Kids on the Slope (Yuki Kodama)

, , 6 comments

© Journal du Japon (cliquer pour lire la chronique)

© Kaze

Marre des romances lycéennes, des triangles amoureux, des clubs de kendo, des potiches et des rivalités féminines ? Envie d’une histoire romantique avec un doux parfum de nostalgie, des personnages intéressants, un soupçon de mystère et une bonne dose de JAZZ ? Alors, foncez lire Kids on the Slope !


 Derrière ce nom un peu barbare (attention au risque de coquille avec Slope) se cache une histoire en 9 volumes qui a donné suite à un anime très réussi, coloré et bien sûr, rythmé. Celui-ci a, paraît-il, rencontré un succès fou – et je peux le comprendre même si le dernier anime que j’ai suivi était Cowboy Bebop – donc je m’attendais naïvement à ce que le manga soit très plébiscité et se vende comme des petits pains. Hélas, j’ai appris que ce n’était pas le cas, donc j’aimerais le défendre à ma très modeste échelle.

Avec Kids on the Slope (KOTS), on tient un titre qui respire la jeunesse et la fraîcheur dans un cadre assez rarement vu en shôjô/jôsei : les années 60. Ça change du Tokyo des années 2000, non ? C’est une époque de mutations en tout genre, pleine d’entrain, de bouleversements et d’imports américains – plus ou moins bien vus. C’est bien sûr dans ce contexte que notre héros, Kaoru (a.k.a. « pousse de soja »), va délaisser la musique classique et académique en faveur du jazz improvisé des États-Unis.

Ce contexte historique et social est très intéressant et apporte un éclairage inattendu sur le Japon et son passé. Le lecteur n’est pas perdu pour autant puisque les décors sont peu présents et qu’il arrive d’oublier que nous ne sommes pas à l’époque actuelle ; c’est au détour d’une conversation ou d’un détail narratif que l’on se rappelle qu’on est projetés 50 ans en arrière. De ce fait, de KOTS, on retient un regard très tendre sur le passé, empreint de nostalgie, susceptible de plaire aux curieux du Japon comme à ceux qui trouvent que les choses étaient mieux « avant ». Et c’est vrai que les relations semblaient plus simples et spontanées, à l’image des jam sessions de nos protagonistes.

Pourtant, cela ne veut pas dire que la romance ne met pas son grain de sel dans ce manga. Si au volume 1, on a affaire à un bête triangle amoureux (et encore, incomplet), rapidement, la galerie de personnages s’étoffe de nouvelles recrues, toutes plus intéressantes les unes que les autres. Au héros réservé, voire coincé, se joignent le tonitruant Sentarô, beau gosse de service, bagarreur au grand cœur, la douce Ritsuko qu’il me tarde de voir plus énergique et égoïste, le charismatique Junichiro déjà étudiant et la magnifique Yurika audacieuse et de bonne famille. Rien de révolutionnaire donc, mais en même temps, le pentagone est diablement efficace et chacun pourra y trouver son compte. Yuki Kodama croque ses personnages avec beaucoup de douceur et ce faisant, les rend réalistes et attachants. La romance fait partie de l’histoire, sans pour autant l’envahir. On a là des interactions franchement normales entre lycéens et étudiants, des liens qui se font, des affinités qui se créent.

Fatalement je dirais, on se retrouve donc avec des histoires de cœur. Mais à aucun moment, on ne nous barbe avec ça, il s’agit plutôt de suivre tranquillement la vie de ce lycée niché au sommet de la pente qui a donné son nom au manga. Bien sûr, on pourrait reprocher quelques situations irréalistes, notamment quelques heureuses coïncidences, des situations convenues comme les bagarres de Sentarô, décidément haut en couleur, sa proximité heu… physique avec Kaoru, mais bon, voyons tout cela comme des délires yaoïsants que se permet de temps à autre l’auteur, qui n’ont aucune répercussion sur la narration :)
Pour le reste, que du bon et du mignon.

Côté dessin, je n’ai pas eu le coup de foudre pour la couverture du volume 1 – un lycéen timide à lunettes, what else ? – tandis que le volume 2 m’aurait davantage interpellée : un jeune homme en tenue marine, un brin d’herbe coincé entre les lèvres. À l’intérieur, pas de révélation non plus, mais un dessin tout en rondeurs et en douceur, qui n’est pas pour me déplaire. Je dirais que les graphismes sont efficaces et ont juste ce qu’ils font pour planter le décor et l’intrigue. Physiquement, les personnages sont tous très réussis et caractéristiques, aucun risque de les confondre tant les différences sont marquées. J’ai d’abord été un peu choquée par la vacuité des décors, qui se limitent à la fameuse pente, au lycée et à la boutique de vinyles tenue par le père de Ritsuko, mais après un petit moment d’adaptation, tout rentre dans l’ordre. On se concentre avant tout sur les personnages, leur évolution et… la musique, évidemment.

À l’instar du Cowboy Bebop évoqué plus haut, KOTS laisse la place belle au jazz frénétique et fou des années 60. Est-ce que cette dimension auditive est bien rendue sur papier ? Définitivement ! Et de manière très subtile et intelligente en plus. Pour remplacer le son, on a bien sûr de magnifiques planches qui retranscrivent le bonheur des héros lorsqu’ils se lâchent à la batterie, au piano, à la contrebasse ou à la trompette, mais aussi les sentiments des héros, qui parviennent par ce biais à oublier leurs problèmes. Kaoru, fils unique esseulé et stressé, s’épanouit en présence de Sentarô et de Ritsuko, au point de ne plus ressentir le stress et les nausées qui l’assaillaient régulièrement, tandis que Sentarô s’adoucit et laisse de côté ses problèmes identitaires. Tout cela, c’est possible car les héros se sont bien trouvés mais aussi parce que la musique étrangère les libère et leur permet de s’exprimer. Ainsi, même sans connaître grand-chose au jazz, on est rapidement transportés dans le sous-sol de la boutique, envahis par la moiteur ambiante mais ravis par le dynamisme de ces jeunes personnes. En tant que lecteur, on est réellement impliqués dans les concerts, pique-niques et bagarres qui égrènent le récit.

En conclusion, grâce à quelques éléments très simples, Yuki Kodama brosse un portrait dynamique d’une époque révolue, où elle a planté des adolescents pleins d’entrain, cachant quelques mystères, mais menant une vie relativement paisible, sans drames improbables, qui ont trouvé en la musique un nouvel espoir. Je recommande chaudement ce titre très rafraîchissant qui montre dès les premières pages un potentiel énorme et qui mixe habilement romance, humour et musique. La suite laisse augurer une plus grande place aux bouleversements politiques (mouvements étudiants) et historiques (relations américano-japonaises) et ainsi, nous baigner dans un contexte bien plus large et tout aussi passionnant. Un coup de cœur.

6 commentaires:

  1. Toujours aussi précis et vivants tes posts :) . En fait, l’anime est aussi réalisé par Shinichiro Watanabe, d’où le gros buzz. De ce que j’ai entendu, certains ont vu l’anime pour le réalisateur, et s’attendaient à autre chose disant donc que c’était nul… Je n’ai pas encore vu l’anime, pas trop envie car ce type de narration pour quelque chose de quotidien me branche beaucoup moins qu’une narration manga. J’ai adoré le premier volume, même si je trouve Ritsuko un peu en retrait. Les années 60, le jazz, l’amitié, la jeunesse!!! Yeah ^^ ! J’ai envie de retrouver la mienne, de jeunesse :) ce moment où on a le temps pour voir et développer l’amitié + en profondeur… Aaaah… Je suis déçue du nombre de vente aussi, surtout au vu du buzz autour de l’anime. Mais il y a eu la même chose avec Nodame Cantabile, pire même, avec une soi-disant attente du manga, un succès de l’anime mais aussi du drama, et quand le manga sort, il se vautre tellement que Pika le sort une fois par an… génial.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ah bah… Merci ^^;;;
      J’ai du mal à être organisée dans mes pensées ces temps-ci.
      L’anime passe/passait sur NoLife et je levais systématiquement la tête quand j’entendais un air de jazz. Je trouvais ça très beau en plus, c’est rare en plus. La dernière fois que je l’ai pensé, c’était Kemonosume je crois. Et puis quand Kaze a licencié le manga, j’ai préféré attendre la version papier. Ceci dit je n’exclus pas la possibilité d’acheter l’anime si prix correct pour la musique et l’animation (sans blague, pour un anime).

      Je pense que Ritsuko va prendre de l’ampleur. J’ai parfois eu envie de la secouer à vrai dire. Mais bon elle est pas potiche c’est l’essentiel.

      Ah Nodame ça m’a surprise aussi. Il m’a jamais trop intéressée mais effectivement y a un cruel décalage entre l’enthousiasme des fans qui criaient au génie et les ventes. Pika a dû être déçu :( ‘fin tant que ça finit pas comme 7Seeds…

      Supprimer
    2. Non ça ne finit pas comme 7 SEEDS mais comme Princesse Kaguya ;) !!!!!!

      J’essaierai de voir l’anime un jour mais je ne mate aucune chaîne du style de Nolife, je trouve que le manga a une telle place dans ma vie, alors si je lui laisse aussi la tv… xD

      Je n’en doute pas pour Ritsuko :) . J’aimerais bien avoir un père disquaire aussi ;) .

      Supprimer


  2. Ton article est très sympa, il me donne encore plus envie de jeter un oeil au manga malgré l’anime qui m’a laissé un avis mitigé. En tout cas, c’est un manga terriblement gay friendly ! Je ne crois pas du tout aux amours des deux jeunes hommes pour les jeunes demoiselles… :D
    Je ne savais pas que Nodame Cantabile marchait aussi mal en France. Quel dommage, c’est pourtant un manga sympathique et accrocheur à mes yeux

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C’est marrant, l’anime m’a paru bien sympa. Je l’ai trouvé atypique. Mais bon, n’étant pas très anime, je n’en ai vu que des bribes.

      Alors comme ça le côté yaoï n’est pas du tout innocent ?? :D Tiens donc ! *sifflotage*

      Bon en tout cas KOTS est très sympa ^^

      Supprimer
    2. En fait ce qui m’a gênée dans l’anime, c’est le rythme, je le trouve très mal rythmé (ce qui pour un anime avec du jazz est encore plus ironique ^^;). Après, je n’ai pas plus que ça accroché aux personnages, mais peut-être que dans le manga ça sera différent…

      Supprimer