Strawberry Shortcakes (Hiroshi Yazaki)

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Strawberry Shortcakes est une adaptation filmique du manga éponyme de Kiriko Nananan (disponible en France aux éditions Sakka), qui se compose de petites tranches dans les vies de 4 femmes à Tokyo. Le manga est surtout une incursion dans leurs vies sentimentales, psychologiques, amicales et professionnelles. Sans avoir trop aimé cette œuvre, je dois reconnaître que le ton y était très juste et naturel : Nananan ne se forçait pas à inventer des retournements ou des coïncidences pour divertir ses lecteurs, elle n’était pas non plus voyeuse quand elle nous faisait part de scènes dérangeantes et son univers graphique était toujours aussi agréable à l’œil. Bien sûr, c’est quelque chose qui se perd avec une adaptation avec des acteurs en chair et en os.


Mais ce qui est regrettable ici, c’est que le film n’a pas cherché à être original visuellement. Je ne sais pas ce que vous pensez de l’affiche mais je ne la trouve pas engageante du tout et n’aurais pas voulu en savoir plus si je ne connaissais pas le manga. Que ce soit les couleurs, les cadrages ou les décors, rien d’enthousiasmant, c’est du vu et déjà-vu. Pas de soin particulier accordé aux intérieurs ou aux vêtements (mis à part un certain fétichisme des strings marron qui jaillissent de pantalons gris). De ce fait, j’ai été déçue que le film n’ait pas son ambiance propre à lui ; on dirait presque un documentaire !

De même au niveau des transitions, on parle d’une femme puis d’une autre puis d’une autre encore et on revient à la première, les va-et-vient sont constants mais ne s’enchaînent pas bien. Ce film, c’est tout simplement 4 moyens-métrages passés au mixeur. Un mixeur qui mixe mal, par ailleurs. Dommage que le scénariste se soit laissé avoir par l’apparente simplicité du manga qui, certes nous présente des tranches de vie (le titre, « Millefeuilles aux fraises » n’est sans doute pas anodin) mais est assez intelligent pour ne pas juxtaposer les scènes aléatoirement.

Quant aux histoires en elles-mêmes, elles étaient… honnêtes. Il y a une call-girl désespérément amoureuse de son ancien camarade de lycée, une réceptionniste à la recherche d’amour, une secrétaire boniche mignonne et soumise qui veut se marier et une mangaka boulimique (jouée par l’auteur elle-même !). Heureusement, le film ne se contente pas de décrire un seul aspect de la vie de ces femmes, on les voit toutes dans leurs tourments, leurs découvertes, leurs prises de tête, leurs anniversaires… Il n’y a pas de morale à tout cela, on les regarde juste vivre ou tenter de vivre. Pas vraiment d’explications quand elles sont tristes ou heureuses, c’est la vie et c’est tout. Le quotidien assez sordide de la call-girl en contraste avec ses tenues vestimentaires très élégantes, le quotidien monotone de la réceptionniste, le faux optimisme de la secrétaire, les crises de boulimie de la mangaka… Pas de parti pris, le film nous incite à rester neutres et même impassibles lors des scènes les plus crues : vomissements, sado-masochisme, enterrement, entre autres.

Tout cela est filmé consciencieusement, la caméra ne perd aucun détail, très bien mais encore une fois, pas de lien entre les scènes, et à force, c’est dérangeant. Le film paraît encore plus long qu’il ne l’est (2 longues heures), on ne voit pas forcément son intérêt. Et finalement, l’impression que j’ai eue de ce film, c’est qu’il est extrêmement plat. C’est un film qui ne fait pas réagir, qui se contente de se laisser aller. Un peu comme une personne à qui on n’a rien à reprocher mais qui ne dégage rien et qui ne dit ni ne fait rien d’intéressant.

Malheureusement, même les excellentes prestations des actrices n’y changent rien quand le film manque à ce point de cachet. Elles sont toutes très justes et ont des expressions parfaites, elles sont charmantes, criantes de vérité même mais… quel gâchis. Quant à la fin qui fait se rencontrer les héroïnes sur la plage, grâce à une heureuse coïncidence et qui laisse entrevoir de belles amitiés, elle ne m’a que moyennement convaincue. Quel besoin y avait-il de les réunir à vrai dire ? Est-ce pour tenter de lier leurs histoires ? Cette astuce est dans ce cas bien faible…

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