Saga (Brian K. Vaughan & Fiona Staples)

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Saga
, c’est une guerre raciale galactique bien moche entre la planète Continent et son satellite Couronne, mais c’est aussi la survie du couple Marko le cornu et Alana l’ailée, qui a donné naissance à une petite fille hybride (cornue et ailée).
Saga, c’est une sorte de space opera, avec de la technologie, de la magie, des croisements entre animaux et humains, des fantômes et des télés vissées à des corps humains. Saga, c’est une série arrivée en grande pompe en France et qui a encore plus fait parler d’elle lorsqu’Apple l’a bannie de son Store américain en raison de scènes « pouvant heurter la sensibilité » des lecteurs (la petite histoire ici).


Après avoir longtemps résisté aux sirènes de ce nouveau titre, dont la couverture était le seul élément vraiment accrocheur pour moi, je suis tombée sur une tripotée d’avis positifs. J’ai choisi de les ignorer malgré tout parce que je m’étais fait une idée du scénario dont je ne voulais pas démordre. Et puis, l’avis de Morgan d’AfterMangaverse (nouvelle formule améliorée de Mangaverse) est tombé et m’a convaincue en deux coups de cuillère à pot : il faut que je lise Saga.
N’attendant même pas de trouver le premier volume en occasion, je me jette sur un exemplaire neuf au prix correct de 15 € malgré la couverture rigide bien imposante.
À quoi je m’attendais ? Une histoire très prenante, des protagonistes charismatiques et attachants, un monde futuriste en arrière-plan. Erreurs ! L’histoire est en réalité plutôt classique, les personnages peuvent se montrer légèrement stéréotypés mais… le monde imaginé par Vaughan et Staples est tout simplement merveilleux. J’en veux encore.

Reprenons dans l’ordre les éléments de ce premier volume… L’histoire pourrait ne pas plaire à tout le monde, surtout aux plus blasés. En effet, on a droit à une énième histoire d’amour envers et contre tous, triomphant en toutes circonstances. L’amour qui gomme le racisme, l’intolérance et la violence. L’amour avec un grand A, mais remis au goût du jour ! Le couple principal n’oublie pas d’être réaliste et brutal quand la situation l’exige, on n’est pas dans l’amourette fleur bleue, mais dans la survie face à des troupes qui ne sauraient tolérer le mélange des races. C’est un prétexte mille fois utilisé mais toujours aussi efficace pour faire voyager Alana et Marko et nous faire découvrir divers mondes et divers peuples. Bien sûr, pour les suivre dans leur périple, il ne faudra pas non plus être allergique aux cris et aux couches remplies, puisque nos héros se trimballent leur nouvelle née partout. À la guerre ambiante se greffe donc l’histoire terriblement terre-à-terre d’un couple qui pourrait tuer pour protéger son enfant, mais qui, au quotidien, s’entretue pour choisir le prénom de cette dernière. Ce mélange entre des sujets graves et d’autres plus pragmatiques, peut déconcerter comme il peut enchanter. Personnellement, je l’ai trouvé assez réussi, on a souvent des situations drôles même si un peu faciles, alternant habilement avec des scènes d’action. Du coup, malgré le scénario qui ne casse pas trois pattes à un canard – pour l’instant, car on devine en filigrane des ramifications – je suis sous le charme de la fuite à travers monts et forêts de notre couple atypique.

D’ailleurs, pour ce qui est des personnages, j’ai été agréablement surprise d’en voir une galerie d’emblée large, alors que je m’attendais à une histoire très centrée sur Alana et Marko. Tant mieux, car justement, je ne suis pas hyper fan de ces deux-là, que je trouve un peu clichés. Monsieur est un ex-rebelle qui a dit adieu aux armes et à la violence, par idéalisme bien sûr mais aussi par pragmatisme. On a donc droit à un personnage fort mais qui évite autant qu’il le peut de se battre, avec certainement des facettes plus sombres lorsqu’il s’y met. Ça me rappelle…. ah bah oui, Kenshin du manga éponyme, que je n’aime pas spécialement. Quant à Madame, c’est une tête brulée assez cynique et à la gâchette et la répartie faciles, un poil trop grande gueule pour que je m’attache à elle. Je suis certaine qu’on découvrira ce couple sous d’autres jours, mais pour l’instant, il correspond selon moi tout à fait aux clichés de la femme forte et de l’homme protecteur. J’ai particulièrement tiqué lorsque Marko lance à la cantonade qu’il doit « protéger ses femmes », mettant dans le même sac de la vulnérabilité un bébé de quelques jours et sa femme, qui était quand même… soldate avant de tout plaquer pour son prisonnier. La scène où Marko se remémore son premier amour devant une Alana sidérée et bouillonnante m’a un peu fatiguée, mais c’est vraiment la seule du volume. Au final, ce que je crains, c’est juste qu’Alana devienne une mère hystérique et Marko l’Homme de toutes les situations. On en est loin, hein, simplement certains détails m’ont un peu fait grimacer.
Heureusement, on a droit à d’autres personnages intéressants, à défaut d’être attachants. En première ligne, les ennemis du couple : une ligue de mercenaires et le Prince Robot IV, à qui on a assigné la mission de tuer le couple et de ramener l’Enfant. Côté mercenaire, on se familiarise surtout avec Le Testament, dont l’apparence est la plus humaine parmi tous les protagonistes de Saga, et son incroyable chat détecteur de mensonge, qui promettent des intrigues variées et passionnantes. On fait également connaissance avec La Traque, femme-araignée au formidable design et c’est une arachnophobe qui le dit. Enfin, pour compléter cette « joyeuse » bande, place au Prince Robot IV dans toute sa splendeur. Un mec pas spécialement motivé pour mener à bien sa mission, légèrement soûlé par son épouse, mais qui met quand même du sien pour occasionner un maximum de massacres autour de lui quand ça le prend. Bref, quel que soit le type de personnalité que l’on aime, on devrait pouvoir trouver son compte dans Saga. En tout cas, j’ai très hâte de voir comment les personnages évolueront au contact les uns des autres.

Enfin, la spécificité de Saga qui m’a véritablement transportée, c’est son univers. Comme dit plus haut, la couverture me tapait régulièrement dans l’œil, mais je me disais que rajouter des ailes ou des cornes à des humanoïdes n’a jamais construit un monde de SF cohérent. C’est de la déco, de la fantaisie. C’est pourquoi en abordant la série, je ne m’attendais pas à une telle débauche de couleurs et de créativité. On a droit à tout : des ailes et des cornes certes, mais aussi des têtes géantes sur une paire de bas résille, des créatures parlantes, un arbre-fusée, des fantômes d’enfants, les fameux robots-télés, un génial bestiaire anthropomorphe. Et curieusement, le tout cohabite harmonieusement (graphiquement, hein) ! Les dessins de Fiona Staples, très expressifs avec un petit côté crayonné et inachevé, y sont évidemment pour beaucoup et sont de petits bijoux à contempler, mais il faut dire aussi que l’univers est cohérent et tient la route, sans donner dans la surenchère. Contrairement à d’autres productions du genre, Saga semble reposer sur une réelle réflexion et ne se contente pas de balancer ça et là des éléments qui font vaguement futuristes. Ce qui contribue par là même à rendre le scénario plus concret, plus solide. Bien sûr, il ne faut pas être allergique à des touches de fantaisie voire à l’absurde, mais autrement, tout passe très bien. Rien ne fait chiqué ou artificiel. Bref, j’ai avant tout été conquise par le monde de Saga, fascinée même, et cela faisait quelque temps que je ne m’étais pas plongée tout entière dans l’univers d’une série, comme avec Transmetropolitan de Warren Ellis.

En conclusion, Saga est une œuvre au potentiel énorme, et j’ai très, très hâte de lire la suite. L’histoire ne brille pas par son originalité, mais est en même temps efficace sans prendre de détours inutiles. Elle a l’immense chance d’être servie par une toile de fond fantastique et époustouflante ainsi que des graphismes originaux, un découpage clair et une narration bien rythmée. En VF, la traduction est de bonne facture et rend très bien compte du dynamisme de la série et des caractères de ses personnages. Non vraiment, je pense même avoir chipoté au cours de cette chronique, je suis sûre que tout va évoluer dans le meilleur sens. Un vrai coup de cœur.

Titre : Saga
Titre original : Saga
Auteur(s) : Brian K. Vaughan (scénario) & Fiona Staples (dessins)
Traducteur(s) : Laurent Queyssi
Éditeur : Urban Comics
Nombre de pages : 168
Prix conseillé : 15 €

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