Dollhouse (Joss Whedon)

, , No Comments
Pitch habituel : Eliza Dushku gnagnagna personnalités multiples gnagnagna action gnagnagna conspirations. Ça ressemble à Alias donc ça va être chiant gnagnagna Saison 1 lente gnagnagna.
Sauf que non, j’ai préféré la première saison à la seconde et j’ai adoré la seconde saison. Bref, Dollhouse a été une révélation.


Pourtant, j’ai commencé cette série « parce que j’avais rien à faire ». J’étais persuadée, rien qu’en lisant le synopsis, que ça allait être du Dushku à toutes les sauces draguant tous les hommes du pays pour a) soutirer des informations b) tuer c) soutirer des informations et tuer d) rien, juste pour le plaisir de la drague.
Mais c’est faux !

On a des missions pendant une bonne partie de la saison 1 mais finalement, pas beaucoup de fan-service. Il faut aimer voir Echo/Dushku bien sûr, mais elle est très loin d’être un canon/ninja provoc ». J’imagine que ça a été vendu comme tel pour… vendre justement. Mais l’un des rôles les plus mémorables d’Echo, c’est lorsqu’elle négocie un otage et qu’on apprend qu’elle a été violée, qu’elle est myope et asthmatique. Ça remet en question le côté « bonjour, je suis invincible ». Dushku n’est clairement pas l’actrice du siècle en terme d’interprétation (pardon à tous les fans) mais on s’attache à elle au fil de ses différents rôles. Malgré l’impression de suivre les aventures d’une mutante, on sent que même les effacements de mémoire répétés ne viennent pas à bout de sa personnalité originelle. On peut donc tout à fait se fier à cette héroïne multiple mais paumée et vindicative.

Au fur et à mesure, la série laisse beaucoup plus de place aux autres Dolls, Sierra et Victor en tête. On a droit à de sympathiques histoires d’amour, bienvenues dans un monde très dur pour les personnes qui ont accepté un tel contrat. Ceci dit, les autres humains ne sont pas non plus en reste : le génie informaticien (Topher), le chaperon papa poule (Boyd), l’agent du FBI (Ballard), le « traître » (Dominic), le médecin (Saunders), la voisine (Mellie) mais surtout, surtout, la directrice du centre de Los Angeles, DeWitt.
Pour chacun de ses personnages, on aura droit à de subtils retours dans leur passé et on pourra comparer l’image qu’ils projettent et leur véritable personnalité (raison de vivre, angoisses, ambitions).

Mais c’est pas tout, Dollhouse, c’est aussi de magnifiques scènes d’action et des situations crédibles !
Dans Buffy, les décors étaient en carton-pâte, les monstres sortis d’une kermesse, les combats avec 2 coups : salto arrière et coup de pied avant.
Dans Dollhouse, Whedon semble avoir pensé à tout : superbes combats entre Echo et Ballard dans l’arrière-cour d’un resto chinois (parmi tant d’autres), timing parfait (pas de sauvetage une seconde avant que la bombe n’explose… ou alors, ce n’est pas de la chance, c’était voulu). Le réalisme des situations est l’un des points forts de cette série trop courte : on ne voit pas les personnages hurler alors qu’ils essaient de se faire discrets, on ne tombe jamais par hasard sur un indice – il a été laissé là volontairement, on n’a pas de twists miracles, on n’a pas de prises de décision kamikazes sans lourdes conséquences…

Tout cela ne se voit peut-être pas au premier abord mais chaque acte a ses répercussions, la trame va toujours plus loin que les réflexions des personnages, le fameux complot international avance dans l’ombre et est d’une envergure beaucoup plus monstrueuse que ce qu’on nous avait laissé croire. Bref, dans Dollhouse, on a l’assurance que les scénaristes savent où ils vont.
Malheureusement, l’insuccès de la série les a contraints à précipiter les choses et à se montrer légèrement moins bons. On sent ainsi une réelle coupure entre les deux saisons. J’adorais le rythme de croisière (tout est relatif, évidemment) de la saison 1 parce que j’en apprenais à chaque fois plus sur la psychologie des personnages et que le combo mission/enquête marchait bien sur moi. Dès la fin de la saison 1 et tout au long de la 2, c’est révélation sur révélation. Les coups de théâtres et de couteau restent extrêmement cohérents mais tranchent violemment avec le calme apparent du début.

Pour être moins choqué, il faut regarder absolument tous les épisodes (pilotes et épisodes non diffusés, notamment). Le rythme plus soutenu est fatigant mais on peut effectivement ne pas y trouver son compte et y voir de la surenchère. Pourtant, il suffit de comparer certains épisodes et retracer le scénario pour déceler tout au long de la série du grand génie.

Côté dialogues, j’ai au début critiqué l’absence de répliques cultes comme dans Buffy (comme je suis lourde, j’ai envie de parler de la « boîte à outil(s) » d’Alex, pour ceux qui s’en rappellent) mais au moins, on n’a pas de phrases inutiles. Le rire est amer dans Dollhouse : désespéré, fou, palliatif. Et puis, au fur et à mesure, des petites phrases par-ci par-là, assassines, ridicules, geek qui m’ont fait hurler de rire et vouer un culte à l’humour de Whedon. On ne se décroche pas la mâchoire vu la thématique mais c’est savamment distillé. Dollhouse revêt une fausse apparence d’Alias alors qu’avec le temps, on retrouve vite le geek féministe de Buffy. Qui n’a pas envie de voir Enver Gjokaj (Victor) se trémousser le popotin* ?

Pour conclure cet article trop hystérique, c’est vrai que c’est dur de demander aux spectateurs de donner une chance à une série alors qu’à côté, il y en a 48 039 autres mais mais… c’est à regarder pour les personnages pas si clichés qu’il n’y paraît, les combats bien meilleurs que la moyenne, les histoires de conspiration et le jeu du double jeu.
Si je n’ai pas mis 10, c’est uniquement parce que a) Eliza Dushku est bonne mais joue toujours de la même façon et b) un épisode sur l’instinct maternel m’a fait chier comme jamais.
À part ça… foncez !

* EDIT 27.04.13 : Et pour les fans d’Enver Gjokaj, on le revoit (ou son frère jumeau ?) récemment dans Dexter (saison 7), même si fugitivement. Devinez comment il s’appelle… (Oui oui, Victor).

0 commentaire(s):

Enregistrer un commentaire