire pas non plus sa fille et demande des nouvelles de la mère. La mère est décédée d’un cancer du poumon. Donc la fille n’a nulle part où aller, ça fait des mois qu’elle n’a pas payé son loyer et que le propriétaire a mis la chienne qu’elle possédait à la porte. Yan part alors en panique et en pleurs à la recherche de sa chienne, pour se rendre compte que sa méthode (qui consiste à courir partout et hurler) n’est pas la plus efficace. Shing cherche ainsi à la consoler et apprend que cette chienne, Isabella, est un souvenir de la mère décédée (dont l’un des prénoms est également Isabella).

À partir de là, le père et la fille se montrent plus solidaires, s’échangent plus de mots. Yan emménage même chez son père et plusieurs épisodes nous racontent leur complicité. À mon avis, c’est vraiment la partie forte du film : il ne s’agit pas de savoir si elle est bien la fille de Shing puisqu’ils ne se posent pas la question, et, contrairement à quelques avis que j’ai lus sur Internet, je ne trouve pas qu’une relation ambiguë se noue entre Shing et Yan. Ils n’ont pas recouché ensemble et ne se séduisent pas, ne se tournent pas autour.

Ils s’amusent surtout, à se taquiner, à se faire peur, à se bagarrer, à se soûler et chanter. Alors certes, ce ne serait pas forcément le genre de choses qu’un père ferait avec sa fille… s’il l’avait vue grandir. En 16 ans, Yan a eu le temps de devenir une belle jeune fille au fort caractère (tête brûlée mais attachante), pourquoi Shing referait son éducation ? Il est déjà trop tard, ils ont déjà été amants. L’amour qu’il lui porte est à mi-chemin entre celui d’un père à sa fille et celui d’un homme à une femme. Il ne cherche pas à nier ce qu’il a fait ni à éviter ce qui va arriver.

Au fur et à mesure, on apprend même qu’Isabella (la mère) est le premier et seul amour de Shing mais qu’elle n’a pas pu l’épouser pour cause de contraintes familiales et sociales. Personnellement, je ne suis pas très satisfaite de cette explication un peu vaseuse et facile mais le film est intelligent : il ne s’agit pas de dire que Shing revoit en Yan son premier amour pour justifier leur relation. Mièvrerie évacuée.

De son côté, Yan chasse d’abord les nombreuses copines de Shing, non pas forcément par jalousie mais plus par jeu. Elle s’est installée dans sa vie et raconte son nouvel amour à un camarade de classe de manière très enfantine, très admirative de son « mec » plus âgé (mais elle préfère dire « mature »), fleur bleue et naïve. Il n’y a pas d’ambiguïté car elle est convaincue de la place qu’elle a prise dans le cœur de son père. Preuve en elle de la clé de l’appartement dont elle a fait faire une copie. Le thème de l’inceste est donc très très implicite ici, le film se dégageant de toute question morale, religieuse, légale ou sociale pour se focaliser uniquement sur les moments que vivent ses deux protagonistes.

Cependant, les affaires sales dans lesquelles Shing trempait refont surface, il risque la prison si on le dénonce. Occasion inattendue pour Yan de proposer à Shing de fuir en Thaïlande où ils vivraient tranquillement ensemble. Shing ne semble pas ravi de la proposition et après quelques détours et retournements, trouve un compromis pour se sortir de cette affaire et rejoindre Yan par la suite…

J’ai énormément apprécié ce film. Pour le filmage, très lent et qui se concentre sur des détails. La plupart des scènes se déroulent dans un appartement typique de Macao, sale, humide, meubles bancals, et ses alentours, des jardins d’enfants et ses dépotoirs. L’ambiance se veut intimiste, il y a peu d’acteurs, on voit surtout les principaux dans leur vie quotidienne : en train de manger, de passer des appels téléphoniques, de dormir et de ronfler… on les voit vivre donc.

Au niveau de la musique, j’ai beaucoup accroché également, opéras, classiques qui font vraiment du bien aux oreilles. En général, je ne remarque la bande-son qu’au second visionnage mais là, elle m’a semblé terriblement en accord avec le film, son rythme, sa tension, elle accentue les sentiments même. Et d’ailleurs, elle a récolté l’ours d’argent au 56ème Festival international du film de Berlin.

Le contexte que je n’ai pas développé : juste avant la rétrocession de Macao à la Chine, d’août à décembre 1999. Je me trompe très certainement mais j’ai senti comme une ambiance lourde, les gens s’attendent à la foudre et profitent au maximum de leur vie avant qu’elle ne tombe sur eux.

Et le meilleur pour la fin : les acteurs ! Chapman To n’a plus à prouver son talent, il incarne plutôt bien le père qui prend les choses telles qu’elles viennent, n’en fait jamais trop, et a un jeu très juste. Isabella Leong, en revanche, si j’en crois les articles la concernant, était plus une jeune pop star « mignonne mais c’est tout ». Bah là, pas du tout, elle maîtrise très bien les émotions, joue naturellement, est très gracieuse, perdue mais vive. Son personnage dans ce film est déjà impressionnant à la base et elle a réussi à endosser ce caractère fort avec beaucoup de talent.

Un coup de cœur !

0 commentaire(s):

Enregistrer un commentaire