Vienna Teng – Inland Territory

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Avant la review, voici d’abord une présentation du CD…
La couverture me fait craquer, que ce soit le dessin ou les couleurs. Mais problème : il est en carton fin sans protection plastique, ça donne une allure sympathique et originale à Inland Territory mais en fait, la boîte est déjà abîmée alors qu’elle est restée plus d’un mois dans un douillet emballage en papier bulle.


À l’intérieur… le CD est vert clair et reprend les motifs du livret. Il est relativement simple aussi, de même que le support de papier ultra-fin qui le maintient. Encore heureux qu’on précise « Ecopack », j’ai l’impression de manipuler des lentilles de contact avec des gants de boxe…

Quant au livret, il est aussi très esthétique, en noir et blanc. Passée la première impression d’un livret photocopié, on voit que les photos sont tout à fait de bonne facture. Rien de folichon mais quand dans certains albums, un simple feuillet fait office de livret, je me satisfais d’un livret avec des paroles, des remerciements et de jolies illustrations.

Et enfin, avec l’achat sur Internet, j’ai aussi reçu une photo dédicacée. Je ne suis pas spécialement sensible à ça mais il faut avouer que la photo est à nouveau très jolie et que plastifiée, elle ferait un excellent marque-page.



L’album démarre avec The Last Snowfall, piste calme et mélodieuse, avec en fond, un piano qui martèle le rythme. Ça ressemble presque à un chant de Noël avec des chœurs féminins qui confèrent à la chanson une dimension sacrée et qui, avouons-le, m’a sacrément barbée. Cette chanson n’est pas mal choisie pour inaugurer un album, elle ne choque pas mais manque de quelque chose du fait de sa répétitivité. Et autant j’aime les morceaux répétitifs, autant il faut qu’ils soient suffisamment rythmés pour donner envie de revenir encore et encore sur le même petit bout de musique ; là, le piano que j’ai évoqué est définitivement trop discret et ne parvient pas à créer une atmosphère propre, Vienna Teng se contente de fredonner (mais le fredonnement, bien maîtrisé, donne des miracles comme Recessional dans Dreaming Through The Noise) et les chœurs font le reste. Brrr, j’ai encore des cauchemars de la bouillie infâme de chœurs que nous a servie Placebo avec For What It’s Worth, c’est difficile de commencer un album avec une piste molle comme ça.

On poursuit avec The White Light qui ne se fait pas prier pour nous réveiller avec une espèce d’alarme 1er-mercredi-de-chaque-mois-à-midi pour ensuite reprendre des sonorités plus pop. Évidemment, à l’écoute, je ne m’en doutais pas mais Inland Territory est très pop et pas du tout folk. Pas cette pop acidulée pour ados en fleur quoique Teng l’effleure presque avec Stray Italian Hound, mais tout de même, des mélodies entraînantes et une voix anormalement aiguë. Dans White Light, elle joue bien de sa capacité de passer des aigus hystériques aux graves sensuels mais ce ne sera pas toujours le cas. Quoi qu’il en soit, j’ai bien aimé cette piste, surtout pour les instrumentaux, totalement en décalage avec ce qui se raconte. Les paroles sont dures et tranchantes, la voix volontairement effacée de toute émotion, comme un reproche nostalgique. La musique les accompagne efficacement, tantôt distordue, tantôt coulant avec légèreté et insouciance. L’ensemble est très spontané et les petites ritournelles qui concluent chaque refrain empreintes d’amertume et de douceur. J’ai juste eu un peu de mal avec le refrain où ça gueule : ce pic irrite mes oreilles.

Puis c’est du Vienna Teng et du Alex Wong – également coproducteur de l’album – avec Antebellum. Confirmation avec cette piste que les instrumentaux seront relativement discrets et berceront les voix, très mises en valeur. Une de mes pistes préférées, mélancolique et descriptive. Il y a des hauts et des bas (ah, quand on n’a pas le vocabulaire musical, on se démerde comme on peut), et bonne nouvelle, une grande maîtrise dans la voix, pas de lyrisme déplacé, l’apogée de la chanson est magnifique et tremble d’émotion contenue. La voix d’Alex Wong tempère celle de Vienna et les deux se mêlent terriblement bien. Il ne s’agit pas d’un simple duo où chacun prend la parole à tour de rôle, ce qui rend bon nombre de chansons artificielles, mais d’une vraie superposition des voix utilisée à bon escient. Chose que j’ai commencé à entrevoir avec Antebellum : Inland Territory n’est pas tout à fait à mon goût mais on ne peut pas dire que les mélodies soient prévisibles. On sort des sentiers battus par les anciens albums, on sort du couple traditionnel couplet+refrain, c’est comme si la voix nous portait là où sa propriétaire en avait envie et se lâchait à son gré.
Une piste à mon avis très réussie qui m’a transportée bien loin…

De Antebellum, on passe à Kansas ; cet album possède des titres très intrigants et beaux. Kansas prend son temps et une fois n’est pas coutume, avec le peu d’instruments et leur simplicité apparente, on croirait affaire à de l’a capella. Pas d’envolée comme dans l’a capella Passage, Kansas est un long murmure où la chanteuse déroule sa description d’un paysage petit à petit, s’arrête, reprend tout doucement au fur et à mesure que les souvenirs reviennent et délivre sa conclusion poignante, mi-figue, mi-raisin. Ainsi, Kansas offre un sympathique interlude et ressemble à un petit ruisseau calme parmi d’autres pistes plus insistantes et violentes. Ce n’est pas celle qui m’a le plus marquée mais elle a toujours sa place dans Inland Territory, elle contribue d’une manière logique à l’histoire que Vienna y raconte, sans toutefois se détacher du lot, même si j’affectionne particulièrement quand elle ralentit les paroles pour faire ressortir chaque syllabe.

Et après, la piste reposante, In Another Life fait très fort en nous propulsant complètement dans le passé. Mélodie simplette lors de la première écoute, instruments désuets, j’avais l’impression d’être dans un vieux western. C’est tout juste si un accordéon n’allait pas surgir d’entre le piano et le violon (je crois…). La voix de Teng est en revanche, plus classique, plus proche de ce qu’elle faisait auparavant. La mélodie suffit à elle seule à choquer agréablement les tympans, le chant s’y accorde bien mais est du coup quelque peu éclipsé par l’ambiance retransmise par les instrumentaux – ce qui est unique dans cet album. C’est plutôt ingénieux car après des pistes où le chant prévalait, In Another Life m’a forcée à me concentrer sur les paroles, l’histoire, les multiples rebondissements et détours effectués par la voix. La chanson est plutôt dure tout en vivant dans les illusions, mais la voix de Vienna est limite enjouée et légère par moment, tout en restant bien modulée selon ce qu’elle décrit.

Puis… c’est l’heure de Grandmother Song. Que j’ai dû réécouter deux fois de suite tant elle ne me semblait pas être ce que j’avais entendu du live à Londres, où la chanson avait été présentée en exclusivité. Et cette fois, c’est dans le plus mauvais sens du terme, c’est ma plus grosse déception et elle est juste au milieu de l’album, la sadique. Le live était vraiment bon, beaucoup de punch, de fougue et d’audace et s’il y avait des petits couacs qui passaient mal sur le coup, la faute en incombe aux conditions du live. Mais non, la piste studio réussit l’exploit de massacrer cette merveille en commençant avec un affreux « One Two, One Two » et des applaudissements que je trouve presque de mauvais goût. Le live présentait les petits soucis du live (plus, éventuellement, la qualité de l’enregistrement pas toujours géniale), la piste de la galette verte nous refout les contraintes du live. Ainsi, Grandmother Song manque de cette insolence qui la caractérise, l’assurance avec laquelle Vienna chantait en live a disparu alors qu’a priori, l’album a bien été enregistré avant ! Les applaudissements et cris en fond et les quelques chœurs (argh !) alourdissent considérablement une chanson qui brillait de simplicité brute. La voix de Vienna est quand même suffisamment puissante pour ne pas avoir besoin de chœurs. Pire, là, elle est un peu chevrotante et irrégulière alors que personnellement, j’aurais carrément aimé qu’elle pousse à fond la voix, qu’elle gueule, quitte à être un peu à côté de la plaque. Mon avis est certainement influencé par le live que j’ai entendu mais ce live a donné une idée de ce que cette piste aurait pu être : marquante, fofolle et cri du cœur. Là, on a parfois du très bon mais ça ne dure pas, la pression retombe toujours à un moment ou un autre.

Ensuite, on a Stray Italian Hound, piste que j’affectionnais particulièrement pendant… 1 semaine. Et c’est reparti aussi vite que c’était venu. J’étais enchantée par le début un peu boudeur, comme si la chanteuse chantait « comme ça », avec nonchalance dans la douche pour passer le temps (certes, moi aussi, j’aimerais avoir un tel niveau en chantant « comme ça sous la douche » mais bref) puis le refrain me paraissait très novateur, toujours avec une simplicité indécente, Vienna Teng enchaînait les notes, les aigus et les graves et avalait les paroles avec beaucoup de grâce. Le tout donnait une impression de zigzag très sympa. Et puis, à force de l’écouter, j’en voyais de plus en plus les défauts : la voix me tapait sur le système avec son côté nasillard-gamin, la toute fin du refrain monte trop dans les aigus et part dans tous les sens et j’ai dû en conclure que Stray Italian Hound a un aspect original, comme si elle était jetée sans plus d’attention que ça, mais qu’en même temps, elle sonnait trop trop trop pop à mes oreilles. Résultat des courses : 2 ou 3 phrases que j’aime beaucoup et pour lesquelles j’écoute encore occasionnellement cette traumatisante piste parce qu’elles sont parfaitement enchaînées et le reste, pop superficielle accentuée par la toute dernière partie où la chanteuse scande avec une petite voix de gamine des « do » à tout va. Quel gâchis.

Heureusement, la pop dégage vite des oreilles avec Augustine. Je ne saurais toujours pas dire ce qui la remplace, incapable de décrire Augustine. La mélodie me rappelle une roue qui tourne (une comparaison, qui, je suis sûre, parle à tout le monde), le « couplet » haché d’une jolie façon puisque Vienna fait une pause après chaque phrase. Pour autant, la piste ne donne pas d’impression de lenteur mais en dévoile un peu plus au fur et à mesure qu’on la découvre. Les phrases sont courtes, la mélodie ne varie pas énormément et seul le « refrain » fait montre d’un peu de déchaînement et d’émotion. Le contraste retenue/envolée lyrique est plutôt bien foutu. Et la mélodie qui continue encore après, comme si les paroles contaient un cercle vicieux ou du moins, que la chanson répète la même chose et se retourne sur elle-même. Une piste que je ne me lasse pas d’écouter, mais curieusement, je ne sais qu’en penser. Elle ne m’inspire pas grand-chose.

Après cela, No Gringo rappelle le début de Kansas avec ces bruits de vêtements froissés à un rythme régulier et ce piano. Sauf que là où Kansas raconte des souvenirs perdus et s’attache à une terre aride, No Gringo narre – de ce que j’ai compris – un déplacement, les frontières qui défilent, la confrontation à un nouveau monde. Là encore, il y a des échos de chœurs (il fallait rentabiliser les quelques nanas qui ont été embauchées pour faire les chœurs de The Last Snowfall ou quoi ?!) mais rien de gênant : la voix de Vienna Teng se pose, souveraine. Les trois quarts de la chanson, c’est l’histoire et sont magnifiques, pas un faux son, une mélodie maîtrisée de bout en bout et qui se dévoile, implacable. C’est descriptif, faussement naïf et calme mais beaucoup d’émotions transparaissent. Puis le dernier quart, c’est le ressenti, plus que magnifique, il est émouvant et superbement accompagné par des instruments qui s’emballent, des percussions et de la flûte qui confèrent une diversité bienvenue. Comble du comble, la chanteuse chante en espagnol. Bref, j’adore pour l’hétérogénéité de la piste, les instruments variés et la voix qui ne sombre pas dans le pathos tout en transmettant assez d’émotions.

No Gringo laisse ensuite la place à Watershed, qui débute avec des carillons et des sons lents et lourds. Une superbe introduction qui instille une ambiance un peu inquiétante mais pleine de suspens, à l’instar de Pontchartrain (Dreaming Through The Noise). La voix, de même, pèse longtemps dans la tête, chaque mot étant exploré jusqu’à la moelle, la chanson semble alors atemporelle et se dévoiler avec la finesse et la rapidité d’un dinosaure et de ce fait, elle réussit très bien à nous faire imaginer quelque chose de monstrueux. Et même si la comparaison était peu flatteuse, j’aime également beaucoup Watershed car il y a quelque chose qui se dégage d’elle, des paroles en adéquation avec l’atmosphère, une voix qui porte et qui menace. Et la petite coquetterie de la fin : quatre phrases toutes douces et chuchotées clôturant bien étrangement l’OVNI d’Inland Territory.

L’avant-dernière piste, Radio, est comparable à Stray Italian Hound. Sauf qu’elle est encore plus pop. Et qu’elle est carrément irritante. Par conséquent, si c’était à regret que je zappais parfois The White Light ou Grandmother Song sur mon lecteur mp3, Radio fait carrément partie des pistes « plantes de décoration » que je n’écoute jamais. La mélodie est intéressante et me semble bien retranscrire le quotidien d’un couple mais la voix, je n’aime pas du tout. Trop aiguë pour rien, je n’aime pas la diction et le phrasé de Teng dessus, le refrain est bâclé. Les petits sons de cloche qui s’immiscent parfois m’ont achevée. Et en fait, le principal reproche, c’est que ça manque de subtilité, on se contente d’aligner les phrases, de les gueuler presque. Vers la fin, le niveau se relève : une voix masculine se greffe agréablement, la voix de Vienna paraît étouffée et de la bonne nostalgie en ressort. Dommage que la toute fin reprenne l’énervant « It’s just the radio darling ». Gnagnagna.
Et pour clore Inland Territory, St Stephen’s Cross. Piano entraînant, voix lente pour une piste très très sympa à deux niveaux de lecture. L’histoire principale, enjouée et en arrière-plan, des a capella plutôt tristes et tournés vers le passé. Une piste qui me semble assez complexe et dont j’apprécie, encore une fois, la variété dans les timbres de voix, l’ambiance réussie, une chanson éthérée et presque religieuse. Bref, il y a un intéressant travail de superposition des sons, des émotions, des voix.
Pour conclure cet article quatre fois plus long que prévu, je n’ai pas eu de coup de cœur pour Inland Territory. Je trouve surtout dommage qu’il y ait un tel manque d’atmosphère à l’album en général – dans les paroles, dans les émotions qui se dégagent – alors que paradoxalement, les pistes tendent à se ressembler.

Radio et Stray Italian Hound sont jumelles, beaucoup de chœurs ne semblent pas judicieusement placés. L’instrumentation est minimaliste quoique souvent jolie et j’apprécie beaucoup que Vienna Teng prenne une tout autre direction et expérimente, se renouvelant d’album en album. Mais je dois avouer ne pas être convaincue, l’album manque un peu d’assurance et de maturité. La voix est définitivement au centre de l’album, la chanteuse changeant souvent de ton, de timbre, de phrasé dans une même piste.

Au chapitre des regrets, je note l’absence d’une chanson chinoise – que Vienna Teng avait pourtant évoquée dans une interview – et l’absence de la magnifique Undone, qui était censée faire partie de Inland Territory.

Enfin, aucune piste ne me saute aux oreilles ni ne me hante comme Recessional, The Tower, Drought, etc. des précédents albums, et si j’ai des chansons favorites (White Light, No Gringo), c’est un classement relatif.
Pas de vraie déception parce qu’il y a du changement et du nouveau, juste que tout ne me plaît pas. Vivement le prochain album !
Et pour ceux intéressés par Vienna Teng, elle est actuellement en tournée en Amérique et sera bientôt en Europe.

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