Batman: Gotham Knight

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Peu avant la sortie du blockbuster The Dark Knight, un DVD composé de 6 courts-métrages animés autour du croisé de Gotham est sorti.
Présentant la caractéristique d’être animés par des studios japonais comme Madhouse, Bee Train ou Studio 4°C et scénarisés par de grands noms américains tels que Brian Azarello ou David Goyer, ces courts durent une dizaine de minutes et se proposent de révéler un aspect de la personnalité ou du passé de Bruce Wayne.



Après un visionnage somme toute agréable, le constat est pourtant, comme pour beaucoup, très mitigé. Avant même de rentrer dans la description court par court, je dirais que ce dont souffre le plus Gotham Knight, c’est d’un manque de cohésion. On sent que les différents projets ont été confiés indépendamment à chaque équipe et au final, on voit mal l’intérêt d’un tel objet. Certes, peut-être qu’il n’a jamais été question de toute une étude autour de Batman dans laquelle chaque équipe décortique minutieusement la même chose mais c’est tout de même gênant, une telle succession de dessins animés sans aucun respect de chronologie, de thème ou de point de vue narratif. Il y a bien quelques éléments qui se recoupent mais ils sont trop isolés et superficiels pour être mentionnés.

Melting-pot raté, Gotham Knight s’affiche alors clairement comme un coup commercial relativement bien géré mais sans grosse prise de tête.
D’un point de vue personnel, je regrette le choix des ennemis (panel pas assez exhaustif) ainsi que le choix des thèmes, vus et revus, une assurance évitant toute prise de risque mais entravant également tout nouvel éclairage du personnage.

En ce qui concerne les courts-métrages en eux-mêmes, on peut trouver sur Internet toute une ribambelle d’avis différents se résumant en des B-AB-TB-Passable-AB-Nul Note globale : AB ou encore 5-3-9,5-8-1-7 Note globale : 5.41/10 et à vrai dire, par pure flemme, je ne vais pas déroger à cette sacro-sainte règle. Par flemme mais aussi parce que c’est encore ce qui reflète le mieux l’hétérogénéité de ces petits films et l’impact que ceux-ci ont sur ses spectateurs. En effet, en lisant les avis, on se rend compte qu’ils sont presque tous différents et que toutes les combinaisons existent.

Et encore une fois, c’est ce qui agace avec ce DVD, que ce soit une salade composée, de sorte que chacun puisse y trouver son compte mais c’est une salade classique et rentable, qui a décidé de mettre l’audace et l’initiative au placard.
Enfin, pour éviter de trop râler, voici le menu :

* Have I Got a Story for You (Josh Olson, Studio 4°C)
Graphiquement, c’est à donner des frissons… Couleurs pâles et délavées, petites bouilles rondes et boudeuses, plans vertigineux et nerveux à travers la ville, j’ai retrouvé avec plaisir le studio derrière le terrible film Amer Béton (adapté du manga de Taiyo Matsumoto). Allier streetwear et Batman ne me paraissait pas gagné et pourtant, le cocktail passe bien car le court prend le parti de construire en quelques minutes la légende du croisé de Gotham à travers des paroles d’enfants et en mesurant savamment le temps et le suspens avant son apparition. De ce fait, même si graphiquement, Have I… surprend les premières secondes, il m’a paru tout à fait dans l’esprit du personnage : furtif, taciturne, légendaire et en adéquation avec ce que le DVD promettait. Et ce, malgré, paraît-il, un scénario repompé ailleurs qui ne gâche pas la créativité et la malice de la narration. Une excellente entrée.

* Crossfire (Greg Rucka, Production I.G.)
Ouais. Sauf que ça part vite en couilles, Gotham Knight. Et je pèse mes mots. Crossfire est un des animes les plus nuls que j’ai vus. Techniquement, ça ressemble de près comme de loin à tout ce que je déteste : couleurs pas inspirées, mimiques déjà-vues, grosses mamelles heu…. poitrines féminines. Les 3 ensemble rendent le visionnage laborieux et donnent au court l’allure d’un anime de bas étage. Scénaristiquement, c’est encore pire : une sombre histoire de mafia ou de dealers amenant 2 officiers de police à être isolés et à se faire sauver par Batman. La famine créatrice est en plus renforcée par des dialogues qui n’apportent rien à l’histoire et qui semblent avoir été insérés là pour remplir le quota de réflexion et d’introspection. Et pour finir, je n’ai pas aimé cette manière de montrer la classe des personnages, les cascades, le feu brûlant, les cheveux au vent. Et puis quoi encore. 0,5/20 pour la présence.

* Field Test (Jordan Goldberg, Bee Train)
Un mois après visionnage, je me demande encore lequel de Crossfire ou de Field Test est le plus lamentable. Peut-être devraient-ils être ex aequo. Au niveau des graphismes, ce n’est clairement pas mon préféré (visages changeant et curieusement modélisés) et l’animation n’est pas très fluide, rendant les mouvements robotiques. Mais au niveau du scénario, on peut avoir cette sensation que le court-métrage est complètement à l’ouest : montrer un Bruce Wayne s’équiper d’armes à feu pour qu’il conclue de lui-même que les flingues, ce n’est pas son truc et contraire à sa morale, c’est assez nul. Un retournement relativement inutile et traité de manière bien superficielle avec une sous-intrigue sous-développée. Bref, toute une machine a été mise en branle pour pas grand-chose. Néanmoins, Field Test présente 2 petits lots de consolation : voir la vie mondaine de Wayne et revoir Lucius Fox et ses joujoux technologiques.

* In Darkness Dwells (David Goyer, Madhouse)
Qualité de retour juste quand on songe à faire une petite pause pour digérer les déceptions. À mon avis, In Darkness Dwells n’est pas le meilleur segment de Gotham Knight mais joue davantage la carte de l’originalité. Il est un peu inégal dans le scénario – beaucoup de blablas superflus pour faire démarrer l’intrigue, il me semble – mais surtout, dans son ambiance et sa tension. Dans ses meilleurs moments, on a droit à des scènes de panique en huis clos à mener un claustrophobe droit au suicide, avec une atmosphère lourde et malsaine, des bruitages réussis, des couleurs qui choquent les pupilles, le suspens qui se dévoile peu à peu. On suit donc très bien Batman dans les coins les moins séduisants de Gotham et en prime, on a droit à une vision un peu différente de la ville : les souterrains, les égouts, les marginaux. Le hic, c’est que la qualité ne se maintient pas toujours et certaines scènes sont tout juste passables : on regarde passivement en attendant que ça se passe, en attendant le prochain rebondissement. Mais ce chapitre a le mérite d’exister et de proposer quelque chose de sombre et d’oppressant, différent de ce qu’on peut voir.

* Working Through Pain (Brian Azarello, Studio 4°C)
Là où le scénario me semblait trop classique et facile, les graphismes et l’ambiance ont tout compensé. En effet, le thème est batmanien au possible : comment Bruce Wayne a appris à composer avec la douleur. Eh bien, grâce à sa fortune, il se paie un voyage en Inde et l’enseignement d’une fakir. Scénaristiquement, c’est bien ficelé avec les questionnements typiques de Batman mais c’est sans grande surprise. Graphiquement, les créations du Studio 4°C me mettent toujours la bave aux lèvres, grâce aux décors indiens et à l’harmonie des couleurs. On a droit à un vrai film du début à la fin sans temps mort, retournement de situation tiré par les cheveux ou fin précipitée. Toutes les minutes sont exploitées à fond et le court se suffit en lui-même : théorie et pratique coexistent et on a une vraie petite incursion dans la vie de Wayne avec ses dilemmes et ses remises en question. Prévisible et pourtant plaisant, mais surtout, indispensable dans une telle anthologie.

* Deadshot (Alan Burnett, Madhouse)
Souvent considéré comme le plus abouti – du moins, graphiquement —, Deadshot est effectivement merveilleusement animé, que ce soit les courses-poursuites sur des trains ou les trajectoires des balles. Pourtant, l’intrigue ne m’a pas passionnée, de l’histoire d’assassin à la mémoire de Wayne à propos du meurtre de ses parents, presque tout sentait le réchauffé. Peut-être que la narration déroutante et confuse y est pour quelque chose, toujours est-il que j’ai trouvé Deadshot assez anecdotique, ne poussant jamais le raisonnement trop loin et assurant le quota de scènes bourrines et bien foutues. Quoi qu’il en soit, il est loin d’être le plus mauvais, mais ne mérite peut-être pas tant d’être sous les projecteurs.

En conclusion, là où la diversité des productions donne du cachet à certaines œuvres, elle échoue en toute beauté avec Gotham Knight. Ici, la diversité contribue à l’effet de bordel et de on-ne-sait-pas-où-on-va pas forcément agréable. Pourtant, pris à part, plus de la moitié de ces courts-métrages mérite d’être regardée et fait passer un bon moment. Rien de transcendant mais la part du contrat est remplie : Gotham Knight est un petit encas avant The Dark Knight. Mais je ne peux qu’avoir un petit pincement au cœur en constatant le manque d’ambition du projet.

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