Balade du côté des Docks a.k.a. Cité de la Mode et du Design

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Ça n’aura échappé à quasiment aucun Parisien : un nouveau musée, baptisé Art Ludique, a ouvert ses portes dans le 13ème arrondissement de la capitale. Son objectif ? Concilier les arts que sont les jeux vidéo, les manga, les films d’animation, et surtout, leur rendre leurs lettres de noblesse. Belle mission que voilà, menée dans un environnement privilégié en plus : les Docks entièrement réhabilités. C’est beau, ça fait un peu Pompidou.
Et pour sa première exposition, Art Ludique frappe fort, en proposant une rétrospective à l’occasion des 25 ans du studio d’animation Pixar, qui a donné naissance à Toy Story, Monstres & Cie ou encore, Les Indestructibles (je cite mes préférés si je veux). Comment résister ? Et pourtant, le temps a passé, et l’exposition se clôturera bientôt — le 2 mars, pour être précise. Après avoir remué nos popotins respectifs, mon compagnon et moi nous sommes donc plongés dans l’univers des souris cuisinières, des automobiles parlantes et des maisons qui volent, le temps d’un dimanche aux Docks.

Notre sortie Saint-Valentin était composée de deux volets : l’estomac d’abord, les yeux ensuite.

1) Le miam miam : M.O.B.
Comme je le disais précédemment, par on-ne-sait-quel-miracle, mon compagnon a subitement décidé qu’il m’accompagnerait à un restaurant végétarien. Soucieuse de lui prouver que la cuisine végétarienne, ce n’est pas que du tofu et des graines, je déniche dans le guide Paris Végétarien d’Alcyone Wemaëre trois adresses susceptibles de nous plaire. Mon choix se porte sur M.O.B., Rose Bakery Culture et Le Jardin des Pâtes (qui n’est pas que végétarien). Un peu comme quand je lui propose des thés, il s’arrête immédiatement au premier, après m’avoir entendu dire « burger » et « au même endroit que l’expo ». Pour rappel, on est dimanche matin, ceci explique cela.
Soit, ce sera donc le M.O.B., ce fast-food végétarien dont j’entends tant de bien : burgers sains, faux steak qui fait illusion, desserts à tomber… En plus, c’est vrai que c’est pratique d’être à deux pas du Musée. On entre, on fait direct la queue dans cette espèce de cantine américaine qui ne m’inspire rien sans non plus me rebuter.
 

Premier constat : c’est leeeennnt. Je censure néanmoins les commentaires désobligeants du père de famille qui se trouve devant nous. Si les serveurs sont lents, c’est soit qu’ils ne sont pas encore rodés, soit qu’ils ont pour consigne de faire monter la sauce. J’opte pour la seconde explication et prends mon mal en patience. Pendant ce temps, mon compagnon fait une crise de panique parce qu’on se rend compte que l’endroit n’est pas végétarien, mais végétalien, c’est-à-dire sans même de fromage. L’enthousiasme retombe comme un soufflé, mais en même temps, on a la dalle et les autres restaurants dans le coin sont encore plus bourgeois.

On commence à remarquer que tout le monde fait la tronche et que l’ambiance est électrique, genre soir de pleine lune. Au bout de 10 minutes, l’un des serveurs chuchote dans son mégaphone qu’il n’y a plus de burger M.O.B. ni California. A priori, il ne reste donc plus que l’Ironman. Et l’Ironman, ça semble être une plâtrée d’aubergines. Soyons clairs : les aubergines, ça me connaît, je tuerais pour des aubergines frites, je tuerais pour des aubergines tout court. Mais ce jour-là, je n’étais pas venue pour ça. Pas encore découragée, je saisis quand même au passage un cheesecake à 5 €, pose et repose plein de bouteilles et de briques de jus toutes plus chères les unes que les autres (4 à 6 €, pour 25 à 50 cL), hallucine un peu. Mon compagnon est complètement dans un autre monde, sûrement peuplé de fromages puants et de doigts guéris car le pauvre a subi une attaque à la main gauche.

Arrivée à la caisse, je dois être dans le même état léthargique que les serveurs et affirme léthargiquement qu’il n’y a donc pas de M.O.B. Deluxe (puisqu’il n’y a plus de M.O.B.). Mais si ! J’ouvre un œil perplexe : c’est un peu comme si, au McDo, on me disait qu’il n’y avait plus de hamburger mais qu’il était tout à fait possible de commander un cheeseburger. Ça sent l’arnaque. Mais je ne suis plus à ça près, on prend docilement et en supplément un cookie « maison », ce que je crois volontiers, des frites, un burger, un hot dog, et voilà. Non, en fait, pas « voilà », car c’est reparti pour une autre attente, où on dévore le cookie très moyen mais qui devait être meilleur à la sortie du four, on boit l’espèce de boisson au citron qui me fait penser à du St-Marc, on entend une femme vociférer alternativement « bière » et « 7 € ».

Finalement, quand on annonce mon nom au mégaphone, je suis déjà préparée psychologiquement à souffrir.
 
Oui, ça ressemble effectivement à ça. Non, ce n’est effectivement pas bon. Et sûrement pas parce que c’est végétarien, non mais.
Non, c’est juste mal assemblé, fade et sans intérêt. Le bun aux patates douces, le steak aux champignons, les tomates et la laitue fraîche, ça sonne très bien. Mais ça ne se mange pas très bien. Déjà, le steak censé faire illusion trompe peut-être visuellement, mais certainement pas sur les plans de la texture et du goût. Personnellement, je m’en fiche, puisque j’ai arrêté la viande terrestre. Mais je préférerais manger des champignons de Paris normaux, hein. S’il faut faire illusion, il faut que ça fasse illusion à 100 %, pas à 50. Sinon, autant retourner à de bons légumes à la vapeur accompagnés d’une petite sauce ou d’un filet d’huile. Du coup, je ne sais même pas si mes tomates sont fraîches. En tout cas, mes frites de manioc ou je ne sais quoi (la pomme de terre, c’est pas végétalien ?) sont assez peu comestibles : coupées trop grossièrement, cuites trop longtemps, elles sont devenues des os à ronger. Ceci dit, je n’aime pas le manioc, d’où ma mauvaise foi.

Bizarrement, mon compagnon est plutôt serein. Ou plutôt résigné. Il mange, c’est déjà ça. Sûrement dans son monde peuplé de…
Moi, sur le coup, je ne suis pas si dégoûtée en réalité, même pas déçue, car pendant qu’on faisait la queue, on a largement eu le temps de comprendre que c’était du buzz, du hype, du vent. C’est après coup que je trouve les prix abusifs (9 € pour mon burger, 8 € le hot dog, de mémoire), le cheesecake (au lait d’amande ?) assez écœurant et pas accompagné d’une sauce aux fruits rouges pour rien, l’atmosphère médiocre (normal, tout le monde cherche juste à partir). Malgré tout, on ressort le ventre plein car il ne manquerait plus que l’on gâche de la nourriture. En sortant, je vois depuis l’intérieur du resto le menu dont les photos m’auraient pourtant fait fuir. Depuis l’extérieur du resto, je regarde mon affiche et tout s’explique : quand on entre, on voit une belle et grande feuille de laitue.

Conclusion : arnaque attrape-couillons. Et les couillons, c’était nous cette fois. Pas la prochaine fois.
Mon avis est sans doute dur mais je suis lasse de trouver des excuses à ces restos minimalistes qui fleurissent à Paris : service absent et/ou lent, prix abusifs, concepts soi-disant uniques. Pour une qualité qui n’est pas au rendez-vous.
J’aurais été tendre comme mon steak aux champignons s’il y avait juste de la maladresse et un manque de moyens, mais là, clairement non, c’est un énième piège à curieux et/ou familles qui roulent sur l’or reposant sur un concept galvaudé. Et je suis triste que cet esprit ait contaminé le 13ème arrondissement, là où j’ai grandi et vécu une dizaine d’années, tandis que l’âme de Chinatown est détruite pour laisser place à des quartiers propres et bobos.

2) Les mirettes : l’expo Pixar
 
En allant visiter le Musée un dimanche avant les vacances d’hiver, on s’attendait à du monde. Mais pas à la foule. Après notre repas (pourtant indispensable, je n’avais plus de carburant), les abords d’Art Ludique ont été pris d’assaut. Compter 1h15 de queue, dit l’un des employés du Musée. Soit, ça nous laissera le temps de digérer champignons et manioc. C’est lourd, le manioc.

Finalement, au bout d’une bonne demi-heure, on se retrouve à l’intérieur. On se déleste de 14 € par personne : heureusement que j’avais vu ça sur le site. Derrière, une fille — asiatique, évidemment — essaie à demi en plaisantant de former un groupe de 20 pour bénéficier d’un tarif préférentiel, c’est-à-dire d’un tarif normal dans n’importe quel autre musée. On rejoint la foule qui s’entasse devant le début de l’expo.

Et c’est parti pour une bonne heure trente d’aventures au pays de Pixar. Tout est évidemment beau, instructif, magique, que ce soient les croquis préparatoires, les sculptures 3D ou les sublimes dessins pastel. On se prend à rêver d’une belle affiche qui viendrait orner le mur de notre salon. L’expo semble être divisée en 3 parties : l’histoire, les personnages, l’univers, chacune sous-divisée par film. Le parcours n’est pas très libre (« Ikea », dit mon compagnon), et avec le monde qu’il y a, on ne s’amuse pas à papillonner d’un tableau à un autre. Je tombe malgré tout amoureuse des esquisses et des très beaux pastel de Montres & Cie. Malheureusement, les appareils photo ne sont pas autorisés, donc on se met à espérer le catalogue de l’exposition.

Après moult piétinements, les enfants râlent : ils sont lassés, héhé. Les parents non. Ça doit être le talent du studio d’animation à l’œuvre. Pour ma part, je suis comme un enfant devant le bestiaire de Monstres & Cie (oui, encore), les voitures de Cars version kabuki alors que ce film m’avait laissée de marbre, ou encore les sushis poissons de Nemo, que je n’ai pas vu du tout. Mais qu’importe, graphiquement, c’est superbe.
Seulement, le hic, c’est que l’expo n’est ni très explicative, ni très interactive : on n’a qu’une succession de tableaux. C’est beau, mais ça ne nous éclaire (ha-ha) pas du tout sur les intentions des créateurs, leur démarche, les difficultés techniques… Rares sont les vidéos et les animations, ce qui est un comble. A peine une vidéo montrant le principe de la 3D, une espèce d’atelier vidéo pris d’assaut, un montage à partir de l’iris des personnages Pixar… Heureusement qu’il y a le zootrope de Pixar qui permet de visualiser une animation à partir de plusieurs sculptures et grâce à la persistance rétinienne. Bien sûr, la traductrice mécontente que je suis a trouvé la traduction des citations assez décevante. J’ai dû passer à côté de celle-ci, trouvée sur le site Le Passeur Critique, mais je la trouve magnifique dans son genre :
«  Il était une fois. Tous les jours. Un jour. À cause de ça, à cause de ça. Jusqu’à ce que finalement ».
(Gné ?)

Pour rendre justice à cette expo, je dois dire que la magie est là, qu’on ne peut que fondre devant les bestioles, le vieil homme de Là-haut, le cafard de Wall-E. Mais réflexion faite, cette expo, je la trouve fainéante. Elle ne se repose que sur la beauté des créations Pixar et reste sur la surface. Le tout manque de liant et de dynamisme. De ce fait, côté interaction, c’est assez pauvre. Summum atteint lors de l’attraction finale : Artscape, une sorte de présentation 3D des œuvres de Pixar pas très immersive. Lorsque je me suis retournée, j’ai vu mon compagnon endormi, un sourire béat aux lèvres.

Enfin, la boutique, où l’on espérait trouver catalogue et affiches, propose 6 magnets, 5 cartes postales et 4 mugs. Et pas estampillés des dessins les plus rares en plus. Voilà voilà.
Conclusion : malgré les apparences, je ne regrette pas d’avoir fait cette expo. Les derniers Pixar m’ont certes moins convaincue, la faute à un problème de rythme et au changement de direction pour Rebelle, mais je reste particulièrement attachée aux Toy Story, par exemple. Cette expo a donc le mérite d’exister, d’être jolie et assez exhaustive en termes de matériel. Elle déçoit sur le plan textuel et surprend par sa légèreté. À cause de ça, à cause de ça. La prochaine expo, consacrée à Marvel, peut-être pas. À moins que.

5 commentaires:

  1. J’ajouterais qu’y aller le dimanche matin, comme je l’ai fait, est une fausse bonne idée :p Ça l’est pour beaucoup d’autres expositions, mais pas pour une expo Pixar qui va attirer beaucoup d’enfants, qui vont forcément courir partout, forcément se fracasser la tête contre un mur et forcément pleurer très fort et surtout très longtemps >.<

    Même si je partage la plupart de tes déceptions quant à cette expo, elle m'aura quand même appris 2 trucs :
    – Tout n'est pas fait par ordinateur. Bon ça paraît évident une fois qu'on l'a réalisé, mais je ne m'attendais pas à autant de recherches avec un papier et un crayon.
    – Tous les films en image de synthèse de chez Disney ne sont pas des Pixar ! Là aussi ce n'est finalement pas une grande révélation, mais je mettais par exemple Raiponce et Là-haut dans le même panier :p

    Comme le disait un ami, c'est aussi dommage que les images présentées ne soient pas un peu plus datées, afin qu'on sache par exemple à quel stade de la production elles interviennent. Et puis je reste frustré de ne pas en avoir appris plus sur les *histoires*, surtout que je n'ai pas revu la plupart des films depuis leur sortie au cinéma (ce qui commence à remonter pour les premiers Toy Story ou Monstres & Cie). Les films d'animation en image de synthèse se sont pas mal répandus depuis leurs premières productions, mais je pense que ce qui leur donne leur aura particulière c'est aussi les histoires qu'ils racontent. Et là-dessus, on n'aura rien appris.

    Bref, l'expo Marvel à venir me tente toujours, mais j'espère que ce sera moins purement visuel.

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    1. Hé si ça peut me permettre de ramener un tableau chez moi, je m’encastrerais aussi volontiers la tête dans l’un d’eux (à tout hasard, un Monstres &… Rôh ok).
      Oui c’est pas faux pour les crayonnés, ça m’a jamais traversé l’esprit car les deux techniques ne semblent pas incompatibles et que j’ai un art-book ou deux. Mais tu as tout à fait raison.
      Oui les légendes sont hélas très pauvres :/ mais j’ai appris après coup que l’expo vient tout droit du MoMa. Peut-être qu’Art Ludique n’avait pas beaucoup de marge de manoeuvre ? Je n’y connais rien.
      Pour l’histoire, c’est pas faute d’avoir scindé l’expo en 3, dont une partie Histoire.
      Sinon t’as regardé le Livre d’or ? Il y avait de très beaux dessins à l’intérieur :)

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    2. (comment on commente un commentaire ? ^^)

      Raaah non, j’ai raté le Livre d’or :'( En même temps, je l’aurais vu j’aurais sans doute pas mal fait part de ma déception. J’aurais bien aimé lire les commentaires des autres visiteurs tiens ^^

      (je me souviens d’une expo d’art contemporain chelou dans un vieux château où les visiteurs crachaient leur venin à longueur de pages dans le Livre d’or : "vous avez défiguré ce monument historique", "j’espère que vous avez honte d’afficher ces choses" et ainsi de suite :D)

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  2. Voilà un restaurant que j’éviterai. Et les prix sont hallucinants. Mais j’irai faire un tour dans le quartier.

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    1. C’est le nouveau visage du quartier, hélas. Beau, mais inaccessible à beaucoup…

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