Faye Wong : impressions désorganisées

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Ou comment se tourner les pouces pendant 3 heures à se demander qu’écrire sur cette chanteuse chinoise, que j’apprécie énormément.

Inutile de s’attarder sur les détails de sa vie bien remplie, je suppose. Ça n’intéressera personne – si jamais le reste intéressera d’autres personnes que des fans aussi « objectifs » que moi. Ceci : [...] remplacera donc la longue biographie, de ses influences musicales (Cocteau Twins, The Cranberries, Teresa Teng) à sa vie sentimentale (heuuu… joker, j’en sais que dalle) que l’on peut trouver sur Wikipédia en anglais.
   
Ceci dit, il est quand même à préciser qu’elle a une petite carrière cinématographique derrière elle : Chungking Express, en amoureuse brute de décoffrage, Chinese Odyssey 2002 (comédie « de nouvel an » à Hong Kong) en princesse brute de décoffrage, 2046, en robot brut de décoffrage, ou encore Leaving Me Loving You, en…. vous l’aurez compris, son côté franc et je-ne-mâche-pas-mes-mots fait partie de sa personnalité, du moins celle médiatisée.

C’est ce qui a fait son charme au début des années 90, lorsque la pop était sans grands reliefs et abordait les mêmes sujets (Ah, l’Amoûûûûûûûr, quoi d’autre ?!), elle est arrivée les mains dans les poches, avec une voix tantôt gamine mais retentissante, tantôt profonde et sérieuse.
Son attitude en concert reflétait bien ce comportement d’ailleurs : deux/trois mots lancés comme ça suffisaient à faire chauffer* la salle (*chauffer est un terme relatif lorsqu’on parle de concerts à Hong Kong), peu de sourires, limite boudeuse, elle avait l’air dans son cocon, dans ses chansons. Elle revendique son discours je suis comme ça, si vous n’aimez pas, dégagez.
Bien sûr, ce qui a fait son succès il y a 15 ans est également la cause de son insuccès des années 2000. Où la monotonie s’installe et les gens demandent plus que de l’atypique, les costumes, la condescendance, mais pourtant les chansons de Faye Wong étaient magnifiques. Eh oui, le public demande du Twins, deux gamines sans voix mais peut-être mignonnes et bluettes sentimentales qui ne se renouvellent jamais. (Note en 2010 : l’affaire Edison aura peut-être fait sourire certains. En tout cas, j’étais la première à rire, gorge déployée, de ces sordides histoires)

Mais pour revenir à de la pop de qualité, Faye Wong centre plutôt ses chansons sur l’ennui, le désespoir, les déboires de l’Amour. Eh oui. Le haut degré de chiantisme que l’Amour peut provoquer. Par exemple, les rapports de domination dans un couple, la possessivité, l’éloignement, j’en passe et des meilleures. C’est vraiment la vie sentimentale, ses hauts et ses bas qui l’importent. Pour autant, on ne tombe pas dans une caricature où elle insulte tous les hommes de cette Terre et se pose en reine absolue.
Il s’agit d’une démarche très tournée vers l’introspection et les sentiments. Pas de jérémiades avec I love you 3 fois en une phrase. Mais malgré tout, des thèmes très proches de celui de l’Amour. Ça évite des chansons niaises guimauves ou pire, des paroles obscures et prise de tête au possible.
Les paroles sont bien sûr personnelles et en accord avec son personnage, mais suffisamment bien exprimées pour toucher un grand public, pour peu qu’il ne soit pas obsédé par les Bisounours. C’est également cette maturité qui m’a touchée lors de l’écoute de ses chansons.

Niveau interprétation, c’est assez particulier. Faye Wong a beaucoup de voix et de souffle, pas de problème, mais ne s’en sert pas comme on pourrait le prévoir. Elle ne crie jamais dans le micro et ne passe pas 3 heures sur une même syllabe à la and I always will love youuuuuuuuuuuu…uuuuu [...]uuuu.
C’est une interprétation au premier abord dénuée d’émotions qu’elle propose. Elle chuchote ou parle presque, parfois, mais il suffit de la voir en concert pour voir combien elle peut être concentrée dans son interprétation. Dans certains concerts car dans d’autres, son côté robot peut aussi donner l’effet inverse et donc, un live ennuyant. Bref, c’est assez pauvre/statique, niveau danse, mais j’apprécie qu’elle n’essaie pas de trop en faire. Elle n’en rajoute pas par rapport à la mélodie et aux paroles et laisse plusieurs sens possibles à ses chansons.

De ce fait, elle évite également de chanter faux pendant les lives. Néanmoins, ça fait qu’il n’y a en général que peu de variations entre la version album et celle concert, niveau vocal.
Bref, malgré quelques contreparties qui peuvent s’avérer gênantes en concert, ce n’est pas le cas en studio. La voix est pure, mais jamais la même. Comme je l’ai dit, elle peut murmurer sans qu’on ne commence à sombrer dans un sommeil profond, chanter dans un mégaphone, faire la gamine, ou réinvestir Freddie Mercury ou Diana Krall, on retrouvera toujours une qualité constante mais des émotions différentes.

Sa version de The look of love est d’ailleurs terrible. Ce passage de la voix chaude et puissante au petit filet de voix, wow…
Pour faire une rétrospective de sa discographie (quelque 20 albums et le quadruple en compilations et autre best-ofs de mauvaise qualité, je suppose), je la séparerai en 3 périodes. C’est totalement subjectif et approximatif, ceci dit.
  • Cantopop classique (1992~1993)
Coming Home, Love without regret, Like Wind, 100,000 Whys
Beaucoup de titres très pop qui ont construit sa popularité mais dans lesquels on entrevoit moins ses influences rock/punk. Fragile Woman, Seasonal Gale, Kisses in the wind, Like Wind, pour citer les plus banales. Elles sont intéressantes mais lassent très rapidement, à force de les entendre un peu partout (pubs, bars, magasins). Ce sont des rythmes efficaces sur lesquels Faye Wong cale bien sa voix, pas très difficiles à interpréter mais rentrant vite dans la tête.
Pourtant, 100,000 Whys est une amorce essentielle pour la suite de la carrière. Un joli album de transition, où entre des pistes classiques, il y a des pistes comme Tempt Me, Tempted Heart ou Cold War (reprise d’une chanson de Tori Amos) avec des instruments et une voix plus particuliers. On sent le mélange avec la musique occidentale (mariage réussi) et en même temps, la griffe Faye. Les chansons commencent à éviter l’ennuyeuse alternance couplet/refrain/couplet/refrain/ZZzzzzZZ…
  • Période productive (1994~1998)
Mystery, Random thoughts, Sky, Ingratiate Myself, 1 person playing 2 roles, Di-Dar, Restless, Toy, Help Yourself, Faye Wong + Faye’s Decadent Music, reprises des chansons de Teresa Teng, jugées "décadentes" à l’époque de la Révolution Culturelle.
Succession d’albums qui ont en général bien marché, dû à la présence de grands hits : soit des reprises de grands hits chinois à la sauce Faye Wong soit des compositions relativement pop mais suffisamment travaillées pour conquérir le public. Les insupportables Di-dar et Dream Person par exemple, avec des Di-darrrr et Lalalalalala… ou Chesspiece, une très jolie chanson sur des bases sûres. Et beaucoup de balades en cours de route.

C’est sans doute grâce à ses hits que la chanteuse a pu également mener en parallèle des expérimentations personnelles.
Déjà, des reprises de Cocteau Twins, Random thinking, Knowing Oneself and Each Other, Disappointment, qui à mon avis transcendent les originales (bon ceci dit, je n’aime pas la chanteuse des Cocteau, Elizabeth Fraser, avec sa petite voix trop cristalline).
Puis des chansons plus légères avec des instruments plus présents. Les rythmes sont plus diversifiés et la voix moins commune.
  • Délaissement de la cantopop (1999~)
Only Love Strangers, Fable, Wong Faye, Proceed To Love
Une période passionnante à mon avis. Plus de chansons en mandarin (dans lesquelles Faye Wong est plus à l’aise donc), de sons bizarres et de compositions personnelles. Les fans apprécient, c’est certain, mais peut-être que le grand public trouve le virage trop brusque et le bizarre trop bizarre.
Only Love Strangers est un bon compromis entre pop et rock, il y a une alternance assez nette entre les deux. Que dire des chansons rock si ce n’est qu’elles sont excellentes. Déformations de la voix, paroles réfléchies, très énergiques mais sans pour autant casser le micro.

Fable a aussi cherché le compromis. Les 5 premières pistes baignent dans une atmosphère mystérieuse, instruments discrets mais qui font très film, paroles bourrées de références au bouddhisme, et plus que jamais, on entend peu d’envolées mélodiques, l’ambiance est intime. Ensuite, il y a des balades plus communes mais les violons rattrapent tout.

Wong Faye est définitivement celui qui ancre Faye Wong dans son style actuel. Musique alternative, ça part parfois dans des dérapages vocaliques. Mais c’est génial car ça paraît malgré tout très calculé et maîtrisé. L’album commence par une piste rock, accentuée par la guitare, des sons bien secs et c’est là qu’on se dit qu’elle aurait même pu faire du rap. Voix régulière au début, puis ça hurle un bon coup et ça revient vers le calme. L’album est très hétéroclite et entraînant.
Proceed To Love a, semble-t-il, remporté un vif succès commercial mais il est peu cité comme album préféré dans les forums de Fayenatics. Je lui reprocherais sans doute une trop grande homogénéité au sein des chansons, elles se ressemblent toutes un peu, tant dans l’instrumentation que dans le chant. C’est assez doux et fait penser aux voyages, à l’évasion et l’onirique.

Et pour finir, quelques mots sur les concerts. Toujours prétexte à des costumes incroyables : osons les écharpes boa blanc pétant, le maquillage clownesque, les paillettes kitch, les lunettes Willy Wonka, les cheveux en pétard …  Ceci, par exemple. Et encore, c’est sobre.
En général, son visage est assez impassible lorsqu’elle chante, elle fixe le public et fait tranquillement sa chanson. On ne voit donc jamais ses amygdales ou des larmes ou que sais-je encore. Parfois, elle arbore son air insolent mais ses chansons passent généralement avec une facilité flippante. Ça peut monter dans les aigus et redescendre dans les graves en 3 millièmes de seconde, pas de problème, ça montera et ça descendra en 3 millièmes.

Bien, je pense avoir fait le tour de sa carrière musicale.
Une discographie impressionnante mais normale pour une chanteuse asiatique (la gloutonnerie des éditeurs est toujours aussi dingue), assez variée dans les styles musicaux et les paroles. Au fur et à mesure, elles se bonifient, toujours mystérieuses mais pas complètement inaccessibles.

Niveau cinéma, son jeu est quand même assez pauvre, heureusement qu’elle a embrassé une carrière musicale. Mais finalement, son personnage statique et froid est assez bien exploité et ne pose pas trop de problèmes pour le scénario. À noter que c’est quand même très drôle de la voir jouer avec Leon Lai, M. Masque de Nô dans le film Leaving Me Loving You. Si mes souvenirs sont bons, il s’agit d’un couple qui a cassé alors qu’il s’aimait encore, tout le film tournant autour de leur relation post-rupture, et sur qui va céder en premier et retourner vers l’autre. Étant donné qu’ils sont tous deux aussi inexpressifs… disons que le scénario a été écrit pour eux :D et que l’intérêt du film est ailleurs…. les décors, par exemple.

Liens :

  1. All About Ah Faye, site généraliste avec un forum bien rempli.
  2. BBE, plutôt axé sur les paroles et leur sens, retranscriptions de ce qui été dit en interviews, dans la presse, etc. – Site mort !
  3. Faye’s Dream, section discographie agréable à visiter, avec des informations « utiles », chiffres de vente, accueil du public, reprises, compils – Site mort !
  4. L’article de Wikipédia, qui retrace sa carrière de manière intéressante, son succès à l’étranger, le marché asiatique, et même son mariage, ses gosses et tout le toutim. Et j’y apprends qu’elle est fan de Sinéad O’Connor, Faye Wong. Que demander de plus …
  5. Page de Edwood consacrée à la chanteuse, review album par album, conseils pour commencer, super agréable à lire. (Et le site en lui-même est intéressant) (c’est un euphémisme)

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