Les dix enfants que madame Ming n’a jamais eus (Eric Emmanuel Schmitt)

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Dans le cadre de la ronde des poches n° 2 organisée par Armalite, Solaena m’a envoyé Les dix enfants que madame Ming n’a jamais eus, d’Éric Emmanuel Schmitt (le livre donc, pas les enfants).

Ce roman est tombé à point nommé : je venais de finir Blameless de Gail Carriger, le 3ème volume d’une saga de chick-lit pas trop décérébrée, je voulais quelque chose de court, en français, reposant, un peu exotique... Et ce roman, c’était tout ça à la fois.


Ce roman repose sur une base un peu fantasque, celle d’un cadre français en mission en Chine qui converse avec une « dame pipi » (pas la jolie femme que l’on voit sur la couverture, donc) lors de pauses savamment calculées au milieu de déjeuners d’affaires. De quoi parlent-ils ? Eh bien, des dix enfants que madame Ming, la « dame pipi », n’a jamais eus. Celui qui crée des jardins de mots, celui qui retient tout sans se servir de ses connaissances, celui qui ne dit que la stricte vérité, celle qui voulait assassiner madame Mao... Des destins tous plus improbables les uns que les autres dans un pays où règne pourtant la politique de l’enfant unique, même si celle-ci est en passe d’être assouplie.

Si j’avais réveillé la traductrice cartésienne en moi, j’aurais crié tout du long que des conversations aussi longues, en cantonais en plus (car le narrateur a un don pour les langues, voyez-vous), ça ne se peut pas. Mais je n’aurais pas pu apprécier le livre... Bon, j’avoue, ça m’a quand même parfois irritée, de lire des mots et des tournures bien sophistiqués en m’imaginant le businessman, aussi doué soit-il, les dire en cantonais.

Heureusement, mon côté chi... cartésien s’est mis en sourdine, et je me suis même surprise à rigoler de ces petites anecdotes, qui sont en réalité de petites leçons de vie. Madame Ming s’exprime en effet dans un langage coloré, mêlant familiarités et aphorismes, entraînant le narrateur et le lecteur sur son territoire.
« L’expérience est une bougie qui n’éclaire que celui qui la tient », « La joie se cache en tout, il faut réussir à l’extraire », « Choisissez un travail qui vous plaît et »... rah, non, listées de cette façon, ces maximes sont tout simplement assommantes. La force de Schmitt est donc certainement d’avoir réussi à les mettre en contexte dans un monde joyeusement fantasmé et fantasmagorique.

Un monde qu’il semble plutôt bien maîtriser : j’ai été ravie de ne voir aucun cliché sur la Chine et les Chinois (sur ce sujet, je mords) mais plutôt des connaissances précises, ou au moins, un travail de documentation suffisant pour un roman de cette petite longueur, 120 pages. Langues et dialectes, mentalités, politique et capitalisme y sont peints avec précision, et cela fait plaisir à voir.

Et pourtant, ce roman, qui fait partie du cycle de l’invisible, consacré à différentes religions et croyances, se penche sur le confucianisme. Ceux qui me connaissent bien savent que... je l’ai en horreur ! Je n’ai jamais aimé ce bonhomme misogyne et hautain, de mon regard d’Occidentale du 21ème siècle, et j’aime encore moins le confucianisme new age que l’on brandit aujourd’hui en Chine dans une vaine quête de valeurs. De ce fait, les soi-disant enseignements confucéens, je m’en tamponne un peu.

Malgré tout cela, Les dix enfants que madame Ming n’a jamais eus m’a fait passer un excellent moment, certes court, mais très appréciable. C’est sûrement grâce au joli style de l’auteur et des histoires savoureuses qu’il sait raconter. Ce petit roman n’est pas révolutionnaire et, en toute honnêteté, je ne l’aurais jamais acheté moi-même, mais justement, j’ai été sensible à la poésie qui émane du texte, tout comme à la gentillesse de Solaena.

Merci à elle et à Armalite !

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