Le cortège des cent démons (Ima Ichiko)

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Tengo, miko, tabi... Tout ce vocabulaire provient de la série Le Cortège des Cent Démons de Ima Ichiko, 14 volumes au Japon, éditée en France par Doki-Doki mais malheureusement stoppée au bout de 6 volumes par manque de succès.

Cependant, chaque volume du Cortège… peut tout à fait se lire indépendamment, l’achat n’est donc pas déconseillé si ce n’est qu’évidemment, avoir la moitié de la série peut être frustrant.
L’intérêt principal de ce manga, c’est de contempler le bestiaire inspiré du folklore japonais.

En effet, Le Cortège des Cent Démons nous plonge dans un Japon moderne certes, mais dans sa campagne, dans un village plus précisément où on suit les aventures de Ritsu, un lycéen qui a hérité de pouvoirs paranormaux, lui permettant de voir et sentir les êtres surnaturels, les yôkai.



Ce manga est une incursion dans le fantastique, et au lieu d’enquêtes, nous avons droit à un aperçu général de la richesse des légendes et contes japonais.

Les chapitres, indépendants les uns des autres, débutent par un petit mystère : mort d’animaux, disparition, apparition de personnes décédées, objet bizarre ; il ne s’agit pas ensuite de récolter des indices menant au coupable, mais de suivre les impressions de Ritsu sur la nature du phénomène anormal. Bien souvent, à la fin, on découvre des sentiments humains à l’origine de ce phénomène : désir, jalousie et rancœur, vieilles disputes familiales, antiques sortilèges mis en place pour piéger quelqu’un. Et c’est ce qui fait le charme du manga : pas mal de points de civilisation, la tradition vue à travers les vêtements (kimonos, geta, tabi) que portent parfois les personnages, la cérémonie du thé, l’architecture des maisons et jardins japonais. La nature aussi est très présente, beaucoup de chapitres se passant près de cours d’eau ou dans la forêt, où les esprits aiment se réfugier…
Enfin, quand ils n’occupent pas les seuils des maisons…

Les intrigues sont résolues rapidement, l’auteur ne s’attarde pas dessus.
Le plus plaisant, c’est la communion avec la nature et les esprits que l’on ressent. Non pas que Ritsu se prenne d’affection avec les petits démons qui cohabitent avec lui, mais il y a un rapport très simple entre eux, l’auteur admet tout simplement l’existence de ces petites bêtes et ne cherchent pas à leur donner le mauvais rôle. Ce ne sont pas de simples monstres maléfiques, ils sont parfois cruels, parfois espiègles, et obéissent à d’autres codes que ceux des humains.

Il n’y a pas de morale à la fin des histoires, juste un éclaircissement des énigmes de la vie quotidienne : pourquoi Ritsu a des migraines, pourquoi des séries de malheurs s’abattent sur certaines familles, pourquoi certains objets disparaissent tout seuls pour réapparaître quelque temps après, etc.
L’ambiance du Cortège des Cent Démons est très bien rendue aussi.

C’est en partie parce que les héros vivent à la campagne et y sont un peu enfermés (malgré évidemment la présence de voitures, ils ne vivent pas non plus en autarcie, l’auteur n’exagère pas), il s’agit comme d’un petit monde que le lecteur observerait d’en haut pour voir tous ces phénomènes étranges et ces yôkai.

De plus, malgré le fait que c’est un shôjô, ce manga n’insiste jamais sur les détails un peu futiles que peut contenir un shôjô. Il n’y a pas d’« enjolivures », tout est raconté tel quel, comme dans un conte.
Par exemple, on apprend que pour éloigner les esprits, le grand-père de Ritsu l’habillait comme une petite fille mais ce travestissement n’est pas un prétexte pour introduire Ritsu comme un personnage efféminé ou super beau gosse ou autre. L’auteur n’en profite jamais pour rajouter des commentaires personnels et/ou des pétales de fleurs partout.

Ce sont les histoires et leurs conséquences qui l’intéressent : trésors cachés, secrets de famille, ou encore, des sujets plus graves comme la mort.
Le bestiaire est certainement le point fort du manga. On voit rarement les mêmes bêtes et chacune a son comportement propre. De ce fait, les histoires se renouvellent et leur déroulement est toujours différent.

Même si les chapitres sont indépendants, on peut noter que certains personnages viennent souvent rendre visite à Ritsu. Ça permet de développer un peu plus ses relations avec la ville, à travers le personnage de Tsukasa, sa cousine, par exemple.
C’est parfois l’occasion de revenir sur son enfance, et sur la difficulté d’être marginal, puisque Ritsu voyait sans cesse ce que les autres ne voyaient pas en classe, ne parvenait pas à se concentrer en cours et était souvent victime de brutalités.

L’humour n’est pas laissé de côté : un humour graphique, avec notamment les deux compagnons de Ritsu, Ôjirô et Ôgurô.
Il y a également de l’humour avec le père de Ritsu, normalement décédé, mais dont le corps est contrôlé à présent par un démon protégeant le fils. Lorsque l’auteur elle-même se défoule et se met en scène pour raconter sa difficulté à boucler ses chapitres à temps, c’est également hilarant.
Enfin, les dessins. Rien que les couvertures attirent l’œil, non ?


Même si l’intérieur est moins mélancolique, le graphisme d’Ima est tout de même clair, les cases bien découpées, pas de surcharge de bulles ou de textes, on suit bien l’action.
Pas comme dans ses yaoïs (B-Grade, par exemple), où on ne sait pas qui parle et quand, à qui et de quoi.

En conclusion, la lecture du Cortège des Cent Démons, c’est vraiment une détente. Les dessins permettent au lecteur une immersion dans ce monde fantastique et bien exploité.
L’auteur n’exagère pas ses histoires, ne cherche pas à romancer le surnaturel. Cela donne une impression de simplicité et de naturel. Les histoires ne sont par ailleurs pas inégales mais leur problématique peut nous toucher plus ou moins, cependant dans l’ensemble, elle conserve le même ton à chaque fois, sans raccourci scénaristique ou atermoiements sans fin.

Titre : Le Cortège des 100 Démons
Titre original : 百鬼夜行抄 (Hyakkiyakou shou)
Auteur(s) : Ima Ichiko
Traducteur(s) : Sylvain Chollet
Éditeur : Doki-Doki
Nombre de pages : 195
Prix conseillé : parution stoppée au bout de 6 volumes, éditions étrangères disponibles

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