Untold Scandal (Je-yong Lee)

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Malgré peut-être les apparences, il ne s’agit pas d’un drama coréen. Vous pouvez donc ranger vos caisses de mouchoirs.
Untold Scandal est en réalité une retransposition historique des Liaisons Dangereuses de De Laclos, une fresque libertine dans le milieu de la noblesse durant le 18ème siècle français. Ainsi, Untold Scandal reprend la même trame que le fameux roman épistolaire sus-cité tout en situant l’intrigue au 18ème siècle coréen.



Et donc, qui dit historique et coréen, dit esthétique. Au niveau des décors, des paysages et de la reconstitution historique en elle-même, ce film est un délice. On plonge véritablement dans l’Histoire, on s’arrête pour contempler l’architecture de cette époque, les mœurs et coutumes : on voit les femmes se maquiller et s’habiller (tout un processus ! Elles se font belles à l’aube pour le soir).

On observe les repas, les relations entre hommes et femmes, les manières de se saluer, les rites de mariage, la vision du sexe, bref, le film est vivant, presque éducatif sans verser dans le documentaire. Bien sûr, je ne sais pas si tout cela est vraiment fidèle, si des détails n’ont pas été ajoutés, si des raccourcis n’ont pas été opérés pour pimenter le film, mais il n’empêche que l’on vit dans le film, parmi des figures de la noblesse et au son des rumeurs les concernant.

Au niveau de l’histoire en elle-même, je ne peux pas trop m’aventurer car je n’ai pas lu le roman. Par contre, j’ai vu (et revu) (et aimé) le teenage-movie qu’est Cruel Intentions et sans chercher à tout prix la comparaison, je trouve que Untold Scandal est trop linéaire dans sa narration. Le début commence vraiment bien, audacieusement, avec une scène sexuelle plutôt explicite, et une voix off perverse qui nous conte l’histoire des héros, Dame Chô et son rival-partenaire-compagnon-de-luxure, Chô Won.

La voix off traduit le côté épistolaire du roman de De Laclos, et elle nous situe l’intrigue en nous présentant un journal intime richement illustré (illustrations érotiques bien sûr, quoi d’autre) retraçant la chronologie de leurs histoires.
Ainsi, on apprend que Dame Chô, dans un désir de vengeance, met au défi Won de déflorer la chaste, vertueuse et veuve Dame Jung. S’il réussit, elle lui accordera son corps, dans le cas contraire, il deviendra moine. Par tous les moyens, on verra donc Won jouer de ses charmes pour tromper Dame Jung : passer pour un généreux donateur, devenir un fervent amateur de littérature classique, se lancer dans de longues tirades poétiques. En deux mots comme en trente : rentrer dans la peau de l’amoureux transi. Dame Jung le repousse sans cesse, gentiment puis fermement, connaissant sa réputation de coureur de jupons et ayant peur de se laisser tenter. Pourtant, Won insiste, par fierté, par orgueil vis-à-vis de Chô et sans doute également parce que se faire moine ne fait pas terriblement partie de ses ambitions. Ce jeu risqué est intéressant mais dans le film, terriblement lent et pas forcément palpitant. À chaque fois, c’est du ping-pong, Won qui revient à la charge, toujours plus tragique, et Dame Jung qui refuse. Mais ces flirts ne sont pas bien racontés, toujours les mêmes processus, des dialogues similaires et les mêmes cadrages.

De plus, et il s’agit là d’un avis tout personnel, l’actrice qui incarne Dame Jung est comment dire, incompétente (oui n’ayons pas peur des mots) : un regard perpétuellement hagard et la bouche légèrement entrouverte. Heu, c’est tout ?! Heureusement que Won est superbement interprété, de nombreuses expressions faciales, rien de forcé, et pas du tout manichéen. Il ne se contente pas de de se montrer suppliant limite larmoyant quand il drague puis avec un sourire ravageur de playboy la seconde suivante, son jeu est plein de nuances au contraire. Mais ça ne suffit pas vraiment à rehausser cette partie du film. Partie qui se laisse regarder sans être prenante au final.

Cependant, au second plan, on a d’autres intrigues qui pourraient alimenter tous les commérages de la ville : mais que fait cette servante sous sa couverture alors qu’elle disait être malade ? Et ce jeune homme, pourquoi dépose-t-il des lettres secrètes ici ?
Les scènes de coucherie sont légion mais elles ne sont rien par rapport aux conspirations de Dame Chô : on la voit prendre sous son aile une des concubines de son mari alors qu’elle ne cherche qu’à la trahir au meilleur moment, on la voit empêcher Won de gagner son pari, on la voit partout, crachant son venin sur les hommes et détruire des jeunes filles en fleur. Un personnage très difficile à cerner donc : manipulatrice ? féministe ? Sûrement les deux.

Ces intrigues secondaires sont assez habilement mêlées à celle principale, jouant des interactions entre les personnages et dynamisent le film grâce aux différents moments de tension et de manipulation que l’on découvre. La belle brochette d’acteurs n’y est sans doute pas pour rien, tous à l’aise dans leur rôle, malgré le vilain petit canard.

Par conséquent, dans l’ensemble, ce film est assez plaisant. Audacieux mais inégal : dialogues parfois brillants parfois juste banals, il souffre aussi d’un problème de rythme : parfois un déluge d’informations nous arrive, parfois il ne se passe rien, on baille.
Ainsi, comme je l’ai dit, la linéarité plombe le film. Ce n’est que quand Won parvient à séduire Jung qu’il reprend son envol. Des choses intéressantes se passent : Won qui se retrouve pris à son piège, Dame Jung qui découvre les machinations, tout le milieu qui se retourne contre Dame Chô. Un engrenage que l’on attendait mais qui fonctionne bien, sans temps mort.

Au final, le film est « bien foutu », avec de bons acteurs, mais reste très respectueux de la trame du roman. Le travail de transposition est minutieux et appréciable, celui scénaristique un peu paresseux malgré de bonnes idées. À découvrir, néanmoins.

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