Election (Johnnie To)

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Election est une saga en 2 épisodes dont le thème est la mafia hong-kongaise et les triades et réalisée par Johnnie To.


Ce premier épisode débute par un renouvellement, celui du Délégué général de la triade Wo Shing.
Deux concurrents : Big D (Tony Leung Ka Fai) et Lok (Simon Yam), se disputent la place.
Big D, monsieur Hystérique par excellence dans ce film, veut s’assurer la victoire en arrosant les Oncles, les plus vieux membres de la triade. Malgré tout, les pots-de-vin ne sont pas suffisants, suite à la décision du doyen, Oncle Teng, c’est Lok qui est élu car c’est lui qui pourra prendre les meilleures décisions quant à l’avenir de la triade. (Accessoirement, avoir un chien enragé comme chef, ce n’est pas très encourageant ni très rassurant).

Suite à cela, les deux chefs envoient leurs sous-fifres respectifs retrouver le Sceptre qui se passe de Délégué en Délégué, afin d’asseoir leur pouvoir.

Malgré cela, Election n’est pas filmé à toute vitesse, il ne s’agit pas de faire des courses en camions depuis Hong Kong jusqu’à Canton, en Chine continentale, pour retrouver un bâton de bois.
Entretemps, on voit Big D péter les plombs dans sa cellule de prison, Lok dîner avec son fils, ou Jimmy (Louis Koo, Monsieur Surnaturellement-Bronzé-Pour-Un-Chinois) chercher à venger son boss à lui.

Finalement, ce qui m’a posé problème avec ce film, c’est son rythme. On passe d’un événement à un autre sans forcément voir que tout se passe en même temps, on est déconnecté de ce qui s’y passe même. Certes, il était 14h, l’heure de la somnolence digestive, mais même, ce film est une succession de petites scènes où il se passe une chose à la fois seulement, et mises bout à bout.
Il y a un manque de tension flagrant bien que la musique soit très bonne, nerveuse comme il faut.

Du coup, je n’ai pas bien vu ce que la tagline du film disait : Prêt à tout pour gagner le pouvoir, ça ne se sent pas, simplement.

D’une part, les personnages ne sont pas terribles. Big D est une grande gueule qui s’énerve sur tout, depuis les chaises aux asticots, et Lok est un homme imperturbable avec un éternel sourire énigmatique scotché aux lèvres. Ce n’est pas un problème d’interprétation bien sûr, mais de par le caractère de leurs personnages, leur jeu est limité.

D’autre part, le scénario qui les montre davantage en prison qu’ailleurs. De ce fait, le film se construit sur des dialogues interminables, des conversations pour savoir qui éliminer, qui va venger qui, ce qu’il faut faire pour avoir le pouvoir, et blablabla. Les Oncles, en particulier, sont des commères qui parlent business et fric en savourant leur thé…

Pourquoi pas, mais le film montre une image bien lisse de ces pépés. Ceci dit, il a l’intelligence d’éviter de faire des membres de triades des héros avec tous leurs codes, leur amitié, la main sur la poitrine, oui je jure fidélité éternelle à la triade, etc. ou à l’inverse, de les montrer comme une simple bande de voyous.

Le film commence et finit même très bien, avec le rituel accompli avant l’entrée en fonction de Lok… mais entre le début et la fin, les minutes sont longues.

Alors, on aurait pu se rattraper sur les scènes d’action, puisque les aphorismes sont si nombreux mais hélas pas très pertinents (ronflants, même), mais non, que dalle. Le film est mou, au point que je suppliais intérieurement Pitié, où est la scène de boucherie ?? Alors que je n’en suis pas fan, dans l’absolu. Mais quand on comprend qu’il ne faut plus attendre de scènes cultes, on se rabat sur ça. Bon effectivement, quand elle arrive, elle est magnifique, tant dans les couleurs (du gris-bleu) que dans le cadrage. On n’a pas juste une ribambelle de scènes dures, on sent la vitesse et les coups, sans pour autant que ce soit le genre de scènes de violence où on ne voit rien à part des effusions de sang et des bouts de vêtements qui volent.
À part ça heu…

On peut noter que l’environnement de la prison aurait pu donner de meilleures répliques aux personnages (confrontation entre l’Oncle Teng et le commissaire de police), un rôle plus intéressant à l’avocat de la triade (mais non, il fallait qu’il soit pathétique) ou à l’Oncle Soo, qui a refusé de céder le bâton à Big D et qui est à l’origine de cette rivalité entre Lok et Big D.

On peut noter que l’incursion des médias dans le film avec les paparazzi filmant l’arrestation de membres de La Triade, l’accident de Soo ou les menaces de Big D, auraient pu être meilleure. Disons que le scénariste n’en a pas fait bon usage, à mon avis, il se contente de montrer des journalistes mitraillant tout ce qui est susceptible d’être mitraillé.

On peut donc noter plein de choses qui jouent, malheureusement, en défaveur du film.
Cependant, il faut admettre que le film devient intéressant lorsqu’après avoir obtenu le Sceptre, Lok demande à Big D ce qu’il veut : s’associer avec lui et avoir 50 % de tous leurs bénéfices (vente de stupéfiants, night-clubs, arcades, etc.) ou persister à devenir le nouveau boss, auquel cas ce sera la guerre entre eux deux. Le temps qu’un feu rouge passe au vert, beaucoup de suspens et d’hésitations sont lisibles sur le visage de Big D. Finalement, au lieu du pouvoir, Big D choisit l’argent…

Mais alors, pourquoi avoir rajouté deux autres tournants scénaristiques ensuite ?
Le premier, où l’on voit que Big D, à présent en possession du territoire de Tsim Sha Tsui, ne trahirait pas Lok, et l’aide même à se débarrasser de son ennemi potentiel en l’appâtant, dans une scène franchement facile et de trop.

Le deuxième, où Lok montre qu’il n’est pas aussi loyal que Big D et que seul le pouvoir l’intéresse. Intelligent retournement de situation certes, car c’est lui qui bouleverse les règles de la Wo Shing alors qu’ironiquement, c’était Big D qui, dans une de ses colères, criait qu’il allait fonder une Nouvelle Wo Shing, mais mal amenée. Partie de pêche et hop que j’assomme tout le monde à coups de rocher. Peut mieux faire…

Au final, un film qui aurait pu partir dans pas mal de directions différentes : massacres, tension constante ou bien embrouiller le spectateur en le faisant se demander qui gagnera à la fin, par exemple ; au lieu de cela, on a droit à un peu de tout mais pas très bien agencé, des éléments restent en suspens, on se demande quelle est la portée de certains paroles ou actes, le film donne l’impression de ne pas être assez fignolé.

Déception au niveau des personnages et des dialogues.
Il y a bien sûr de bons points, mais trop anecdotiques et noyés dans la masse de scènes banales.

Également, la traduction me semble plutôt édulcorée. Parfois, des phrases entières ne sont pas sous-titrées, parfois un Il me tient par les couilles en chinois devient un J’ai les mains liées en français. Les personnages sont de vrais littéraires, tous parlent très bien et évitent autant que possible les jurons. Pas très crédible, hein ?
Il ne me reste plus qu’à regarder Election 2, paraît-il, excellent et plus ambitieux.

EDIT 27.04.13 : je n’ai plus beaucoup de souvenirs mais j’avais regardé le 2 dans la foulée, et il est effectivement très supérieur au premier opus.

Titre : Election
Titre original : 黑社會  (Hak Se Wui)
Réalisateur : Johnnie To
Année : 2005
Durée (minutes) : 100

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