Eternal Sunshine of the Spotless Mind (Michel Gondry)

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Je suis très heureuse de déterrer une chronique de ce film que j’avais adoré, au moment où on voit partout des affiches pour L’écume des jours. Film qui ne me tente pas du tout, cast absolument original, roman que j’avais détesté…



Bref, revenons à nos moutons. Ne vous êtes-vous jamais dit que vous préféreriez oublier un souvenir (une personne, un événement, un comportement) plutôt que d’avoir à le supporter ?
Non ? Peu importe, faites comme si. Ne souffrez-vous pas de troubles de la mémoire comme des choses dont vous n’arrivez plus à vous souvenir, ne découvrez-vous pas des objets curieux dans votre appartement que vous êtes sûrs de ne jamais avoir vus auparavant, des personnes encore plus curieuses qui prétendent vous connaître ?
Si oui, vous avez peut-être fait appel à la société Lacuna pour effacer des parties de votre mémoire, comme le couple de Eternal Sunshine.

Et pourtant, l’histoire commence bien. New York, un homme, Joel Barish, las de sa vie : son réveil a eu le malheur de sonner, il s’apprête à aller travailler, activité qu’on devine ne pas être passionnante, il retrouve le flanc de sa voiture défoncé, ça semble être suffisant pour lui pour ne pas aller au boulot mais plutôt foncer dans un autre train en direction de Montauk, où se trouvent plage et sable. Le temps d’y être, de gueuler intérieurement, de se lancer dans des considérations philosophiques et d’apercevoir une jeune femme sur un lieu pourtant désert. Trop timide et rigide pour ne serait-ce que lui dire bonjour correctement, il rentre chez lui et bien sûr, la jeune femme, Clementine Kruczynski, est dans le même train que lui. Quelle coïncidence ! Ils flirtent alors, lui avec sa maladresse innée et pourtant efficace, elle avec ses manières brusques et son cynisme bien caractéristique. Les échanges sont plaisants mais presque convenus. Ils s’échangent numéros de téléphone et commencent à se fréquenter et ô comme par hasard, s’entendent très bien, sont heureux. Joli conte dans un New York glacial, romantique, et tout et tout.

Évidemment, ils ne finissent pas mariés avec enfants et jardin.
En effet, le spectateur n’est pas là pour une petite histoire d’amour tranquille. Le film n’est pas tranquille, au bout de quelques rendez-vous seulement entre Joel et Clem, il semblerait qu’un saut dans le temps se soit opéré puisqu’ils ont l’air très proches. Chacun a des objets de l’autre, des photos communes et une relation bien entamée. On voit Joel aller à la librairie où Clem travaille pour lui parler mais cette dernière ne le connaît pas, ne l’a jamais connu et est avec un autre homme. Surprise, mais ce n’est ni un jeu ni une amnésie.

En rentrant chez lui plutôt dépité, Joel apprend par courrier qu’elle l’avait bel et bien oublié en ayant recours à une méthode scientifique : l’agence Lacuna se charge d’effacer les souvenirs liés à une personne pendant notre sommeil. Ainsi, en se rendant à cette agence, Joel apprend que Clem n’était pas heureuse et que ses souvenirs lui faisaient trop mal pour qu’elle vive avec, elle avait donc décidé d’un coup de tête d’effacer Joel de sa mémoire. Et très bien, puisqu’elle a fait cela, lui décide qu’il a droit aussi de se venger cruellement et, en vue d’effacer à son tour Clem de son cerveau, apporte tous les objets qui lui rappellent cette femme (mug, dessins en son honneur, draps, etc.). Au vu du contenu de ses cartons, on devine qu’ils ont vécu ensemble un certain temps et ne viennent pas juste de se rencontrer.

Le film montre en réalité une reconstruction complète de l’histoire d’amour entre Joel et Clem à travers les souvenirs désordonnés de Joel, le film est donc lui-même désordonné, mixant les éléments et retournant toutes les chronologies. Ainsi, le début du film se situe chronologiquement vers la fin et le milieu est le déroulement de la relation entre ces deux personnages. C’est-à-dire qu’au début du film, Joel et Clem se draguent sans savoir qu’ils avaient déjà vécu ensemble.
Mais retour à Lacuna pour le moment, où l’on apprend que les techniciens vont aller effacer la mémoire de Joel chez lui le soir, pendant son sommeil. Et là, c’est l’occasion de voir le côté décalé et loufoque du film. Avec son air le plus sérieux, le docteur de Lacuna, Howard Mierzwiak, explique à Joël qu’il va tout simplement localiser dans son cerveau les points où se trouvent ses souvenirs avec Clem et annihiler ces points, que cela ne va pas altérer ses capacités mentales mais que ce seront tout de même des lésions cérébrales. Tout aussi naturellement, le soir, les deux techniciens, Stan et Patrick, arrivent chez lui, l’endorment et le relient à un ordinateur. Le travail commence, il suffit de localiser les points verts sur l’ordinateur et de cliquer, simple. Tellement simple que Stan et Patrick commencent à papoter, à vider le frigo de Joel et à parler petites amies. On voit donc ces deux grands malades et pas doués dans les relations sociales s’amuser comme si ce qu’ils contrôlaient n’était pas un cerveau. Ils s’amusent et ne voient pas Joel se raccrocher aux souvenirs qu’il avait voulu effacer.

Le voyage peut alors commencer, on navigue de souvenirs en souvenirs dans le cerveau de Joel ET avec Joel à la narration. Ainsi, on revoit son histoire avec Clem, avec à chaque fois plus de détails. Au fur et à mesure qu’il se remémore ces souvenirs (heureux pour la plupart), il se rend compte qu’il ne veut pas l’effacer de sa mémoire et cherche à tout prix à la préserver avant que le souvenir qui la contient ne la détruise. Et ils se détruisent littéralement, on voit, qu’à chaque fois que Stan clique, un souvenir passe à la trappe, les décors sont comme des bandes de papier peint qu’on arrache, puis les objets se dissipent et les personnages disparaissent en faisant *plop*. Dans ce capharnaüm, Joel réussit toujours à retrouver sa Clementine en pensant à quelque chose qu’il a partagé avec elle. Il la revoit, peut lui parler, toujours dans son propre cerveau, et elle, réagit comme elle le fait toujours : fofolle, légère et passionnée. La représentation du cerveau est très intéressante ici, les personnages se téléportent grâce à la pensée dans cet immense espace. De ce fait, on revoit leur première rencontre, à Montauk, lors d’un barbecue organisé par des amis communs, leurs voyages, leurs taquineries, leurs discussions… jusqu’à leurs premières disputes amères. La relation dégénère, leurs caractères divergent trop et ils se reprochent constamment des choses.

Joel ne parle pas assez de lui selon Clem, mais « jacasser sans arrêt », ça ne veut pas dire communiquer et ça ne sert rien selon Joel.
Clem veut un bébé mais Joel pense que ni lui et surtout ni elle ne sont prêts.
Et enfin la dispute finale quand Clem rentre tard et visiblement ivre, Joel lui assène ses points de vue difficiles à avaler : elle serait prête à allumer tout le monde pour se sentir aimée (et en plus, elle lui a défoncé sa voiture…). Fin de la relation avec des conséquences pénibles, après 2 ans de vie commune. Malgré cela, Joel persiste à ne pas oublier Clem et lutte contre l’ordinateur.
D’ailleurs, l’ordinateur n’est plus surveillé, Stan et Patrick se sont permis quelques libertés. Stan invite sa petite amie, Mari Svevo, et tous deux, après vins et joints, se permettent de danser sur le lit de Joel.

Patrick, quant à lui, va rejoindre sa petite amie qui ne va pas très bien, une certaine Clementine. La même bien sûr. Quoi de plus facile alors de deviner ce qu’elle veut, ce qu’elle ne veut pas, de lui offrir des bijoux en accord avec ses goûts puisqu’il la connaît déjà et connaît Joel. Mais est-ce que cela fait de lui le copain idéal ? Quoi qu’il en soit, Joel, au courant des plans de Patrick, avertit dans son cerveau Clem et lui reconte toute l’histoire. Il aimerait l’emmener (par la pensée, toujours) dans un souvenir à lui, qu’il n’a pas partagé avec elle, pour que l’ordinateur ne la détecte pas et ne l’efface pas. Ces interférences causent un dysfonctionnement de l’appareil et Stan, même bourré et défoncé, s’en aperçoit. Que faire donc à part prévenir le docteur Mierzwiak…

Oui, mais introduire un nouveau personnage dans l’appartement de Joel, c’est compliquer les relations. Alors que Stan sort prendre l’air, Mari se sent attirée par Mierzwiak et après lui avoir fait la conversation, l’embrasse et par un malheureux concours de circonstances, apprend qu’elle et lui avaient déjà eu une aventure. Et qu’il l’avait persuadé de l’effacer de sa mémoire ! Réalisant qu’elle ne maîtrise plus sa vie et ses souvenirs, elle part en courant. Seul Mierzwiak reste chez Joel terminer la procédure d’effacement qui, malgré ses résistances, s’achève.

Et sans qu’il n’ait pu rien faire, Patrick est avec Clem. Pourtant, même en faisant tout ce qu’elle attendait de Joel dans les mêmes circonstances, il ne s’en sort pas mieux que son prédécesseur. Les désirs de chacun ne seraient-ils que superficiels ? Clem se retrouve donc à nouveau désorientée.
Néanmoins, on retourne à Joel qui, après sa séance « lavage de cerveau », reprend sa vie. Il se lève, son réveil ayant eu la mauvaise idée de sonner, il s’apprête à aller travailler, activité qu’on devine ne pas être passionnante, il retrouve le flanc de sa voiture déf…. Bref, le film est une boucle et revient à son début, avec Joel et Clem invariablement à nouveau attirés l’un par l’autre.

Pourtant, cette fois, ce qui change, c’est que Mari a volé toutes les archives de Mierzwiak concernant ses patients pour les leur redistribuer.
Elle explique que le système mis au point par le docteur détruit plus qu’il n’aide : c’est un système bancal parce qu’il ne suffit pas d’effacer un à un chaque souvenir et que toute destruction de l’autre implique une destruction de soi.
Les héros se prennent une claque en comprenant qu’ils étaient amants mais surtout en découvrant les raisons de leur rupture et chagrins. Clem trouvait Joel plat, sans vie, sans passion et méprisant. Lui la trouvait intelligente mais pas instruite, impossible de parler de quoi que ce soit avec elle, ses coiffures originales n’étaient pas originales, elles étaient moches. Pour résumer, ils ne se supportaient plus.

Sachant qu’ils vont finir par se trouver tout un lot de défauts, peuvent-ils vraiment entamer une relation ?
Tout comme Patrick a essayé d’être une version améliorée de Joel, les héros cherchent à recommencer sans commettre de nouveau les mêmes erreurs, sans savoir si cela est vraiment faisable…

Bien loin des premières minutes du film donc, cette fin, qui montre un tas d’histoires foireuses pour des raisons X ou Y mais également comme le cerveau est complexe et vaste.
En conclusion, Eternal Sunshine est un film très intéressant car il montre plusieurs fois la même histoire et nous permet de la reconstruire avec à chaque fois plus de précision, comme on le ferait peut-être quand on repense à nos histoires personnelles. C’est un film qui use les neurones et nous fait réfléchir sur la mémoire, les souvenirs, les relations et les coïncidences.
Et c’est aussi un film servi par une très belle brochette d’acteurs. Jim Carrey en benêt à la personnalité au premier abord sans relief mais qui possède un univers intérieur très riche. Kate Winslet en originale paumée, impulsive, drôle mais qui a caché ses angoisses au fond d’elle. Les personnages secondaires incarnés par Tom Wilkinson, Kirsten Dunst, Elijah Wood et Mark Ruffalo sont tous également compétents et convaincants.

Titre : Eternal Sunshine of the Spotless Mind
Titre original : Eternal Sunshine of the Spotless Mind
Réalisateur : Michel Gondry
Année : 2004
Durée (minutes) : 108

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