La Voix des Fleurs (Natsuki Sumeragi)

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La Voix des fleurs, one-shot de Natsuki Sumeragi, édité par Akata et petit bijou à lire. Il s’agit d’un recueil de 4 nouvelles issues de contes chinois et japonais. Personnellement, ce n’est pas spécialement ma tasse de thé, les contes, d’autant plus que j’ai du mal avec le format court des nouvelles. Et pourtant, l’auteur nous fait plonger directement dans un monde antique, grâce aux dessins et grâce à la narration.


Les dessins sont pleins de détails, et reproduisent les coiffures, vêtements, parure et architecture d’antan. Les styles de graphisme sont variés, de la peinture classique aux traits plus manga, les décors sont présents et les personnages s’y s’intègrent très bien. Du coup, on est plongé immédiatement dans l’ambiance, on se retrouve dans un jardin, dans un palais impérial, ou au fin fond de la campagne en seulement quelques cases.

Au niveau de la narration, je trouve que l’auteur s’en sort également très bien. On pénètre dans l’univers quand elle nous parle des concours mandarinaux typiques de la Chine, de vieilles traditions japonaises, des mœurs maritales, du courage des jeunes. Chaque planche est agréable à regarder grâce à l’utilisation judicieuse du blanc et du noir, de trames et de traits de vitesse. L’ensemble m’a paru vraiment varié, on a l’impression de suivre les personnages dans leur vie et dans leurs sentiments comme on les suivrait dans un film.

Pour ce qui est des histoires, malgré le format, elles sont suffisamment fouillées, les intrigues se mêlent, il y a quelques surprises, beaucoup de tendresse et de poésie aussi. Essentiellement des histoires d’amour coup de foudre et impossibles. Bien sûr, ça ne se passe pas dans un lycée, l’héroïne n’est pas une cruche timide, le héros n’est pas un sportif beau gosse. Au contraire, Sumeragi ne s’attarde pas vraiment sur leur personnalité mais sur le cadre historique et social.

La pivoine enchantée parle d’un jeune homme brillant promis à la fille d’un ministre haut placé, mais qui va pourtant abandonner sa future vie de richesse et de gloire après être tombé amoureux d’une jeune fille, en réalité une pivoine qui peut prendre une forme humaine lorsqu’elle est « en état d’ivresse ».

Le papillon visite le jardin printanier parle aussi d’incarnations. Un papillon qui se transforme en fillette, et qui tente de séduire le jeune frère de la pivoine (une fleur de pêcher, pour sa part, ce sont tous des fleurs dans la famille). À son grand dam, d’ailleurs puisque dans sa grande espièglerie, elle illustre à merveille le dicton « Qui aime bien châtie bien » et passe son temps à lui jouer des tours, à le fuir et à le taquiner.

Le Cri du Tigre s’intéresse à un jeune aventurier et aux tigres auxquels il doit fait face. Certains sont bienveillants, d’autres plus belliqueux. Il s’agit de ma préférée, personnellement, pour sa mise en scène, son intrigue avec du mystère et une fin tragique qui s’annonce doucement.

Le sanctuaire de la Princesse Serpent est une sombre histoire japonaise d’héritage et de tradition familiale. Plus de rebondissements et un ton plus tragique pour cette histoire d’amours contrariés et d’inceste. Complots sur fond de politique. Beaucoup d’action également, bien rendus par le découpage, on se retrouve propulsé au cœur des batailles grâce à la multiplicité des cases.

En conclusion, je conseille de lire cet ouvrage. Bien sûr, le format des nouvelles fait qu’on a moins le temps de s’attacher à des détails scénaristiques mais avec Sumeragi, ce n’est pas du tout frustrant. On retient surtout l’atmosphère, quelques pensées et décors. De plus, les quatre nouvelles sont homogènes dans leur qualité, et ne donnent pas l’impression d’être anecdotiques. Pour ma part, La Voix des Fleurs a été un peu plus qu’une « lecture sympa ». Les intrigues marquent l’esprit et sont habilement menées.

Une lecture qu’on peut apprécier comme un bon vieux film épique.

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