Le Club de la Chance (Wayne Wang)

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Ça faisait longtemps que je n’avais pas cassé du film…
The Joy Luck Club est ennuyant et décevant. Voilà, c’est fait.

Bon, plus sérieusement…

Ce film est basé sur le roman du même nom d’Amy Tan, dont je n’ai lu que The Opposite of Fate, son autobiographie. Et vu comme ce bouquin m’avait enchantée et remuée, ça me fait mal de me dire que ce film est associé à Amy Tan.
À l’époque, il a été considéré comme un chef-d’œuvre a été très bien reçu par la critique et le public.


Mais sérieusement, où sont passés les traits d’esprit de l’auteur ? Et l’humour ? Et le cynisme ? Et l’auto-dérision ? Et les situations si bien décrites ? Et… tant de choses. Ce film m’a tant déçue que je vais devoir l’enlever de ma mémoire pour pouvoir lire le roman sans a priori.

De quoi il est question ? De 4 femmes chinoises émigrées aux États-Unis, de leur passé et de leur relation avec leurs filles, qui sont nées, elles, sur le sol américain.
Il y a Suyuan et sa fille écrivaine, June.
Puis Lindo et sa fille Waverly, à la tête d’une entreprise qui marche ou quelque chose de ce cru.
Ensuite Ying Ying et sa fille Lena, mariée à un Asiatique grippe-sou comme c’est pas permis.
Et enfin An-Mei et sa fille Rose, mariée à un riche Américain.

Au long chapitre des choses qui m’ont déplu :
* La narration. Merdique. Si si. On se contente de montrer lors d’une grande fête, tout le monde réuni. Y a 35 000 personnes qui parlent en même temps et soudain, la caméra s’approche de la personne qui parlait en dernier, elle prend un air pensif et commence à raconter son histoire à elle. Quand elle a fini, hop, re-focus sur une autre personne et rebelote. Heu, sérieux ?! Y a pas plus ingénieux que de monter bout à bout des histoires ? D’accord, le film a 15 ans mais j’ose espérer que c’était de la paresse là.

* Filmage, cadrage. Je ne m’y connais pas du tout en ce domaine mais rien de bien original ou d’accrocheur. On passe d’un sujet à un autre sans bonne transition, c’est du basique. Dans certains films, ce n’est pas grave car l’histoire ou les acteurs nous happent, eh bien, pas là. Ça dessert encore plus le propos. Les couleurs ne sont pas harmonieuses, le tout fait documentaire de basse qualité.

* Les relations mère-fille se répètent. On retrouve le même schéma : la mère qui a vécu des choses difficiles en Chine (mari infidèle à l’extrême, concubine bafouée, mère infanticide, mère qui abandonne ses enfants en fuyant la guerre), elle est complètement tyrannique et exigeante avec son enfant, décalage entre Chine et États-Unis, incompréhension et non-dits.
D’accord mais c’est tout ? Amy Tan avait si bien réussi à analyser tout ça de manière personnelle, sans grosse explication sociologique bien lourde et avec beaucoup d’humour dans The Opposite of Fate. Là, on sent venir les intrigues, les histoires ne m’ont guère passionnée, la reconstitution historique pas crédible. C’est du carton-pâte. D’une manière générale, je regrette que les relations soient entrevues de façon si superficielle, sauf dans un cas. Pas beaucoup de fond, on ne voit que la mère tout diriger dans la vie de sa fille, sa tristesse et ses remords et le peu de rébellion de la part des filles.

* Les hommes… sont soit absents soit des connards. C’est simple au moins. On ne voit pas beaucoup les pères des filles. Les mariages ne sont guère heureux : forcés, contraints, par dépit.
Quant aux filles elles-mêmes, une seule se marie avec un homme qu’elle aime vraiment. Les autres ont des mariages qui battent de l’aile. Rose est devenue si effacée en face de son mari américain qu’il ne conçoit plus de relation avec elle. Lena vit avec un mari qui partage en 2 absolument toutes les dépenses sauf quand il s’agit du chat : c’est son chat (enfin, celui qu’il lui a offert !), c’est donc à elle de payer pour les produits anti-puces…
Ces 2 mariages ratés auraient pu être mieux traités. Rose se heurte à la condescendance de sa belle-famille (« on n’est pas racistes mais tu vois, dans le monde, y a des gens qui ne sont pas aussi bien[veillants] que nous »), elle sombre dans une spirale où elle ne cherche qu’à plaire à son mari au point de devenir une simple cuisinière qui se dévalorise. Lena se convainc que son mari n’est pas si mal que ça car il est juste et équitable. Et c’est un thème vraiment très intéressant à la base, le clivage chinois-occidental en ce qui concerne les dépenses, beaucoup de familles chinoises ayant du mal à accepter que tout soit partagé à 50-50, estimant que c’est là la façon occidentale de faire les choses, en contradiction totale avec la notion de couple.

* Les petits contes moraux qui accompagnent le film. Pitié… A-t-on vraiment besoin d’insister encore plus sur l’amour maternel, sur le fait que la mère ne cherche qu’à transmettre le meilleur à sa fille, mais qu’elle est jugée étouffante en raison de la différence de pays, de mentalité, de passé ?

* Les actrices ! Arghhhh. Mais c’est quoi ce casting ! L’actrice principale, Ming-Na, est insupportable, on dirait qu’elle est sous somnifère et qu’elle ne fait que sourire. Accessoirement, elle aborde en permanence un air de constipée. Les autres ne sont pas convaincantes. On dirait qu’elles dictent un texte et qu’elles font de la figuration. Pas assez engagées dans le film, pas dans le film tout court. Au secours, c’est la première fois que je vois une brochette d’interprétations aussi minables.
De plus, le son et les mouvements de la bouche ne sont pas synchros du tout et ça se voit terriblement. Ça fait très amateur. Les dialogues ne sont pas naturels, les fautes d’anglais commises par les mères ne sont pas réalistes car parfois elles se mettent à parler avec un anglais parfait. Et par-dessus tout, la moitié des actrices a une voix pas agréable du tout pour l’oreille.

* Et la musique… ah, quelle musique ?

Au chapitre de ce qui m’a fait plaisir, tout de même :
* Ce portrait des États-Unis, avec lesquels je ne suis pas familière. Quelques petites allusions à ce fameux clivage entre l’Occident et l’Orient mais on enfonce des portes ouvertes. Rien de très fin. Je n’ai pas lu le roman encore une fois, mais l’œuvre d’Amy Tan semble parsemée de petites perles d’anecdotes et vraiment très riche. Ah oui, je suis au chapitre des bons points. C’est sympa de voir ce qui se passe de l’autre côté de l’Atlantique, les mœurs différentes. La fête qui réunit ce monde est artificielle, juste un prétexte mais montre le communautarisme (sans connotation péjorative) que l’on retrouve davantage là-bas. Les maisons de banlieue, les réunions… Chose qui ne serait pas pertinente en France, par exemple.
Autre petit détail qui m’a choquée : les filles sino-américaines parlent à leur mère exclusivement en anglais… Je ne sais pas si elles ne parlent pas le chinois ou si c’est un refus de leur part mais toujours est-il qu’à la fin, lorsque June va en Chine, elle parle un mandarin parfait.

* L’histoire de Waverly est celle qui m’a le plus intéressée. Sa relation avec sa mère est la plus aboutie des 4, elle parle ouvertement du pouvoir que cette dernière exerce sur elle et du besoin d’être reconnue, de son enfance où elle était malgré elle un prodige au jeu d’échecs et de sa rivalité avec les autres enfants. On voit le conditionnement familial, le poids de l’éducation et on la voit tiraillée entre son ethnicité et sa terre d’accueil. Et l’actrice est aussi celle qui s’en sort le mieux.

* Le mari de Rose, Ted, est bien vu. Loin des stéréotypes dont il a été accusé, il ne s’agit pas de montrer que bouh Américain=grand méchant loup. Au contraire, et c’est peut-être ce que les gens ont interprété comme le cliché, il accorde beaucoup d’importance à l’opinion de sa femme et privilégie le dialogue et le débat. Il est las que sa femme réponde toujours « comme tu veux » ou mieux, « tout ce que tu veux ». C’est quelqu’un qui essaie de comprendre le fossé culturel bien qu’il n’y parvienne pas tout à fait. Hélas, le film finit par faire de Rose, l’épouse, une martyre qui ne comprend pas sa vraie valeur et qui finalement, envoie paître Ted. Heu… mais pourquoi ?! C’est pourtant elle qui est dépeinte comme une femme tombée amoureuse parce que le Ted s’intéressait à elle.

* Bien que ce film ait été globalement un succès, il a été aussi accusé de renforcer les stéréotypes. Je ne trouve pas particulièrement, sauf au niveau des hommes. La mainmise des mères sur leurs filles n’est pas forcément exagérée, les différences culturelles non plus. Il ne s’agit pas de montrer la Chine que comme un pays machiste, anéanti sous les traditions, polygame et cruel… Ce côté-là de la Chine de la fin du 19ème et début du 20ème siècles n’est là que pour accentuer les difficultés vécues par les femmes et pour tenter d’expliquer leur comportement obsessif envers leurs filles. Par contre, ce qui est clichéesque, c’est les paysages chinois. Le film a été partiellement tourné en Chine mais les paysages ont été soigneusement sélectionnés pour que l’on reconnaisse bien le pays. On croirait voir des tableaux.

Conclusion :
J’attendais tellement plus de ce film… Je ne m’explique pas son succès : peut-être l’époque, quand il y avait peu de films pertinents sur la communauté sino-américaine, peut-être la notoriété d’Amy Tan, peut-être le casting impressionnant en Asiatiques, peut-être l’exotisme et la mode du fossé culturel ont-ils ravi les spectateurs.

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