Végétarienne amatrice

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Vous ne pensiez tout de même pas que vous alliez échapper à ce sujet alors que le 20 mars dernier, c’était la journée internationale du bonheur et la journée sans viande ?
Oui oui, y en a marre des journées de ci ou de ça, ce n’est pas un jour qu’il faut mais tous les jours, avec une journée pour tout, on ne s’en sort plus... Pourtant, il faut bien commencer quelque part, non ?

Pour ma part, si mes petites notes ne me trompent pas, ma curiosité, puis mon intérêt pour le végétarisme a commencé il y a un peu moins de 3 ans.
Une histoire de graines, carences et tofu...

C’était dans le cadre du travail : une, puis deux, collègues végétariennes. J’aime bien les animaux, comme la plupart des gens, mais la cause animale ne me parle pas plus qu’une autre. Par contre, je suis curieuse d’un peu de tout et je commence à poser des questions, sans doute toutes plus stupides les unes que les autres. Mais j’ai de la chance : on me répond avec bienveillance et sans prosélytisme. Moi qui ai toujours vécu à Paris et en région parisienne (à part une année en Angleterre, entre un cimetière et... des vaches), je ne me suis jamais vraiment posé la question de l’origine de la viande. Même pas lorsque j’exprimais en 2005 mon admiration — sincère — vis-à-vis de mon cousin américain vegan. Tous les Parisiens ne sont pas aussi ignorants que moi en la matière mais là n’est pas le sujet. Peu après ces discussions, le best-seller de Jonathan Safran Foer, Faut-il manger les animaux ?, sort. Sur les recommandations de mes collègues et des Inrocks, je le lis et en ressors un peu plus instruite, plutôt dégoûtée, vaguement révoltée. Certes, cet essai m’a parfois fatiguée par son manque de rigueur et son prosélytisme caché comme je le dis ici, mais je m’exclame en mon for intérieur que si la moitié des pratiques décrites est vraie, je devrais arrêter de consommer de la viande. C’est donc une sorte de sens moral qui me guide, mais comme beaucoup, j’aime la viande même si chez moi, j’en consomme a priori beaucoup moins que la moyenne. Je me dis que j’y réfléchirais « un jour » et que je franchirais le cap à ce moment-là, sûrement vers mes 40 ans.

Les jours et les mois défilent, le sujet reste au fond de mon cerveau, je regarde peut-être une vidéo ou deux sur les conditions d’abattage, pas beaucoup plus, car je n’apprends pas grand-chose de plus. Je lis des articles quand je tombe dessus. Curieusement, les mots sont plus forts que les images, ce qui ne m’étonne pas de moi. Mais je ne songe pas forcément à changer de régime alimentaire, peut-être par flemme, peut-être par manque de moyens financiers (on y reviendra). Pas par aveuglement, ceci dit : les arguments de type « il y a plus important dans la vie » ou « la carotte aussi, elle pleure quand tu l’arraches à la terre » ne me parlent pas. D’abord, je n’aime pas les carottes, et d’ailleurs, dans certaines branches du bouddhisme, certains légumes ne sont pas préconisés dans le régime végétarien. Toujours est-il qu’inconsciemment, je diminue tout de même la quantité de viande terrestre que je consomme. Je ne me prive pas de me faire une bonne entrecôte, mais manger des légumes et du poisson me satisfait aussi. Je reste dans ce statu quo un bon bout de temps.

Ce n’est qu’en septembre 2013, lors de mon voyage en Australie, que je me décide à arrêter la viande et à manger plus sain à mon retour. Les idées morales (anti-spécisme, responsabilité, éthique, écologie) ont bien sûr fait leur chemin dans mon petit cerveau, mais il y a aussi des événements familiaux et des circonstances particulières — que je ne détaillerai pas dans ce post — qui m’ont motivée. Le contexte reste celui d’un enchaînement de soirées orgiaques mêlant toutes sortes de viandes, de poissons, de légumes, de vins et de sauces qui m’ont fait prendre conscience que je mangeais trop, bien plus que je ne pouvais le supporter. Dans cette situation, j’aurais pu me contenter de diminuer mes quantités de nourriture, mais j’ai choisi de profiter de ce dégoût général, tant physique que mental, pour « tenter » le végétarisme. Je continue jusqu’à la fin de mon voyage à manger poliment ce qu’on me propose, mais en quantités moindres, sans spécialement parler à mes proches de mon désir d’arrêter la viande.

À mon retour, j’appréhende quelque peu mon nouveau régime : est-ce que ce n’est pas une lubie provoquée par ces fameux événements familiaux ? Est-ce que je vais tenir ? Je cuisine déjà trop mal en temps normal, comme je vais faire ? Comme il ne s’agit pas d’un défi social, mais d’être en adéquation avec mes valeurs, je balaie théâtralement ces questions du revers de la main et me lance. Je décide de ne pas supprimer la chair marine (poissons, fruits de mer, crustacés), tout simplement parce que je ne me vois pas m’en passer pour l’instant. Tant pis si le pesco-végétarisme n’est pas du végétarisme, je ne cherche pas à entrer dans une case. Je n’achète pas d’ingrédients spéciaux : je consomme déjà du tofu et du seitan à la base, je cuisine donc quasiment comme d’habitude. Repas pseudo-chinois : riz + légumes sautés. Repas occidental : pareil sans viande. Question logistique, comme je ne cherche en aucun cas à convertir, convaincre ou faire culpabiliser qui que ce soit, il m’arrive de me cuisiner mes légumes, de les servir dans mon plat, puis de rajouter de la viande en fin de cuisson pour mon compagnon. C’est tout. Et ça dure 1 mois, sans rechute spéciale, sans envie dévorante à part le pâté, la charcuterie et le canard laqué qui me manquent. Par contre, j’ai encore le réflexe de finir les restes carnés pour éviter le gaspillage. Je ne sais pas si ça s’apparente à une rechute, en tout cas, je ne prends pas un plaisir fou ou secret à finir 3 morceaux de poulet. Mais petit à petit, je m’organise pour ne pas me retrouver inopinément avec de la viande à terminer. Question budget, je ne constate pas de différence particulière, puisque je n’achetais pas énormément de viande.

Arrive alors Noël. Noël et ses escargots, ses foies gras, ses chapons... J’ai toujours préféré le bœuf et le canard au poulet et au porc (pâté et charcuterie susmentionnés mis à part), et j’adore la nourriture de Noël. Je décide alors de me faire plaisir une dernière fois en m’accordant foie gras et escargot et en évitant volaille et jambon. Parfaitement illogique mais ce genre de parcours ne l’est que rarement, de toute façon. Je rempile au Nouvel an, les escargots en moins, et depuis, je n’ai pas consommé de viande terrestre. Je continue avec le poisson, les crustacés, les fruits de mer... que je mettrai sans doute beaucoup plus de temps à supprimer de mon alimentation. Au niveau mental, je n’ai pas de difficulté, au contraire, je me demande pourquoi et comment j’ai mangé une entrecôte ou des ailes de poulet jusqu’à récemment. Je n’ai pas l’impression de me mettre la pression et je fais attention à ne pas embêter les gens avec. Non pas parce que la cause n’est pas légitime, mais parce que je sais que les habitudes sont ancrées et que j’ai bien assez à faire avec ma vie pour ne pas m’immiscer dans celle des autres. Sur le plan pratique, le choix est plus limité au restaurant, mais à peine, puisque j’avais souvent tendance à commander du poisson.

C’est au niveau de la santé que les choses sont moins joyeuses. Je me suis en effet lancée sans me renseigner des mois et des mois à l’avance, et ai arrêté d’un coup. Du coup, les carences que j’avais de base (oh, justement, le fer — comme c’est rigolo) se sont accentuées. Je me sens donc un peu bête face à mon médecin, horrifiée par les résultats de mes analyses de sang, conduites pour toute autre chose. Après quelques questions où je sens bien qu’elle se force à rester objective quant à mes choix, elle me prescrit du fer et de l’acide folique. Avec une autre spécialiste, consultée aussi pour une autre question, j’ai droit à de la B12. Pourtant, je ne suis pas végétalienne. Prendre tous ces compléments alimentaires le matin me déprime un peu, mais si c’est nécessaire, je ferai sagement mes cures ponctuelles. En tout cas, je me sens en forme, je ne suis pas rachitique, je ne suis pas blanche comme un linceul. Tout me semble aller bien, mais ça, les prochaines analyses me le diront.

En attendant, je me renseigne davantage sur les aliments à privilégier pour avoir ma ration de fer et de protéines. Heureusement que j’aime les épinards, que j’ai toujours consommé du soja et du tofu et que j’ai de la chance d’avoir des parents qui habitent à côté d’un supermarché chinois et me font des stocks. Parents qui rajoutent désormais subrepticement de la viande à mes plats après 1 ou 2 mois plutôt zen et contents de mon choix, mais c’est une autre histoire. Par contre, je ne suis pas une grande amatrice de chocolat (pire : j’aime surtout le chocolat blanc bien dégueulasse et huileux !) ni de légumineuses.

Je continue donc petit à petit mon apprentissage, ce qui me permet aussi de manger plus sain, plus équilibré et moins lourd. Un diététicien, ou un simple consommateur averti aurait beaucoup à redire sur le sujet, mais je ne tiens pas à faire des montagnes d’un sujet qui me semble maintenant aller de soi. Je me dis que j’apprendrai au fur et à mesure et que tant que ma santé n’en est pas affectée, tout va bien. Le végétarisme est une sorte de luxe que je peux me permettre, donc je le fais. J’ai des parents un peu critiques et paniqués mais qui acceptent petit à petit la chose, un compagnon très ouvert qui n’a jamais contesté mon choix, des amis qui s’en foutent royalement et des connaissances qui tombent des nues car ils imaginent que je suis passée de 2 T-bones par repas à des graines de céréales. Le reste ne regarde que moi :)

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