Kokekokkô ! (Collectif, Issekinicho)

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© Issekinicho

Kokekokkô ! est un beau bébé d’1,3 kg réunissant 16 histoires sur le Japon illustrées par autant de dessinateurs français. Il est édité par Issekinicho, maison derrière laquelle on trouve les talentueux aAlex et Delfine, qui alimentent le magnifique blog éponyme (photos, conseils de photographie, guides de voyage... le tout au Japon, bien entendu).

Si l’ouvrage avait suscité mon intérêt, j’avais choisi d’en parler autour de moi plutôt que de me le procurer : beaucoup trop de livres à la maison, peur d’un certain manque d’homogénéité, d’une qualité irrégulière puisqu’il s’agit d’un collectif et de déjà-vu, les livres sur le sujet ne manquant pas. Au fil du temps, j’en ai entendu beaucoup de bien, jusqu’au jour où mon compagnon me demande — avec des yeux de chien battu — si je pourrais jeter un œil dans une de nos librairies fétiches pour voir s’il y est encore — à nouveau, des yeux de chien battu.

Bien sûr, si je prends la peine d’écrire un billet sur ce chouette pavé, c’est que je l’ai acheté : je ne suis pas un monstre qui laisse son compagnon dans la tristesse des chiens battus. La quasi-totalité de mes peurs a disparu, assez rapidement, au cours d’une lecture qui n’a hélas duré qu’une journée. Mais cela ne veut pas dire qu’on vient à bout de ce beau livre en un clin d’œil : c’est tout simplement que je l’ai dévoré, complètement enchantée.
Je vous présente le bébé ?


Pour commencer, je suis ravie qu’il y ait une préface, ni trop courte, ni trop longue, destinée à présenter le projet. Je trouve ça hyper important de pouvoir comprendre le fil conducteur d’une initiative de ce type à l’aide d’une introduction, qu’elle soit écrite ou dessinée, et je trouve toujours dommage lorsque le lecteur est balancé dans un tourbillon d’histoires sans préambule. Un bon point pour Kokekokkô !, dont on apprend bien entendu la signification.

Viennent ensuite les histoires elles-mêmes, et à nouveau, une belle surprise : chacune d’elle est présentée par son propre auteur, qui ne manque pas de retracer son parcours avant de répondre à un petit portrait chinois. C’est toujours sympa d’en savoir plus sur les illustrateurs, surtout quand on a aimé leur nouvelle. Cela m’a fait sourire de voir que le Japon, on tombe souvent dans sa marmite très tôt, avec ses mangas, ses animes, ses arts martiaux, sa gastronomie... Bref, maintenant, je sais que je peux aller consulter le blog des auteurs et / ou lire les autres ouvrages qu’ils ont publiés.

Concernant les histoires, je souhaitais à la base toutes les chroniquer car elles ont toutes suscité quelque chose en moi, mais en fin de compte, je vais dresser un petit panorama en les regroupant en 5 genres.

Les histoires du quotidien sont celles qui ont eu ma préférence : le défrichage de la maison d’aAlex, les courses de Delfine, les discussions de bar de Remka, les multiples expériences de Sylvie Bessard... Cela fait vraiment plaisir de lire des anecdotes dépeintes par des personnes qui sont restées au Japon plus longtemps que la moyenne et sont capables de rendre toutes personnelles des choses peut-être de notoriété publique : les nombreux insectes (hiii, ces araignées dont tout le monde parle), les fruits et légumes hors de prix, les Cup Noodles si pratiques. Des récits intéressants, bien menés, merveilleux, le tout servi par de beaux graphismes.

De l’autre côté du réel, on a des historiettes qui s’attachent à montrer le côté parfois surréaliste du pays. Ainsi, Florent Chavouet nous a-t-il concocté des histoires de rencontres entre des sushis et de fantômes en forme de mascottes, tandis que Martin Faynot nous fait plonger dans l’univers impitoyable de Shibuya. De vraies réussites graphiques pour des récits extraordinaires.

Dans la catégorie « guide de voyage », on retrouve Dreamy et son carnet d’adresses à Kyoto puis Nini et ses tribulations à Osaka. Je dois avouer que ces deux histoires m’ont moins parlé, peut-être parce que je m’attendais plus à des récits qu’à des énumérations de choses à faire ou à ne pas faire. Comme pour tout recueil collectif, il y a forcément des choses qui nous touchent plus que d’autres. Ceci dit, cela n’empêche pas au carnet de voyage d’Yllya d’être, à mon sens, amusant et happant.

Il y a bien évidemment des bijoux auxquels je ne m’attendais pas. Par exemple, les fresques muettes de Priscilla Moore qui m’ont également laissée sans voix, avec les couleurs chatoyantes des yukata, des feux d’artifice et de la nourriture. Ou encore le petit voyage de Rémi Maynègre, sur qui on peut toujours compter pour rendre hommage à la nature de la plus belle des façons. Sans oublier Ulysse Malassagne, qui nous livre une belle BD en noir et blanc à la découverte des « vraies » contrées rurales japonaises, et Jibé, qui mêle astucieusement scènes de vie dont il a été témoin et éléments de la pop culture japonaise, faisant se côtoyer Sangoku et jeunes femmes dans un bar à sushis.

En parlant de pop culture, j’ai également été agréablement surprise par l’histoire de Cyrielle et de sa transformation en geisha, dans un univers plein de références et très coloré, histoire de faire le plein de vitamines. Je conclurais par les histoires rigolotes, comme celle de Julie Blanchin en quête de l’amour japonais — même si j’ai été moyennement intéressée — et de Yatuu, dont les bouilles sont si expressives qu’elles mettent d’emblée de bonne humeur.

« 16 dessinateurs français, 16 expériences du Japon ». Ce qui donne 16 styles et histoires différents, voire plus. Aquarelle, huile, photos, collages, informatique... Les modes d’expression sont nombreux et nous offrent des visions sympathiques et enrichissantes de ce pays qui fascine tant de monde. La grande force de Kokekokkô !, c’est de proposer des expériences si variées et prenantes qu’on tourne les pages sans s’en rendre compte, voyageant pendant 320 pages entre tradition et modernité réalité et fantasme. Une lecture que je recommande chaudement !

2 commentaires:

  1. Tout à fait d'accord avec toi! Mais moi, je n'ai lu qu'une histoire chaque soir pour faire durer un peu... Pas facile à lire ce pavé de plus d'1kg au lit ;-)

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    1. 1 kg de courses ? Relou.
      1 kg de livres ? Facile.
      Bref, j'ai fait la course à la lecture ^^

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