Fever (Park Hee-jung)

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La série coréenne à 5,95 € s’est achevée il y a peu, c’est l’occasion d’une rétrospective. Fever est une histoire de rencontres entre des personnalités différentes et l’histoire de leurs influences mutuelles. On voit également leur quotidien avant leur rencontre et on se rend ainsi compte que les protagonistes sont tous des adolescents un peu paumés, qui se déprécient ou qui ne trouvent pas de sens à leur vie. Chaque personnage représente alors un conflit particulier.

Volume 1 : Premier volume introductif. Heon In est une jeune fille de famille aisée qui n’a jamais fait que travailler, qui se replie sur elle-même et évite autant que possible les relations sociales. Cependant, même ainsi, des liens d’amitié se créent entre elles et une de ses camarades de classe, aussi introvertie qu’elle. Elles sont toutes deux les « vilains petits canards » de leur classe, mais à deux, le fardeau est moins lourd. Du moins jusqu’au suicide de ladite camarade de classe, fatiguée de ne pas pouvoir « exister », si ce n’est pour subir les brimades de sa classe. Cette mort est pour Heon In l’élément qui lui fait se rendre compte de sa lâcheté et de son hypocrisie, elle se complaisait dans son petit monde, détachée des autres mais la confrontation avec ce monde n’en est que plus brutale. Elle désire alors changer pour ne plus vivre dans sa bulle : trop facile de ne pas se préoccuper des autres, ça ne lui plaît plus. Et peut-être a-t-elle aussi peur de finir comme sa camarade de classe, sous les roues d’un métro. Gangdae est un jeune homme dont le chien farceur a vomi sur Heon In. Il prend alors la peine de l’aider à nettoyer le contenu de l’estomac de son chien, généreusement étalé sur le manteau de la jeune fille.

Gangdae représente tout au long des 4 volumes la gentillesse et la stabilité. C’est une épaule et une oreille de confiance, et peut-être celui qui, en s’occupant constamment des autres, est le plus heureux. Selon Heon In, il « a de l’instinct, de la gentillesse, un air innocent et benêt ». Il conseille à Heon In de moins se focaliser sur ses soucis, et l’exhorte également à prendre sa vie en main : « tout ça ne sont que des broutilles si tu en décides ainsi ». Jijuun est le jeune homme qui en fait toujours trop, l’incarnation par excellence du « caractère de cochon », celui qui est énervé contre le monde entier. Sauf contre son meilleur ami Ahine qui le décrit comme une « amibe folle » mais au grand cœur.

En effet, la vie de Jijuun se résume à écrire des lettres d’amour et à se prendre des râteaux. Rien n’est jamais trop grandiloquent pour lui, et c’est ce qui fait son originalité. Néanmoins, il est constamment blessé, même après X râteaux et il lui arrive même de sceller ses lettres d’amour par un pansement… C’est un jeune homme guidé par son intuition et ses impulsions (l’auteur le surnomme « l’enfant de la terre ») mais qui n’arrive pas à mettre son passé de côté : il s’invente alors toute une histoire sur son enfance, alors qu’il est en réalité orphelin. Et parce qu’il ne sent aimé de personne, il veut imposer son amour. Sa force (ou « puissance du roi des enfoirés », une appellation un poil moins affectueuse de son ami Ahine) est cependant d’être très tolérant envers ceux qu’il a décidé d’aimer, cette tolérance étant en quantité limitée, il ne se laisse donc pas approcher par n’importe qui. Ahine (pas de photo, imaginez un blond à lunettes) est le premier et seul ami de Jijuun, celui qui le comprend mais qui partage des souvenirs doux-amers avec lui.

En effet, lorsqu’ils étaient enfants, ils ont pleuré ensemble devant un temple mais pour les deux, la raison de ces larmes est inconnue. Adolescents, ils évoquent régulièrement le sujet, l’un essayant de soutirer à l’autre des explications. Mais aucun des deux ne veut être le premier à avouer pourquoi il a pleuré et sort toujours des raisons débiles et volontairement parodiques : « je pleurais parce qu’il pleuvait », « je pleurais parce que les fleurs étaient fanées ». Le jeu est donc de ne pas être le premier à craquer et à se confier. Toujours est-il que depuis cet épisode de leur enfance, Ahine et Jijuun se sentent moins seuls, surtout Ahine qui est amoureux de son ami, mais qui ne le lui a jamais dit. Ahine fait office de grand-frère protecteur, sociable, celui qui observe sans rien dire, et qui pense pouvoir se contenter de vivre aux côtés de son ami, le ramasser lorsque celui-ci est en état d’ébriété avancée, et lui écrire ses lettres d’amour. Mais pour combien de temps ? Combien de temps, en effet, avant que Jijuun tombe amoureux d’une fille ? Et pourquoi pas, d’Ahlip, la sœur de Ahine ?! Triangle amoureux sadique pour Jijuun car Ahlip ne l’aime pas, ironique pour Ahine. Ahlip semble bien éloignée de son frère, c’est une jeune femme farfelue, qui parle de cuisses de poulet dans ses rêves, joue la carte de la provocation, met en avant son mauvais goût vestimentaire.

Bien sûr, on découvrira par la suite qu’elle est très lucide, un peu cruelle et joueuse, un peu salope sur les bords mais bourrée de complexes. Et retour à Heon In qui, à la fin du volume, ne se reconnaît plus et cherche à éviter d’être comme sa famille, très portée sur l’apparence, le qu’en-dira-t-on et corrompue jusqu’à la moelle. Heon In a besoin d’évasion et d’un nouveau terrain pour trouver son bonheur, comme si le bonheur était un état constant. Elle se révolte contre les gens qui ignorent les drames quotidiens, contre cette ville plus très humaine. Fever représente alors une échappatoire, une sorte d’école alternative où il est permis aux adolescents de faire ce qui leur plaît. C’est une opportunité pour ses pensionnaires de découvrir l’adolescence et la vie. C’est un lieu à l’image de son créateur, un peu enfantin, un peu métaphorique, mais aussi ancré dans la « tradition » : une chamane y vit, et du kimchi (chou coréen) s’y trouve en abondance. Pourtant, la pédagogie n’est pas oubliée, ce lieu se trouve en haut d’une colline, comme pour montrer le chemin initiatique qu’empruntent ses pensionnaires avant de trouver la paix.


Volume 2 : Où l’on fait connaissance avec Peter (quelqu’un un peu comme ça, en plus jeune), le créateur loufoque de Fever. C’est une sorte d’éducateur qui remet ses élèves sur le bon chemin, profite de la vie et des choses simples, prodigue des conseils : ne pas trop chercher à contrôler sa vie quand on n’a « que 17 ans », se maîtriser, prendre ses responsabilités. Une figure rassurante mais stricte.

C’est un personnage sympathique (que ça ne gêne pas de porter un T-shirt des Teletubbies, par exemple), philosophe mais que hélas, on ne verra pas énormément au long de la série et qui restera mystérieux, ses desseins n’étant jamais révélés. Le volume 2 introduit également Ji-Ho, vraiment perdu, accro à la moto, et qui pense constamment à se suicider. Néanmoins, son intégration à Fever le fera peu à peu changer d’avis et l’incitera à voir la vie autrement. Il ramène avec lui Seo-Yun, une jeune fille complexée par son physique car on la prend souvent pour un garçon, coincée entre la possessivité de son amie In-Kyon et son affection pour Ji-Ho.

Cependant, lorsque Gangdae voit du premier coup que c’est une fille, elle décide de rester à Fever, et malgré son côté taciturne, s’entend bien avec Heon In. Ahlip, elle, fait tourner Jijuun en bourrique, s’amuse avec lui, maintenant qu’elle sait qu’il l’aime. Un différend entre Jijuun et une star du rap complique la situation avec l’apparition du producteur de la star en question, Jijuun se retrouve à la merci d’Ahlip… encore plus qu’il ne l’était déjà. Ahine, qui a malgré tout une petite amie (… dans son lit, cette relation reste implicite et on ne peut pas dire que Ahine se préoccupe vraiment d’elle), demande à Jijuun de « ne pas pleurer sans lui à ses côtés », preuve de son attachement extrême envers son ami. Jijuun et donc sollicité de toutes parts, mais surtout, c’est comme s’il devait choisir entre Ahlip et Ahine… il ne saisit pas les enjeux de chacune de ses relations mais a conscience de ses torts dans chacune d’elles.

Avis : J’ai commencé Fever par le volume 2 (une manière comme une autre d’aborder une série, non ?), qui m’avait pas mal plu, les personnages étaient attachants et l’auteur maîtrisait bien les allers-retours entre la vie des personnages. À la relecture pourtant, je trouve qu’il y a trop de phrases coupées (les personnages ont la fâcheuse habitude de laisser leurs phrases en suspens), trop de flashs-bacs aussi, mais surtout qu’il y a un problème de narration : j’ai personnellement eu du mal à suivre la voix off, savoir à qui et à quoi elle fait référence. Néanmoins, le reste, cadrage, dessins surchargés, situations restent toujours aussi bons.

Volume 3 : Qui débute par l’enfance de Jijuun, son enfance entre orphelinat et temple. Grâce à ce petit flash-back, on comprend mieux son caractère, sa fermeté. L’auteur survole aussi le problème qu’il a avec sa mère, une femme qui l’a abandonné dans un temple et envers qui il est encore énervé.
De par ses tragédies personnelles, Jijuun en est venu à détester l’inaction et lui préfère la mauvaise action. Il se trouvait en conflit avec la nonne du temple dans lequel il vivait : cette dernière le conseillant de « ne pas désirer ce qui ne lui appartient pas » et lui estimant que certaines choses lui revenaient de droit. Un affrontement intéressant entre ces deux personnages. Le manwha respecte autant ces deux visions de la vie. Heon In se trouve dans un meilleur environnement où vivre, une sorte de refuge. Elle arrive même à travailler ses cours, libérée de toute contrainte. Il s’agit d’une phase de test pour elle, une période de transition entre son pétage de plombs dans le volume 1 et sa réinsertion dans la vie lycéenne. Peter l’aide en particulier à se forger une personnalité et insiste sur le fait qu’il ne faut pas être obsédé par les diplômes.

Pourtant, suite à une altercation avec une de ses anciennes camarades, elle ne se sent plus à l’aise dans Fever et préférera partir. Elle culpabilise, se qualifie de « trouillarde » et pense se retrouver dans la même situation qu’au début. Avant de partir, elle a pourtant donné des leçons bien utiles à Seo Yun, concernant les apparences et lui donne des raisons de ne pas désespérer « à cause » de son physique. À partir de là, on la voit même plus féminine dans ses habits. Ji-Ho, quant à lui, trouver en Fever une attache et se « range » mais ne parvient pas tout à fait à évacuer sa tristesse. Jijuun, manipulé par Ahlip, fait une incursion forcée dans le monde du show-biz… soutenu tout de même par les habitants de Fever. Il ne parvient pas à renoncer à Ahlip et se soumet à elle. Ahine semble s’effacer de sa vie à présent bien remplie mais paradoxalement, quand il arrive à Jijuun de se montrer gentil envers lui, cela le fait souffrir.

Avis : Une cascade d’événements pas toujours passionnants, j’ai sérieusement commencé à me demander où l’auteur voulait en venir. Aucune histoire ne tient vraiment la route, il n’y a que des embryons de relations ; non pas que je souhaite voir toutes les histoires sentimentales aboutir à quelque chose, mais l’auteur part dans énormément de directions différentes et les contradictions (cf. volume 4) sont légion, beaucoup de voltes-faces non explicitées. Ça manque de continuité entre les volumes. Individuellement, les histoires n’étaient pas si mal, pourtant.


Volume 4 : Pour faire simple, un volume qui prête à controverse. Pour moi, cette fin n’en est pas une, l’auteur met bout à bout des fins en demi-teinte et conclut les histoires de chacun très superficiellement. Suite au départ de Heon In dans le volume 3, les temps sont difficiles. Son départ est perçu comme un échec par Jijuun, qui se sent impuissant. Par énervement, il provoque alors Peter avec des phrases assassines, comme quoi il ne suffirait pas de fournir gite et couverts pour que la vie aille mieux.

En réalité, il semble avoir peur que le manque de courage dont il accuse Heon In ne se reflète aussi en chacun des habitants de Fever. L’absence de Heon In fait soudain prendre conscience aux autres qu’ils ne sont vus que comme des « cas sociaux » par la société. Le rêve s’effondre, l’ambiance bon enfant et la solidarité s’envolent. Ji-Ho et Gangdae, plus nuancés, soutiennent que Heon In ne se permettait jamais de juger, et c’est ce qui la rend si attachante.

Et de même, Fever n’est pas un lieu complètement inutile puisque des liens amicaux ou amoureux s’y sont créés, il ne s’agit pas d’un simple pensionnat-cantine car les pensionnaires sont encadrés et libres en même temps. Du point de vue de Heon In, on voit qu’elle ne fuit pas complètement. Elle retourne à l’école (écho au volume 1, où elle se retrouve à Fever après l’école) où elle trouve une fille telle qu’elle était : très agressive, très effrayée devant les autres en réalité. C’est une fille renfermée qui vit en autarcie et refuse la gentillesse de Heon In. Mais cette dernière, avec son expérience, impose de force leur amitié, espérant sous doute éviter un nouveau suicide. On la voit donc faire des efforts de sociabilité et éviter tant que possible de reproduire ses erreurs, elle se soucie plus des autres et est plus ouverte.

Par ailleurs, il y a un gros développement dans les relations Jijuun-Ahlip-Ahine, bien qu’il soit à mon avis discutable. La relation Ahlip-Jijuun se renforce : en effet, la jeune femme avoue avoir eu le temps de le connaître et de le comprendre et de l’aimer enfin (et hop ! Plutôt rapide, comme transformation. On n’a pas droit à des explications, d’ailleurs). Pas très rassurée de ses nouveaux sentiments, elle se sent prise à son propre piège. Suite à ce changement, un peu rapide, peut-être, Ahine s’efface volontairement et désespère. Il déteste Ahlip, parce qu’elle lui avait pris sa mère, parce qu’elle a toujours été hypocrite et parce qu’elle lui prend maintenant Jijuun. Pourtant, c’est lui qui, par fierté et dans la douleur, refuse d’avouer à sa sœur son amour pour Jijuun.

Cela permet de ce fait à Ahlip et Jijuun d’être ensemble. Trop tard donc pour Ahine de tenter quoi que ce soit, trop tard pour Ahlip pour réparer les blessures de son frère. Le frère se laisse aller, fête son anniversaire seul, en compagnie d’une bouteille d’alcool, et dans le noir, comme pour mieux réaliser ce qu’il a perdu : la situation entre lui et Jijuun dans le premier volume était certes confortable pour lui, mais ne pouvait durer. Le fait que ce soit sa sœur qui y met fin est cependant très ironique. Ne voulant pas faire les choses à moitié, il avoue son amour à Jijuun avant de se suicider. Ce que je trouve dérangeant, c’est qu’on ne sentait pas son désespoir avant cela, et tout à coup, on le voit dire que ça ne sert à rien qu’il vive dans ce monde et préfère disparaître. Il est passé très rapidement du statut du grand-frère à celui d’amoureux transi.

Autres points qui ne me satisfont pas terriblement : la relation haineuse entre Ahine et Ahlip, expliquée très maladroitement, une histoire de parents adultères, un autre suicide, le tout étayé par un conte métaphorique pour enfants. C’est très lourdingue, et j’avoue ne pas y avoir compris grand-chose, mis à part qu’Ahlip a volé la mère d’Ahine (car oui, maintenant, ils sont demi-frères).

Narration très confuse, pathos pas nécessaire. Ahlip et Jijuun, tous deux manipulés par le producteur, font une scène théâtrale pour montrer leur amour et quitter le monde du show-biz, de la mode, des apparences. De la part de l’auteur, je m’attendais à un peu mieux, un peu plus de nuances que de dire que ce monde est pourri et sans sentiments. Enfin, l’amie de Seo Yun, In Kyung, organise le meurtre de Ji-Ho… une fin brutale pour ce dernier. Sa mort est-elle la conséquence de ses choix et de ceux de Seo Yun ? Une destruction injuste (Ji-Ho avait des projets louables avec Seo Yun : ouvrir une pâtisserie…) qui fait comprendre aux autres qu’il ne s’agit pas de vivre en réparant ses erreurs, cela est impossible, mais de vivre avec et de faire de son mieux. Une conclusion douce-amère et la fin de l’aventure pour les rescapés de Fever, certains sont devenus plus forts, d’autres sont désespérés, d’autres encore se cherchent toujours, mais la vie continue.

Avis : Déception que l’auteur n’ait pas accordé plus d’importance à l’école Fever (on ne l’évoque plus alors que c’est le titre de ce manwha), qu’il n’y ait pas assez d’interactions entre les personnages (on les voit juste à la fin, réunis) ainsi que certaines histoires restent inachevées : Gangdae (qu’on ne voit pratiquement pas) et Heon In, par exemple.

Cependant, le fait que tous les problèmes ne soient pas résolus est judicieux, la vie des personnages ne s’arrête pas au bout de 4 volumes, et le message d’espoir à la fin n’est pas niais. Enfin, un mot sur les dessins, Park se débrouille vraiment bien en matière de décors, de cadrage et de plans, de vêtements (galerie épatante de fringues, d’accessoires, de bijoux). Son humour est appréciable (même lorsqu’elle nous décrit les « popos » de son chien) et ses SD très élaborés et mignons.

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