Monsters (Gareth Edwards)

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Monsters, un film britannique de science-fiction de Gareth Edwards, m’a interpellée en raison de son affiche (couleurs assez lumineuses, personnages désemparés mais à la présence charismatique) et des quelques slogans qui l’accompagnent. Dans le genre, « successeur de District 9 », ça donne envie.


Passons sur l’accroche et la critique stupides clamant en lettres capitales « Enfin un film de SF intelligent ! ». Non, c’est vrai, il n’y a jamais rien eu d’intelligent ou de poussant à la réflexion dans ce sous-genre… (les trois petits points masquent mal l’ironie de ma phrase).

Monsters se visionne comme un documentaire. Il ne conte pas l’invasion d’extraterrestres, il montre un monde cohabitant déjà avec des… calmars qui troublent régulièrement l’espace aérien. De fait, ils ne semblent pas vouloir quitter leur zone préférée, pile au-dessus de la frontière États-Unis/Mexique. Les armées unies ont plus ou moins la situation en main, les confrontations sont fréquentes dans un contexte de guerre larvée. La population s’y est plus ou moins faite. Voilà pour le pitch, plutôt original. Le film se veut dans une optique assez réaliste, pas de génie fou, pas de génocide. Il faut tout de même noter que jamais on ne décolle de cette ambiance, cette légère apathie, quelques instants de joie, beaucoup de « on fait avec ». Ça peut surprendre quand on attend un climax, un retournement de situation ou une chute.

Cette absence de réel scénario ou de réelle action n’est évidemment pas un mal, mais Monsters souffre d’un problème de rythme. C’est comme si tout était mis en place pour annoncer quelque chose mais non. Cette espèce de faucumentaire se concentre sur 2 personnages un peu paumés réunis par le malheur des circonstances. Le film est alors l’occasion d’en savoir un peu plus sur eux, leur passé, leurs ambitions. On y voit une esquisse de romance, d’attirance plutôt sympathique et joliment mise en scène. C’est l’histoire de M. et Mme Tout-Le-Monde. Le hic : il n’y a pas d’histoire. On se contente, très passifs, de suivre leur « périple » pour rentrer aux États-Unis.

Dans cette aventure du Sud vers le Nord, peu de réalisme. Les passeurs sont tous gentils, ou seulement un peu voraces en argent. Mais rien de sanguinaire ou de dingue. Étonnant, vu le contexte. Et problématique. Le périple se déroule sans encombre tandis que parallèlement, on nous balance des messages gros comme des maisons géantes. Pêle-mêle, on y retrouve une bête condamnation de la guerre (tous ces jeunes soldats morts si jeunes et si innocents !), de Guantanamo, du mur qui sépare le Mexique des États-Unis, de la politique d’immigration (si cruelle !), de l’argent qui régit le monde (ouh c’est mal)… dois-je continuer ? Autant les films à métaphores me sortent par les yeux, autant les films qui ne se donnent pas la peine de critiquer avec subtilité me débéquettent. Bien sûr, en France, on est abreuvé de critiques sur ce mur, sur Guantanamo, sur les États-Unis mêmes donc, aucune surprise, notre vie ne se retrouve pas changée après Monsters. District 9 et sa comparaison non voilée avec l’apartheid en Afrique du Sud m’ont davantage marquée. Mais je ne pense pas que ce soit parce que je connais mieux les États-Unis que l’Afrique du Sud. Cette préférence tient du réalisme de la situation et des réactions. Or, Monsters montre un monde presque simpliste, méchants bourreaux et gentilles victimes. Et des messages gros comme des maisons, ça fait mal à la face. Non seulement j’ai l’impression d’assister à un programme pédagogique mais en plus, ce programme semble légèrement propagandiste. Ce film semble être pro-humain, pro-amour et anti-tout le reste.

Une remarque sans doute à côté de la plaque : je n’ai pas aimé Vicky Cristina Barcelona parce que trop bobo. « Moi, pour me ressourcer et oublier ma vie désastreusement ennuyante, je vais à Barcelone. » Monsters a fait naître cette même sensation en moi. Aucun problème à ce qu’il ne se passe « rien » mais gros problème si on prend le spectateur pour un idiot en lui expliquant que la crise financière a rendu les gens fous – littéralement. Le spectateur sait. Ou s’il ne sait pas, il n’est pas venu pour ça, a priori.

Monsters est déroutant car à trop vouloir prendre le contrepied de la SF, il n’est plus de la SF. À ce titre, les fameux calmars dont je parlais au début de cet article sont extrêmement mal faits. Le design ne casse pas des briques, leurs mouvements sont incohérents (tantôt ils agitent leurs tentacules tantôt ils se déplacent comme des araignées), on sait bien que le but n’est pas d’étudier le calmar mais tout de même, bon sang, enfin quoi ! C’est honteux de voir le peu d’effort déployé pour un film qui parle certes d’Hommes, mais aussi d’Hommes lorsqu’ils voient leur vie changer à cause de calmars. Sans compter qu’on a droit à une longue scène de reproduction entre deux calmars filmée plus que jamais façon documentaire pour célébrer la beauté de l’amour et l’innocence (évidemment, le méchant, c’est l’Homme) de ces bestioles. Sans blague, j’adore les documentaires animaliers même assortis de commentaires un peu niais mais là, c’est le pompon. Deux calmars dans une station-essence poussant des râles…

Enfin, je me rends compte que j’ai à nouveau été dure envers ce film. Je le précise au cas où car effectivement, ce n’est pas flagrant, mais je n’ai vraiment pas détesté Monsters. Je m’emporte quand je pense que ce film a été vendu comme de la SF parce qu’il offense les thématiques et éléments propres à la SF. Ce n’est pas pour autant qu’il est mauvais. Le temps me semble mal géré, mais en se laissant prendre à l’ambiance, on passe d’agréables moments. Je suis ressortie de la salle avec une drôle d’impression : erreur sur la marchandise mais la tête dans les nuages. Grâce aux sublimes couleurs ocre, beige, marron, terre, jaune, on est immergé dans un monde à la fois connu en raison des multiples références politiques, et inconnu, nouveau. C’est frustrant, on veut explorer plus, en savoir plus sur les nouvelles habitudes de la population, gratter au-delà de la surface… mais c’est ainsi.

Mais on peut se laisser facilement emporter par la romance, les danses, et surtout, la musique. Douce et zen, en contraste avec les quelques scènes de violence, elle contribue à nimber le film d’une atmosphère tranquille, reposante. C’est plutôt paradoxal mais Monsters est, dans le genre, le film le plus calme que j’ai vu. Pas de baston, peu de munitions. J’imagine qu’il faut être un minimum emporté et intéressé par les deux héros (incarnés par deux très bons acteurs, Whitney Able et Scott McNairy, que je ne connaissais pas du tout) pour apprécier ce long documentaire.
Sortie de la salle noire un peu stone, surprise, charmée et trompée mais sans me dire « Enfin, un film de SF intelligent ! ». Je manque certainement de maturité cinématographique mais un « film de SF intelligent », est-ce forcément un film sans boum-boum, sans situation critique, sans prise de risques ? À l’inverse, un film où l’action et la vitesse priment, est-ce uniquement un film de divertissement et donc, un film « pas intelligent » ?

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