Le bleu est une couleur chaude (Julie Maroh)

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Le Bleu est une couleur chaude est une BD de Julie Maroh (dont le blog, Les Cœurs Exacerbés, est à visiter) sur une adolescente qui découvre qu’elle aime les femmes. C’est une histoire sur un ton intime, placée au début des années 1990, à une époque où avoir un ami homo, c’était encore moins connu et accepté qu’aujourd’hui. Époque d’autant plus difficile pour notre jeune protagoniste, qui sera rapidement fascinée puis amoureuse de la narratrice, de quelques années son aînée.



LBECC est une histoire d’amour très émouvante, d’abord parce qu’elle s’ouvre sur la mort de l’adolescente. C’est son amante, la narratrice, qui lit ses journaux intimes et retrace son histoire. Les voix et les interprétations se superposent et mettent mal à l’aise. J’ai eu l’impression de toucher à une histoire très privée, celle qui a amené deux femmes à s’aimer et l’une d’elles à mourir. Au fur et à mesure, l’auteur réussit à mettre en confiance avec le décor : lycée, bar, petits appartements. Contrairement à pas mal de BD mettant en scène des personnages gays, LBECC n’est pas un guide de l’homosexualité, pas de questionnements sans fin, pas de militantisme. Bien sûr, tout le monde se pose des questions, tout le monde est écœuré soit par l’homosexualité soit par l’homophobie. Mais tout est en filigrane, à travers une bulle, un geste, un mot. Le lecteur n’est pas guidé, il suit juste les deux héroïnes.

Il suit surtout l’adolescente, la plus instable. L’ambiance générale – grisaille et moues – est allégée par quelques touches d’humour inévitables aux premières fois (premiers émois, premières gaffes). Tout se déroule avec grand naturel. Ma peur principale avant de lire cette BD était d’avoir droit à une histoire d’amour dès le premier regard et de gnangnantise ou de drame. Heureusement, j’avais tort. L’adolescente est intriguée en apercevant dans la rue celle qui sera sa future compagne mais il y a une bonne raison à ça : cette dernière a les cheveux teints en bleu. Par la suite, elles apprendront à se connaître en parlant au téléphone (fixe ! Quel retour dans le temps !) et en se voyant à l’aide de quelques mensonges et quelques instants volés.

Le rythme est géré d’une main de maître. Pas d’histoire d’amour frustrante car trop courte, pas d’étalage indécent ou ennuyant. Une histoire en plusieurs temps, avec des moments forts et des périodes d’accalmie. Comme chez tout le monde. Bien sûr, le tragique pèse  sur les héroïnes puisqu’on sait d’emblée que la plus jeune trouvera la mort mais à aucun moment, on a du pathos. On voit la beauté des gestes, des mots d’amour.

Le dessin n’est pas en reste, il traduit bien la langueur, la mélancolie mais sait s’ouvrir sur des gros plans pour conter les rencontres, les retrouvailles, les tragédies.
J’ai eu un peu de mal à cerner les personnages, savoir qui est qui, mais ça devait être à cause de la fatigue. La narration est suffisamment claire, une fois l’histoire installée, pour nous porter dans le Lille des années 90.

Grâce au dessin, on a aussi droit à un huis clos autour des personnages, leur petit monde : les insultes homophobes, l’intolérance, l’ignorance, la bêtise, la jalousie mais aussi – encore heureux – les moments d’amour, de sensualité et de plénitude.

Pour clore cet article qui ne rend pas assez hommage à cette BD, j’aimerais dire qu’il faut foncer et la lire. Certes, on ne ressort pas de la lecture avec un grand sourire vissé aux lèvres, mais peut-être, l’impression d’avoir suivi une belle histoire, un drame, menés avec brio sans lourdeur ou clichés. Personnellement, elle ne m’a pas laissée indifférente. Certaines planches m’ont révoltée, d’autres m’ont fait sourire (amèrement), d’autres encore m’ont imposé quelques réflexions. Dans tous les cas, j’y ai trouvé mon compte et ai apprécié chacune des 160 pages.

EDIT 27.04.13 : un film éponyme et adapté de la BD est récemment sorti au cinéma. Je ne sais pas du tout ce qu’il vaut mais je n’aime pas trop l’affiche. Le bleu chaud que j’avais à l’esprit n’est pas le bleu de Léa Seydoux.

Titre : Le Bleu est une couleur chaude
Titre original : -
Auteur(s) : Julie Maroh
Traducteur(s) : VO
Éditeur : Glénat
Nombre de pages : 160
Prix conseillé : 15,50 €

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