Spider Lilies (Zero Chou)

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Mais quelle mouche m’a piquée quand je suis allée voir ce film ?! Pourtant, la tagline du film, « Behind every tattoo, there’s a secret », aurait dû me mettre la puce à l’oreille : ce n’est clairement pas le genre de film que je sais apprécier…


Pourtant, j’étais curieuse de voir la fantastique Isabella Leong vue dans le film Isabella de Pang Ho-Cheung dans un rôle lesbien, voir l’idole Rainie Yang que je ne connaissais pas dans un rôle un peu moins sage et enfin, voir le film au scénario assez superficiel qui a gagné le Teddy Award du Festival international du film de Berlin, décerné aux films gays et lesbiens.

Eh bien la curiosité n’est pas un défaut, c’est vrai, mais ça peut être une sacrée perte de temps.

Par conséquent, je passe directement aux points qui m’ont déplu dans ce film – avec de vrais morceaux de SPOILERS.

Spider Lilies est une histoire d’amour d’enfance ! Bah voyons ! Dans nombre de films homosexuels (taïwanais), l’enfance pointe toujours son nez et les personnages, qui ont la vingtaine, vivent toujours dans leur enfance et adolescence. Dans ce cas précis, Jade (Rainie Yang) est tombée sous le charme de Takeko (Isabella Leong) à 9 ans et elles ont commencé à flirter vers 13 ans. Malheureusement, leur acte sexuel n’a jamais pu être consumé en raison d’un tremblement de terre. J’ai cru y déceler une métaphore salace mais non, rien de tout ça.

En effet, le tremblement de terre ne sert qu’à amorcer le thème du poids du passé. Takeko porte la peine du monde sur ses épaules parce que le soir du tremblement, elle avait grondé le petit frère qu’elle était censée garder, partie en le laissant en train de pleurer et avait été absente lorsqu’il a assisté à la mort de leur père, pris dans les décombres. Et depuis, son petit frère est traumatisé et semble avoir des capacités mentales réduites. Et parce que le tatouage qu’avait leur père sur son bras était la seule chose visible d’entre les ruines, Takeko a décidé de se faire le même tatouage sur son bras et de devenir tatoueuse. Au moins, la logique est implacable. Mais le tatouage, parlons-en justement ! Encore le mythe du tatouage maudit, qui vient des Enfers et qui mène aux Enfers.

Terrifiant. Non sérieusement, on se croirait dans un manga de mauvaise facture avec un personnage renfermé et sombre qui ne se laisse pas s’approcher.

À propos de manga, Takeko est d’origine japonaise par sa mère et elle a donc un drôle d’accent quand elle parle mandarin. Est-ce pour justifier son petit accent cantonais (l’actrice est originaire de Macao) lorsqu’elle parle ou bien pour mettre en valeur le côté cool japonais très répandu à Taïwan ? À nouveau, cet aspect étranger=mystérieux=cool=bien m’irrite un peu.

Niveau personnages, Takeko est un garçon manqué. Bah oui, elle porte des chemises et des pantalons, ne sourit quasiment jamais, fume et possède une moto. Logique, non ?! Ce qui prête à confusion, c’est qu’elle s’est effectivement créé un personnage froid et retiré du monde en raison de ses péchés (ou ce qu’elle voit comme tels) mais que comme le remarque Jade, elle est ridicule à se prendre pour un homme… Or, le film tombe dans son propre piège en nous montrant la plupart du temps comme elle a la classe alors qu’elle est un vrai cliché sur pattes.

Quant à Jade, elle est énervante. Loin de s’éloigner de son image d’idole pop, Rainie Yang campe dans ce film une jeune fille qui réalise des strip-teases sur Internet et tient un blog peu pudique. Oui, pourquoi pas, le sujet de la jeunesse face à ce genre de phénomènes est intéressant, mais Jade est en réalité hyper mignonne, très sensible et elle cherche le grand amour. Elle vit dans un univers fictif, pailleté et rempli de petites poupées à qui elle parle comme une gamine parce que l’univers d’Internet est meilleur que sa vie réelle, là où tout le monde l’a abandonnée.

On aurait pu avoir la super histoire d’une fille d’apparence dévergondée mais brisée à l’intérieur par ses parents qui l’ont abandonnée mais non, le film préfère insister sur les paillettes, les couleurs chatoyantes, la caméra artistique, le superficiel donc.
On remarque qu’elle vit avec sa grand-mère, qui ne se rend pas bien compte de ce qu’elle fait à travers sa webcam mais on n’en tire aucune conclusion, pas de fossé générationnel, pas de décalage et d’incompréhension.
Et en plus, un personnage inutile est présent dans le film. Il s’agit d’un jeune homme timide et bègue qui est en réalité un policier chargé de surveiller les sites web à caractère pornographique et d’arrêter les propriétaires de ces sites. Bien sûr, il a des difficultés à communiquer oralement et tombe amoureux de Jade au point d’en être niais et bien sûr, lorsqu’il discute virtuellement avec Jade, cette dernière croit que c’est Takeko qui lui parle. Et voilà comment les quiproquos se créent.
Ainsi, les acteurs… sont décevants. Isabella Leong est une bonne actrice mais son rôle limite son jeu.

Néanmoins, elle s’en tire honorablement lorsque son personnage craque et s’énerve.
Rainie Yang n’est pas du tout à l’aise ni convaincante lorsqu’il s’agit d’être lascive, elle abuse de son côté mignon avec une voix terriblement enfantine.
Et le meilleur pour la fin, la morale du film : ce n’est pas bien de vendre son corps sur Internet et de vivre dans le virtuel. Il faut rompre avec le passé et aimer. Pouah.

Au final, un film étonnamment pudique en contradiction avec le fait qu’il a été interdit aux mineurs : on ne voit pas un bout de chair, les strip-teases s’arrêtent avant d’avoir commencé, les phrases provocantes n’existent quasiment pas, résumant mal l’aspect webcam girl sulfureuse de Jade. De plus, les dialogues ne sonnent pas naturels et ne cessent de se répéter, on se demande à quoi ils servent à part retourner dans le passé et le ressasser de manière désagréable.

La symbolique du tatouage est caricaturale : les hommes veulent se faire tatouer pour montrer leur masculinité et les femmes parce qu’elles veulent perpétuer l’amour. Pis, cette symbolique est lourde, de même que tout ce discours sur les fleurs et le destin. Ce n’est pas crédible et ça dessert l’histoire.

Côté caméra, le film est esthétique mais pas à l’extrême, ce qui m’a tout de même plu. Les couleurs sont chatoyantes, les décors sélectionnés avec soin, entre jungles envahissantes et appartement sophistiqué, les vêtements sont innombrables, les tatouages tous très beaux.
Enfin, pour finir sur un autre bon point, la musique. Pas majestueuse, mais très appréciable. Mélancolique et raffinée, elle colle relativement bien au scénario.

Un film plutôt rose bonbon aux multiples intrigues plongeant trop loin dans le passé et ne servant qu’à montrer deux jolies actrices essayer de se faire des papouilles.

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