Finn’s Girl (Dominique Cardona)

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Il s’agit du genre de production qu’on aurait aimé aimer, qui présente de bons éléments et qui a un petit quelque chose de très appréciable dans l’ambiance mais qui finalement ne parvient pas totalement à son but et se situe toujours entre deux eaux.



Reprenons depuis le début : l’intrigue. Il s’agit d’un côté des difficultés que rencontre Finn Jeffries, une gynécologue et avorteuse lesbienne, à discipliner la fille de sa partenaire décédée, et de l’autre côté, des menaces de mort qu’elle reçoit régulièrement pour oser pratiquer des avortements.

Ainsi, le film ne se soucie pas vraiment de tout l’aspect social de l’homosexualité, le monde semble exceptionnellement tolérant et même, les couples homosexuels ont tous un palmarès impressionnant de succès sociaux et professionnels. Sauf quand l’un des partenaires décède évidemment. D’accord, pourquoi pas, après tout, un film gay n’a pas forcément à être lourd et parler d’homophobie mais quand même, ce film est relativement mielleux et caresse le spectateur dans le sens du poil. A nouveau, on se retrouve avec de belles maisons, des cliniques à la pointe de la technologie, un monde vraiment à part et par là même, quelque peu manichéen. Néanmoins, ça ne dérange pas trop et on peut se dire qu’il s’agit là d’un conte urbain.

De plus, l’intrigue avec la fille au début de sa crise d’adolescence est plutôt crédible. La gamine, du nom de Zelly, a du mal à accepter la mort de sa mère et les nombreuses absences de Finn. Enfant précoce et mutine, elle enchaîne tour à tour les phrases assassines et les périodes de malaise. Pour autant, elle n’est ni énervante ni même aussi démoniaque qu’une vraie ado. Cela est dû d’une part à la jeune actrice et sa bouille franchement sympa et d’autre part, à son rôle ambigu. Zelly ne déteste pas le monde entier, ne se rebelle pas véritablement et n’a que quelques écarts de conduite sans conséquence : joints et vol à l’étalage (de magazines pornographiques, notamment). Pourtant, elle se montre raisonnée et semble être consciente de ses actes.

De fait, si le film évite l’écueil d’un jeune personnage chiant pensant que le monde tourne autour de lui, on se demande également où se situe sa tension et sa problématique : on nous présente une Finn inquiète de la tournure que prend la vie de Zelly mais paradoxalement, cette tournure reste politiquement très correcte, très lisse et ne se révèle pas à la hauteur de l’intrigue.

Heureusement, le film reste subtil à ce niveau et témoigne de l’inquiétude de Finn et non pas d’alarmisme. Elle est elle-même déboussolée de la perte de sa partenaire, se remémorant les petits détails quotidiens qui la caractérisaient, en proie à des menaces et tentatives d’assassinat, au point mort niveau sentimental et avec Zelly, elle se montre trop laxiste.

En effet, elle se repose assez aveuglément sur l’intelligence de Zelly et souhaite ne pas l’envahir. Résultat, elle est dans l’incapacité d’imposer une quelconque autorité et fonde ses espoirs dans la voie du raisonnement et des dialogues. La prestation de l’actrice est convaincante dans ce rôle de mère paumée, inconsciente et vivant encore dans le passé. Ce comportement donne lieu à deux autres ramifications au sein de l’intrigue.

Premièrement, le thème de la mort et des souvenirs. Comme le film reste relativement léger, il n’effleure qu’à peine cette douleur et se contente de conter des petits détails et de montrer des photos de visages heureux. Et pourtant, en omettant ou en choisissant d’occulter la mort par laquelle il débute, le film manque de quelque chose. De sérieux, de réalisme, de consistance peut-être. Il ne s’agissait pas forcément de virer au drame mais le drame devient trop incontournable une fois les bases du scénario posées.

Deuxièmement, le thème de la parenté. Les petits amis de Zelly proviennent de familles allant du conservatisme à l’ultra-conservatisme et sont envieux de sa mère libérée et cool. Si on oublie le fait que Zelly ne subit aucune brimade et est même admirée, on peut tout de même se dire qu’il y avait de quoi développer une sous-intrigue intéressante avec l’assimilation parents gays=parents sympas ainsi que la normalité que Zelly essaie parfois d’atteindre. Eh bien non, le film ne creuse pas de ce côté-là non plus.

Par conséquent, on essaie de loucher ailleurs pour voir de quoi le film retourne. Malheureusement, ce ne seront pas non plus les menaces de mort que reçoit Finn qui seront développées. D’ailleurs, les accents de thriller de Finn’s Girl m’ont un peu gênée car je n’imaginais pas qu’une avorteuse puisse recevoir des menaces si sérieuses, à Montréal, au Canada, et encore moins que la seule protection qu’elle puisse recevoir vienne de deux policiers en civil qui passent leur temps à bavarder et plaisanter.

Le mouvement pro-life et contre l’avortement devient franchement débile et leurs arguments sont réducteurs, alors que même si l’on peut ne pas approuver leur point de vue, on pourrait reconnaître que leur rhétorique ne se résume pas (toujours) à avortement=meurtre. Dans ce film, le mouvement n’est présent que dans le but de donner du piment à l’histoire, d’effrayer Zelly et d’introduire les deux policiers, l’une d’eux tombant finalement amoureuse de Finn. Cette technique artificielle est ampoulée, complètement irréaliste et franchement tirée par les cheveux. Est-ce qu’il fallait vraiment cela pour accroître le suspens ou conclure l’histoire joyeusement ?

Au final, malgré mes critiques un peu dures, Finn’s Girl ne me paraît pas être un film à éviter. C’est un film plein de bonne volonté mais maladroit, jonglant inconfortablement entre les genres sans parvenir à se fixer une fois pour toutes. Néanmoins, il présente de très bons points comme le cadre urbain, une certaine tendresse envers les enfants, une ambiance presque féérique par moment mais forcément, il en devient un peu naïf et rose bonbon. A noter enfin que l’univers médical est présenté assez superficiellement, sans ses horreurs et ses travers, tout est beau et clinquant et que la révélation finale concernant la conception de Zelly est abracadabrante et inutile…

Un petit film sans prise de tête et peut-être trop léger mais comportant des aspects agréables.

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