Cosmos (Kim Sung-Jun)

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Des nouvelles avec des personnages – ou du moins des archétypes récurrents – qui racontent à chaque fois la même histoire. Plus qu’un manwha, Cosmos est un roman accompagné d’images, des sortes d’instantanés de la vie de nos protagonistes qui, par leur couleur et leur teinte, ressemblent davantage à de vieilles photos jaunies, de bons vieux souvenirs.

La démarche de l’auteur est à découvrir, c’est sûr, mais les historiettes sont inégales.
Tantôt il se lance dans une prose sans fin sur la nature, le ciel, l’herbe verte, les pigeons, la mer scintillante ou que sais-je encore de (censé être) poétique. Je ne suis certes pas très ouverte à la magie de la nature mais tout de même, cela sonne faux, pourquoi cette surcharge de description et de lyrisme ? Pour se faire comprendre, il se répète inlassablement, ce qui provoque parfois un certain ennui.



Heureusement, l’auteur se rattrape tantôt avec des arrêts sur la vie, comme des bribes de conversation dans un bar, les délires et fantasmes du narrateur, une soirée action/vérité chez des amis, de petits détails sans grande portée mais l’ambiance est bien rendue avec les couleurs un peu ternes, le côté sale et le fait qu’il y a rarement des gros plans sur les personnages. C’est une intrusion dans leur vie, le lecteur est même parfois forcé d’entrer dans les lieux que Kim représente, et une fois sur deux, il devient un voyeur : pas mal de scènes de sexe, quand on en vient au sujet du fantasme (vous voyez, la jolie dame qu’on voit dans le métro, ce qu’on aimerait lui faire, ceci, cela, et même ça, et paf, retour à la réalité, elle est sur son siège, vous sur le vôtre, à 3 km du sien)

Un coup de cœur pour la nouvelle Où sont les libellules ?, plus travaillée que les autres. La trame consiste uniquement en la plongée pendant quelques heures, un après-midi, d’une extraterrestre parmi des enfants humains. C’est fugace, mais l’auteur y amortit des embryons de réflexion sur la puberté, la découverte de l’amour, ou encore la métamorphose du corps. Une nouvelle métaphorique sans doute remplie d’indices auxquels je n’ai pas fait attention mais qui a son petit charme. De plus, le trait est très proche de celui de Taiyo Matsumoto (en un demi-poil moins tremblotant) : visages d’enfants bien joufflus, petits yeux bridés, grimaces à tout va ; mais surtout, même façon de faire parler un personnage d’une chose puis d’une autre sans qu’on ne comprenne de quoi ils parlent. De mon côté, il y a cette sensation (agréable) d’être à la masse…

En fin de compte, Cosmos reste une œuvre très personnelle, parfois difficile à comprendre mais à laquelle je ne peux paradoxalement pas trouver de grands défauts. Le dessin est son atout principal, mais également, le calme qui se dégage des nouvelles – malgré la passion des sentiments et certaines envolées lyriques – l’impression que les personnages sont confinés dans un appartement, un bateau ou encore un bar, contribue à faire de ce manwha une œuvre sortant du lot (pour le moment). Il ne faut néanmoins pas chercher du sens là où il n’y en a parfois pas.

Ce ne sont que les pensées assez volatiles d’un individu qui parle de ce qu’il voit. Pensées qu’il ne cherche pas à expliciter, mais juste à en faire partager l’impression. Et pour peu que vous ne lisiez pas Cosmos comme un obsédé de la rationalité et la logique et que vous vous laissiez porter, vous aurez une lecture tranquille et sympathique.

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