Un ange est passé (Frank Ronan)

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Un roman plus ancré dans la période de l’adolescence : Ronan n’a en tout cas pas oublié ce qu’il ressentait quand il avait 16-17 ans. Une sorte de « roman d’apprentissage », le narrateur découvre la vie à travers son meilleur ami, qui semble plus malin et plus au courant de ce qui se passe à l’extérieur de la campagne irlandaise dans laquelle ils grandissent. Ce meilleur ami est une fenêtre sur le monde, et s’oppose à la vie rurale.

D’apparence confiante et quelque peu présomptueuse, il n’aura cesse de fasciner le narrateur qui est plus discret et qui se retire volontiers pour laisser place à la personnalité de son ami. Peu à peu, le narrateur dévoile pourtant que leur relation, basée sur l’alchimie et la compréhension mutuelle, tacite, devient de plus en plus une dépendance pour lui d’abord, pour son ami vers la fin.

La fin de son adolescence est marquée par le suicide qu’il essaie de commettre peu après la mort de son père et du fait de l’absence de son ami parti en ville et s’il s’en sort, c’est, dit-il, grâce à l’intervention indirecte de celui-ci. Il parle alors de folie et de vouloir la cacher pour ne pas alerter son entourage, mais définitivement, grâce à cet acte, il s’est débarrassé de l’image du père qui le pesait, il s’est ouvert à la sexualité, en apprend davantage sur la religion, bref, il quitte son monde adolescent qui était dominé par son ami. De force, car leur relation était auparavant non entachée et assez exclusive, c’est l’envahissement du monde extérieur (découverte de la ville, influence de l’Angleterre – le rock, le punk, sa mode et ses tendances – l’avenir politique) dans leur campagne qui fait naître les pommes de discorde.

Un ange est passé est le premier roman de Ronan que j’ai lu, il possède à mon avis beaucoup de charme, certains passages sont vraiment poignants, entre autres parce qu’ils décrivent la réalité, des sentiments que tout un chacun a déjà éprouvés : la solitude qui exacerbe les émotions, la mélancolie omniprésente mais également les « problèmes » de l’adolescence (les filles, les études, etc.)

Le roman est bien foutu, pas un mot en trop, et l’humour, léger et recherché.
« La porte elle-même avait disparu depuis l’hiver rigoureux de 1976 où un étudiant en céramique, ayant épuisé sa provision de bûches, avait décidé que ce détail architectural n’était pas indispensable à l’intégrité structurale de la construction.
La rampe d’escalier avait subi le même sort, mais elle avait été ultérieurement remplacée par un étudiant en sculpture dont la thèse avait pour objet l’influence phallique des colonnes corinthiennes sur l’architecture irlandaise du XVIIIe siècle.
La porte s’était révélée irremplaçable, en partie parce qu’il avait été impossible de dénicher à Limerick un charpentier dans un état d’ébriété aussi avancé que celui de son constructeur initial [...] »

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