Révélation (II)

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L’autre jour, alors que je touillais mon risotto aux petits pois, j’ai eu une autre révélation *mode Jeanne d’Arc activé*. En effet, je touille dans le sens anti-horaire ! Pis, j’étais en train de touiller dans le sens anti-horaire tout en décomptant 60 secondes pour mon sencha au yuzu. Autrement dit, je me suis rendu compte que je faisais toutes les choses à l’envers.

Une fois que j’ai mis le doigt là-dessus, je suis — comme d’habitude — remontée aux origines. Rien à déplorer du côté paternel. Du côté maternel... ah-ha ! Ma mère est LA bonne personne à qui parler si on veut faire les choses à l’envers. Ca ne l’empêche pas de bien faire la plupart des choses *bombe fièrement le torse* *dégonfle le torse* mais de totalement dérailler sur d’autres.
Par exemple, mon père et moi la raillons gentiment à propos d’un raisonnement absurde qu’elle tient depuis des années lorsque nous regardons la météo ensemble en hiver : elle nous dit avec tout le sérieux du monde qu’il va faire froid après-demain, donc (ou c’est pourquoi, 所以 en chinois, pour ceux qui veulent débattre linguistique — on est en tout cas dans la cause et l’effet) il commence à faire froid dès demain. Alors à moins que ce soit mon père et moi qui ayons une logique tordue, il nous semble que c’est l’inverse : il va faire froid demain, donc le froid va s’intensifier au fil des jours à venir.

Au-delà des considérations météorologiques, c’est toute la conception des choses de ma mère qui me semble illogique, comme si le destin avait voulu qu’il fasse froid dans 3 jours et que le vent se mettait en conséquence à souffler quelques jours avant, pour aller remplir ce destin.
Pas étonnant, donc, que cette même mère ne voie aucun problème à ré-arranger les événements de sa vie, à re-conter les choses sous l’angle qui l’arrange et à clamer sans arrêt qu’elle voyait les choses arriver. Peut-être que le temps n’est-il pas linéaire dans sa tête, peut-être qu’elle aime être de mauvaise foi, peu importe, ce n’est pas moi qui vais la changer, ni Catherine Laborde.

Par contre, pour en revenir à mon risotto, mon thé et moi, je trouve dans ce raisonnement qui préside à tous les autres la cause de bien des dysfonctionnements chez moi. Car moi aussi, j’ai un petit côté « c’est le destin », bien que moins prononcé. Je suis persuadée, de manière irrationnelle, que certains événements sont voués à se produire et que seules leurs circonstances changent. C’est encore plus absurde maintenant que je l’écris, mais il me semble avoir toujours vu la vie de cette manière : une succession de points marquants, plus ou moins fixes, reliés par des lignes plus ou moins continues, plus ou moins droites. Et c’est le fait de savoir que je peux influer sur ces lignes qui me motive à ne jamais être passive comme pourrait l’être quelqu’un qui croit dur comme fer au destin. (Non, je n’ai rien fumé et non ce n’est pas ça le problème)

Cette irrationalité ne me gêne pas trop en général, sauf quand, justement, persuadée d’arriver de toute façon à ce point marquant — bon ou mauvais pour moi — j’emprunte un mauvais chemin ou je me mets à faire les choses dans le désordre. Acheter une cage à chats avant d’avoir ledit chat, décider d’aimer un auteur avant de lire le résumé, sortir la théière avant de savoir quel thé boire...
Ça ressemble à vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué, sauf que ça s’applique aux situations optimistes comme neutres comme pessimistes.

Parfois, je me fatigue à être moi-même, parfois, ça me passe au-dessus. Mais cette prise de conscience a du bon dans le sens où je pourrai me corriger lorsque l’irrationalité poindra.

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