Mongol (Sergeï Bodrov)

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Mongol est une grosse production russe/kazakhe/allemande sur le légendaire Gengis Khan.
Sans m’attarder sur tous les aspects de ce film, je dirais que c’est graphiquement qu’il impressionne le plus. Le film a parmi ses atouts de formidables paysages des steppes d’Asie Centrale, que ce soit en été ou en hiver. Montagnes enneigées, vent violent soufflant dans les arbres, désert aride, fleuves serpentant dans les forêts, tout est vraiment beau et filmé avec brio. Pour autant, Mongol ne se repose pas que sur sa belle photo, comme un certain Filles du Botaniste, le premier film beau mais creux qui me vient à l’esprit. Les couleurs sont également somptueuses mais on ne fait pas que regarder un documentaire car les paysages savent se mettre en arrière-plan au profit de la narration ou des scènes d’action qui égrènent le film.



Ainsi, on peut également applaudir le réalisme et la cruauté des événements, lorsque les personnages sont traînés par des chevaux sur des centaines de mètres sur le sol ou lorsqu’ils sont enfermés des années dans des cages insalubres. Sans forcément ressentir leur douleur, on voit tout de même des égratignures, des cicatrices, de la saleté et de la poussière et du sang et tout cela contribue à raconter de manière réaliste et sans ambages les débuts de Gengis Khan.


Ah oui, parce que niveau histoire, celle-ci couvre, grosso modo, la genèse de ce formidable guerrier mongol de ses 9 ans à ~40 ans (ça se voit que ce personnage me fascine ??). Ce qui m’a étonnée tout de même, c’est le parti pris : la narration est assurée par le futur Khan lui-même. On commence très lentement à ses 9 ans, lorsqu’il s’appelait encore Temudgin et devait se choisir une fiancée parmi le peuple Merkit pour monter plus ou moins crescendo vers ses gloires militaires et la fondation de son empire. Cette voix off rend le personnage très humain mais en même temps, elle le banalise ; Gengis Khan nous est montré comme quelqu’un d’étonnamment honnête, fidèle à sa parole, courageux et avec ses peurs. Bien sûr, j’imagine qu’il possédait toutes ces caractéristiques mais ses déclarations sont parfois un peu creuses et déjà vues, il descend totalement du piédestal sur lequel je l’avais placé.

Par conséquent, dans certaines scènes, on voit en lui au mieux un petit chef de tribu qui a réussi par son audace mais pas le terrible dirigeant qu’il était. Ceci dit, ce film n’est que le premier d’une trilogie et peut-être que son aura et son charisme seront davantage mis en exergue dans les prochains volets.

Parallèlement aux tribulations de Temudjin, on voit également beaucoup son épouse, Borte, qui n’est pas une Merkit comme l’avait voulu son père. On le voit partir accompagné d’une minuscule armée à peine formée afin de délivrer sa femme lorsqu’elle est prise en otage par les Merkits. Par la suite, on la voit se compromettre pour le délivrer des Chinois. Le parallèle est intéressant et montre comme ils ont autant besoin de l’un que de l’autre. Ces 2 événements sont mis en scène de manière excellente, la tension et l’action s’accentuant au fur et à mesure et les retrouvailles avares en paroles mais chargées d’émotion. À chaque fois, ils se retrouvent après une longue absence et de nombreuses péripéties, avec tout le naturel du monde. Heureusement que Bodrov et les acteurs réussissent à rendre ces scènes crédibles et convaincantes parce que ces opérations de sauvetage auraient pu très vite tourner à la mièvrerie totale. Personnellement, l’accent mis sur Borte me rendait perplexe au premier abord car d’après mes vagues souvenirs de cours à la fac, Gengis Khan a eu x épouses et la première ne m’a pas spécialement marquée. Au final, c’est plutôt plaisant d’avoir une présence féminine à l’écran afin que l’on cerne bien la personnalité de Temudgin.

Le troisième personnage important dans la vie de Temudgin est Jamukha. Ce dernier était devenu son « frère » lorsqu’il l’avait sauvé dans la montagne, après un rituel qui consiste à boire du lait parfumé avec leur sang. Malheureusement, Jamukha, un être brillant et fantasque, prend très mal le fait que certains de ses soldats choisissent de suivre Temudgin dans sa conquête plutôt que lui et encore plus mal lorsque ces soldats tuent son vrai frère par inadvertance. Ainsi, c’est cette querelle sur des hommes et des animaux qui déclenche le duel entre Temudgin et Jamukha, les anciens frères. Ce pan de l’histoire m’a paru très mal réalisé et bâclé, il s’agit évidemment de transformer l’ancienne amitié en rivalité mais on ne sent pas vraiment la tension et les enjeux. Les différentes étapes qui conduisent vers la guerre sont dispersées à travers le film, qui souffre donc parfois d’un problème de cohésion et de logique, et j’ai trouvé que cette rivalité nous a été imposée aux 3/4 du film, parachutée d’on ne sait où et le semblant d’explication peine à me convaincre. Néanmoins, ce qui sauve cet aspect du film, c’est la prestation de l’acteur incarnant Jamukha, Sun Honglei (ça se voit que j’adore cet acteur ??). Il semble un peu fou, un peu ailleurs, très intelligent mais du genre à laisser passer des failles énormes, un peu mégalomane tout en ayant ses pieds sur Terre. Beaucoup de paradoxes et de contradictions bien résumés en quelques regards, postures et gestes.

En ce qui concerne les scènes d’action, beaucoup de critiques les considèrent comme trop violentes et/ou esthétisées à mort. Je ne partage pas vraiment cette opinion mais j’en garde un avis mitigé. Certaines scènes, lorsqu’elles n’impliquent qu’un nombre limité de combattants (une dizaine, disons) sont vraiment très bien rendues et chorégraphiées. Elles sont très brutes et Bodrov n’a pas cherché le spectaculaire : elles sont esthétisées, certes, mais juste un poil pour rendre l’action lisible et réaliste. (Non, je n’aime pas ces scènes d’action où on voit des pieds puis un poignard et hop sans transition, on passe à un homme mort par terre). Il y a également un petit effet Sin City et 300 puisque quand un personnage est tranché et saigne, la caméra ralentit considérablement et on voit quelques taches de sang orner l’écran. Pour autant, même si le principe surprend, il n’est pas éculé et n’est pas qu’un effet de style. Les taches opèrent comme un compteur et insistent sur toutes ces personnes qui ont eu l’honneur d’être découpées par l’armée du Khan.

Par contre, les scènes plus dantesques où on retrouve des armées entières qui s’affrontent – donc vers la fin du film lorsque Temudgin a rassemblé tant de Mongols autour de lui, sont vraiment brouillonnes. D’une part, le travail informatique m’a semblé terriblement bâclé avec des couleurs différentes de celles du début et des soldats vraiment trop statiques, et d’autre part, on ne voit pas du tout la tactique de Temudgin ou de Jamukha. Voir 2 armées se foncer dessus, OK, pas de problème, mais pourquoi est-ce que d’autres soldats apparaissent tout à coup des collines ? Pourquoi cette armée-là l’emporte ? Pourquoi l’autre est prise à revers ? Pourquoi au final, des soldats surgissent comme des champignons et n’avaient pas été repérés ? Bref, les combats en eux-mêmes n’étaient pas mauvais (quoiqu’un peu faciles et directs de type je suis sur mon cheval, j’ai une épée dans chaque main, je parcours la steppe à toute allure et je n’ai qu’à déployer mes épées pour que mes adversaires restent debout et immobiles et que je vienne les trancher. Ah bon, ça s’est passé comme ça ?!!) mais la tactique et la position n’ont pas été clairement définies. On ne sait pas pourquoi les choses arrivent.

Au final, c’est pour moi l’unique défaut majeur du film : la genèse nous est racontée de manière épique mais la tension n’est pas toujours présente. On se relâche un peu lorsque le film retourne à des moments d’accalmie qui ne s’insèrent pas terriblement bien dans le cours de l’histoire. Parfois, j’ai eu du mal avec la narration : on s’arrête à des moments cruciaux et on voit une autre scène sans rapport avec la précédente. À croire que Bodrov a opéré des coupures peu judicieuses dans son film et résultat, il ne se regarde pas de manière continue. Au niveau historique aussi, il semble y avoir des lacunes un peu gênantes, on ne voit en réalité pas très bien comment Temudgin se retrouve à la tête de cette armée, comment il a réuni les Mongols, comment il a raisonné pour gagner ses batailles, bref son ascension.

De l’autre côté, le film se rattrape très bien avec ses acteurs, ses émotions froides mais présentes, de nombreuses scènes sont réussies dans leur mise en scène, leur déroulement, leur cadrage et surtout, leur côté grandiose et épique. L’autre grande réussite, c’est aussi la musique de Tuomas Kantelinen, vraiment parfaite et qui ne fait qu’une avec le film. Les cris et les chants lors des scènes d’action donnent la chair de poule. Une musique qui marque et un film qui, malgré ses maladresses, m’a convaincue et laissé une bonne impression, grâce à ses moments forts bien dirigés et ses paysages.
Un petit coup de cœur donc.

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