La Famille

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Sur ce blog, j’évoque de temps à autre ma famille. Dans la vraie vie, c’est un sujet qui occupait mon esprit à temps plein. Jusqu’à récemment. Non, je n’ai pas coupé les ponts avec elle, mais les choses ont tellement dégénéré que cela m’a forcée à prendre du recul. Ce qui n’est pas plus mal, mais du coup, j’ai sans cesse besoin de ressasser le passé, de mettre des mots sur des sentiments et de refaire l’histoire familiale. Pour comprendre. Petit plongeon...


Déjà, petite définition. La famille pour moi, c’était mes parents, mes grands-parents, mes oncles et mes tantes, ainsi que mes cousines. Nous étions extrêmement proches : lorsque j’étais en primaire, mes parents et moi avons vécu chez mes grands-parents (et oncles et tantes), à 9 dans un F4 d’environ 80 m². Nous étions dans une espèce de débarras, je dormais sous des étagères et ma mère utilisait des grains de riz cuits comme colle, mais je ne me sentais pas malheureuse. Tout au plus frustrée que certains de mes camarades aient accès à des choses que je n’avais pas, mais franchement, j’en étais à peine consciente, j’avais peu d’envies à cet âge.

En tout cas, vu le contexte, mon monde, c’était ma famille. Après l’école, mon grand-père venait me chercher, je faisais mes devoirs en mangeant toutes sortes de cochonneries et en regardant de très vieilles séries avec lui. J’avais un problème de maths ? Tel oncle était là pour moi. Envie d’en savoir plus sur les échecs ? Tel autre oncle était à ma « disposition ». Les samedis, je m’amusais avec mes cousines et ma vie se résumait à ça.

Un an ou deux plus tard, mes parents ont enfin gagné assez pour déménager, mais pas bien loin, et j’étais toujours fourrée chez mes grands-parents. J’avais une image idyllique de la famille : nous étions si solidaires, toujours en train de nous marrer, les fêtes se passaient si bien... Je ne comprenais pas les familles qui se déchiraient, qui fuyaient Noël, qui avaient des problèmes d’héritage, parce qu’il n’y avait jamais rien eu de ça chez nous.

En grandissant, j’ai moi-même soudé encore plus nos liens, de façon irréversible peut-être, puisque je m’occupais de toute la paperasse familiale. En effet, la plupart des membres de ma famille sont arrivés vers leur vingtaine en France et n’ont pas tous forcément eu le temps ou l’occasion de développer leurs compétences linguistiques. Et pour ceux qui l’ont pu, il faut dire que l’administration, ça reste sacrément opaque. C’est pour cette raison que dès l’âge de 10 ans, on m’a confié tout un tas de choses : lettres pour notifier tel organisme d’un changement d’adresse, réclamation de droits, mise à jour de données, mariage, divorce, création d’une entreprise, tout y passait. Le pire, c’était les appels téléphoniques, j’étais terrifiée et je noircissais d’énormes post-its pour anticiper tous les scénarios et ne pas me retrouver sans savoir quoi répondre. Je passais mes après-midis à ça et franchement, j’en ai voulu à ma famille. Les quelques fois où j’osais dire que c’était injuste, on me rétorquait que c’était une chance d’apprendre si tôt à s’occuper de formalités administratives.

Toujours est-il que les années d’adolescence que mes camarades ont passées à sortir s’amuser, je les ai passées avec ma famille, en m’amusant plus ou moins. Parfois, j’avais vaguement l’impression d’être un outil bien pratique, mais la plupart du temps, je m’accommodais de la situation car j’étais utile. Pire — et je ne m’en rends compte qu’aujourd’hui — j’entretenais moi-même cette dépendance en me rendant indispensable. Sûrement avais-je besoin d’exister à travers ma famille. Fille unique, j’aimais faire partie du monde des adultes, quitte à sacrifier des heures avec les copains. Bref, quelque part, et aussi malsain que ce fût, ça devait m’arranger de me poser en Caliméro tout en me faisant choyer. Ma famille avait (et a toujours) une confiance aveugle en moi et très jeune, j’ai pris des décisions importantes sur des achats, des appartements, des budgets... Mon petit ego devait être bien gonflé.

Les années passent et l’âge de ma majorité approche. Et avec ça, les premières libertés... toutes relatives : permission de 21h à 18 ans, mais il a suffi d’entrouvrir la porte du monde pour que je sois attirée vers lui. Et c’est là que j’ai trouvé ma famille envahissante, notre situation anormale, mon temps gâché. La culpabilité étant mon fort, j’ai voulu réformer les choses en douceur, faire des compromis, toujours plus, pour continuer à m’occuper de ma famille tout en m’accordant quelques sorties. Peine perdue, cela faisait bientôt 10 ans que j’étais dans le giron de ma famille, et surtout celui de ma mère.

Ah, ma mère... elle pourrait faire l’objet d’un post à part entière à présent que je suis capable d’un minimum d’objectivité et de me remémorer des faits sans trop avoir la boule à la gorge mais... c’est encore trop indécent, donc pas maintenant. Je me contenterai donc de dire que j’ai eu une relation fusionnelle avec ma mère jusqu’à mon début de vingtaine. On s’est mutuellement protégées, j’ai beaucoup, beaucoup pris soin d’elle et elle aussi, mais... elle m’a fait beaucoup de chantage affectif et a souvent cherché à me faire culpabiliser. Elle m’a appris énormément, elle est drôle, elle est intelligente (une maman, quoi), mais elle pouvait être toxique. Quand elle n’a que moi et qu’elle est blessée, elle ne peut s’empêcher de me sortir la pique blessante. Pendant longtemps, j’avais tellement peur de la blesser que je ne lui refusais jamais rien. Encore une fois, ce n’est que récemment que je me suis rendu compte de sa résilience : non, je ne suis pas indispensable, elle survivrait sans moi. Pas agréablement, pas forcément dans le bonheur, mais elle survivrait.

Fermeture de la parenthèse « maman » pour revenir à la famille au sens large. Les mois et les années passaient et je voyais que je ne pouvais pas trop m’échapper des griffes familiales, que j’avais moi-même contribué à construire. Je me sentais responsable de tout et j’entretenais le cercle vicieux. De plus en plus, j’intervenais dans les disputes entre mes parents. Je voulais à tout prix qu’ils se rabibochent car je ne pouvais envisager qu’ils vivent seuls (ce qui est différent de « sans l’autre » car je n’étais tout de même pas assez naïve pour les croire si amoureux), surtout mon père. Une fois, je suis arrivée à la fac les mains entaillées de partout après avoir empêché l’un de blesser l’autre avec une paire de ciseaux, une autre fois, j’ai moi-même cédé au chantage affectif en les poussant à se réconcilier, de manière bien artificielle. Les causes de dispute étaient très souvent banales, mais révélaient des dysfonctionnements et des fondations malsaines. Ce que j’ai mis du temps à voir.

À mes 20 ans, pour échapper à cet environnement néfaste, j’ai pris une solution radicale, celle de partir étudier un an à l’étranger. Ça rentrait parfaitement dans le cadre de mes études de langues et inconsciemment, je voulais voir autre chose. Là encore, j’ai fait des compromis : je ne suis pas allée étudier aux États-Unis comme je le voulais, mais en Angleterre, bien plus proche, pour pouvoir revenir une fois tous les deux mois. Cette année m’a changée et m’a façonnée, je pense que c’est l’une des meilleures décisions que j’aie prises car effectivement, ça m’a libérée et ça a été plus que formateur.

Bien sûr, peu avant de partir, alors que j’étais en plein dans mes études et que je n’avais personne dans ma vie depuis bien longtemps, j’ai rencontré mon compagnon actuel. C’est toujours comme ça hein ! Grâce à bien des facteurs, nous avons tenu bon malgré de mémorables disputes sur MSN et par téléphone, la distance accentuant tout. Et à mon retour en France, j’ai continué à vivre ma petite vie comme en Angleterre : je bossais, je sortais, j’en faisais enfin à ma tête. Je ne supportais plus de vivre avec mes parents, qui essayaient de tout contrôler, de mes vêtements à ma nourriture (ça n’a pas changé). Très vite, il m’est apparu évident que j’allais vivre avec mon compagnon. Grosse tempête : il n’était pas celui qui me convenait selon les critères parentaux et nous n’avions pas l’intention de nous marier. Vers quel avenir je me dirigeais donc ?

Et c’est là que j’ai merdé : je n’ai pas du tout fait les choses graduellement ni tenté de m’expliquer, craignant les disputes et les effusions de larmes. J’ai simplement fait ce que je voulais, restant 3 nuits par semaine chez mon compagnon en prévenant mes parents par téléphone quand c’était le cas. Certes, j’avais 21 ans bien sonnés, mais traditionnellement, dans les familles chinoises, on ne passe pas outre les ordres des parents, on veille à leur bien-être et on se conforme à leurs désirs. Plus ou moins, ce serait incorrect de dire que toutes fonctionnent sur ce modèle, mais disons que le respect des aînés est primordial. Je me torturais l’esprit en me disant que j’étais une mauvaise fille, tout en augmentant la fréquence de mes découchages. Ce « jeu » m’a épuisée jusqu’en 2011, quand mon compagnon et moi nous sommes pacsés. La configuration n’a pas miraculeusement changé du tout au tout mais notre lien était devenu officiel, mes parents pouvaient dire à leurs connaissances que nous étions « mariés ».

Je me suis alors progressivement éloignée de ma famille, fuyant les questions indiscrètes et embarrassantes, fuyant le jugement que je craignais qu’elle porte sur moi, fuyant tout mon passé au final. On continuait de se voir pas mal, de manger ensemble, de s’aimer beaucoup, mais tout est devenu plus artificiel. Il m’était devenu pénible d’être sincère avec ma propre famille. Avec mes parents, je restais encore proche, mais j’imagine que la dislocation s’amorçait déjà à cette époque. Mais côté couple et études, puis travail, tout roulait. Du coup, j’avais l’impression que les choses allaient se tasser et s’arranger. On a trouvé une certaine stabilité professionnelle, on a acheté notre petit chez nous, on vivait donc.

Hélas, l’année dernière, les fractures invisibles dans ma famille ont surgi au cours de notre périple australien. Toutes les tensions, toutes les divergences d’opinions et les questions non réglées ont éclaté. Je passe tous les détails très personnels et assommants mais depuis, ma mère ne rend plus visite à sa belle-famille et mon père à la sienne. Cette fois, je ne peux plus les rabibocher, parce que cela dépasse le simple cadre parental. D’ailleurs, en ai-je vraiment envie ? J’ai fait l’amer constat que j’ai contribué à entretenir cette illusion de famille et à cet aveuglement général. Peut-être que si je n’avais pas tant voulu exister, les choses se seraient passées plus en douceur. Peut-être que je devrais arrêter de me croire au centre de ma famille malgré le rôle important que j’ai joué. Peu importe, tout ça, c’est du passé. On n’avait certes pas de problèmes d’héritage mais on en avait d’autres, que personne ne voulait voir.

Par conséquent, je laisse couler. Je continue de rendre visite à ma grand-mère (mon grand-père étant décédé pendant mon séjour à l’étranger), mes oncles et mes tantes, mes cousines ont même repris contact avec moi, je vois toujours ma famille de Hong Kong avec plaisir, mais tout a changé. D’un côté, on ne parle que furtivement de mon père, comme s’il n’existait pas. De l’autre, on se demande pourquoi ma mère boude et je ne peux pas dire grand-chose.

Avec mes parents, il y a tellement de sujets devenus tabous que je suis littéralement épuisée après une soirée avec eux. Mon végétarisme, mes chats, mes vêtements, mon travail qui ne rapporterait pas assez (mais pourquoi t’es pas trader ?) (parce que j’ai une morale je suis nulle en finances ?), mes vacances, mon appartement : tout, absolument tout ce que je fais ou pense est scruté à la loupe et jugé. J’aimerais évidemment qu’ils approuvent au moins quelque chose dans ma vie, qu’ils me soutiennent, mais ça, il n’y a que mon père qui le fait, parfois. Ma mère reste dans un monde où je suis encore sa petite fille incapable. Ce qui me rassure et m’effraie à la fois, c’est que je suis à présent capable de disséquer leur raisonnement : ils veulent garder le contrôle sur moi, se rassurer aussi, me faire du mal, me « re-formater » selon leur programme... et tout ça, je le comprends parfaitement. Je ne leur en veux pas et ça ne me fait pas mal comme c’était le cas avant. C’est cette dernière vérité qui m’effraie le plus : et si, en me libérant de leur emprise, je m’étais aussi coupée d’eux ? Est-ce que je ne leur ai pas fermé la porte de ma vie ? Est-ce que je peux tout mettre sur le compte du fossé culturel et générationnel ? Je ne sais pas, je travaille au mieux pour leur montrer mon amour et mon respect, mais pour eux, cela passe par l’obéissance, pas autre chose. Et c’est en ne voulant pas montrer que je désobéis que je finis par ne rien montrer. Quel paradoxe.

Il m’arrive parfois de me demander ce que j’aurais fait différemment si j’avais eu ma boule de cristal vers mes 10 ans. Mais la question est vaine : il m’a fallu presque 20 ans pour venir au bout de ma réflexion et d’être à peu près sereine sur la question (je sais, ça ne se sent pas, mais si). Je ne suis déjà pas une flèche maintenant : qu’aurais-je pu faire à 10 ans ? Il vaut mieux que je continue mes efforts en acceptant que les choses ne sont plus comme avant plutôt que de chercher à recréer les conditions d’un passé disparu.

Aujourd’hui, à 27 ans, je ne panique plus quand je décide de ne pas répondre à un énième appel parental mais j’adapte la rapidité de ma réponse à la gravité de la situation. Je n’ai pas eu besoin de leur consentement pour me faire tatouer mais je leur montrerai quand même mon corps en justifiant mon choix. Je ne mange pas de la viande pour leur faire plaisir mais je les rassure autant que faire se peut sur la qualité de mon alimentation. Un gros travail pour qu’ils comprennent petit à petit que je ne suis plus leur petite fille.

Un gros travail sur moi-même aussi pour ne plus chercher à comprendre pourquoi ils n’ont pas été capables de se réjouir que je vive, mais plutôt à comprendre comment je peux éviter de reproduire le schéma parental plus tard, comment je peux m’empêcher d’être égoïste et de garder mes futurs enfants pour moi.

Comme dans bien d’autres domaines, la route est longue, mais je n’ai que 27 ans, après tout.

Et pour détendre l’atmosphère :
 

12 commentaires:

  1. Je comprends très bien le problème. Mes parents n'ont jamais compris ni approuvé AUCUN de mes choix de vie. Le fait que j'aie eu plusieurs partenaires "sérieux", mon choix de bosser en free lance dans un secteur "fantaisiste", de ne pas avoir d'enfants, de vivre en appartement plutôt qu'en maison, mes tatouages... Tout ça les dépassait complètement, et même quand ils ne faisaient pas de remarques, leur désapprobation était palpable. J'en souffrais d'autant plus qu'à côté de ça, j'ai une soeur plus jeune qui, elle, a fait "tout bien" selon leurs critères: épousé son premier petit ami, fait deux enfants, construit une belle maison, fait carrière dans une grosse boîte américaine dont elle est devenue le directeur financier et administratif... Mon père est mort sans jamais que j'aie trouvé de moyen d'y remédier, et ma relation avec ma mère est de plus en plus distante (récemment encore, pour parler de mon boulot, elle a dit "ton truc", et je te passe les remarques sur mon régime "déséquilibré", de la part de quelqu'un qui se nourrit essentiellement de chocolat et de sucre sous toutes ses formes). Sans vouloir être pessimiste, je crains que, lorsque tes aspirations sont très divergentes de celles de tes parents, il faille te résigner à cette incompréhension - qui n'empêche pas l'amour, d'ailleurs, mais qui suscite souvent un violent agacement de part et d'autre.

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    1. Et pourtant, tes choix n'ont rien d'hyper rock'n'roll (du moins, selon mes critères) et ta vie de freelance qui te permet de t'adonner à tes loisirs me fait vraiment rêver. Ta sœur a eu - en apparence - un parcours plus classique certes, mais l'important au final, c'est que vous soyez toutes deux heureuses, sauf que ce n'est pas quelque chose pris en compte dans la société.
      Ma mère est persuadée que je gonfle l'importance de la profession (je ne me suis pourtant pas lancé des fleurs hein) et parle effectivement de mes "trucs de traduction".
      L'incompréhension, je peux faire avec, ce que je déplore, c'est l'éloignement =/

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  2. compliqué de parler de quelque chose que je ne connais pas...
    je crois que les liens dans les familles asiatiques est un peu différent de ceux des autres. un côté fusionnel, avec ce noyau plus ou moins pesant.
    je vois dans ma famille, du côté où tout le monde s'est marié avec un autre cambodgien (y'a que ma môman qui est allée se compromettre avec un français), mes oncles et tantes sont toujours avec mes cousines, même après leur mariage, ils habitent les uns à côté des autres, les décisions sont prises collégialement, tout est dans le poids de la tradition etc. tout cela me semble bien pesant.
    même si mes parents ne sont pas d'accord avec tout, ils ne me l'ont jamais fait ressentir. je crois avoir de la chance. même si cela a été très difficile à une époque.
    après je sais autre chose, c'est que les asiatiques, par leur culture, du mal à exprimer ce qu'ils ont au plus profond quand c'est bien.une difficulté de communication. mais plus de facilité à lancer une pique, bizarrement.
    moi, je vois mes parents à peu près 1 fois par trimestre (on habite pas loin pour préciser), mais cela a permis de mettre une distance dans les vies de chacun, en plus du fait que mes parents n'ont pas essayé de s'immiscer dans ma vie. et comme on se voit relativement peu, cela permet quand on se voit de ne parler que des bonnes choses. pas le temps pour le reste en fait.

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    1. Ma famille est quand même moins traditionnelle et est plutôt relax sur pas mal de points. Mais... il y a des restes, cette notion du "tous ensemble", à la vie à la mort. Du coup, j'ai dû pas mal passer pour une individualiste pour eux mais pour qqn d'extrêmement familial pour mes amis/collègues/connaissances... Ma famille adore me dire que je ne comprends pas, je suis française... Guess what, je suis née en France, faut faire avec xD

      Et oui, les sentiments sont bien enfouis, on ne déballe pas tout "comme les Occidentaux". Mais c'est pareil dans beaucoup de familles françaises aussi, les non-dits.

      J'avais l'impression que tu voyais tes parents plus souvent que ça (d'après ton blog hein). Ça semble marcher parce qu'ils ont l'air d'avoir leur vie à tous les deux. Il suffit que les parents s'ennuient (ou se disputent) pour qu'ils soient omniprésents dans ta vie. Merci pour le témoignage asiatique en tout cas ^^

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  3. Comme je te comprends par rapport à ta mère ! La mienne aussi a été très fusionnelle jusqu'à mes 17 ans, et cela a sans doute été renforcé par son divorce d'avec mon père. J'ai eu moi aussi droit au chantage affectif (plus ou moins subtil) et aux pseudos-menaces, ça a été très violent et, encore aujourd'hui, il arrive qu'elle me fasse peur. Il est certain qu'elle n'a que moyennement accepté, au moins au début, que je lâche la prépa et une éventuelle grande école au profit d'un cursus en japonais.
    Mais étrangement, nos relations se sont pacifiées depuis ma grossesse, même si j'ai toujours l'impression que ça pourrait basculer et m'éclater à la figure sans prévenir. Je ne peux donc que t'encourager à te détacher moralement pour moins souffrir, même si tu as l'impression de la "trahir". Courage, je suis sûre que tu tiens le bon bout.

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    1. Pas facile de se libérer d'une telle emprise hein. Ta situation a l'air bien plus délicate que la mienne ceci dit : je n'ai jamais eu peur de ma mère (la personne), juste de ses réactions ou qu'elle soit blessée. Heureusement, elle n'est pas allée jusqu'à attenter à ses jours ou que sais-je.
      Si ce n'est pas indiscret, elle n'est pas trop amère que tu fasses souvent appel à ta belle-mère plutôt qu'à elle ?
      Merci pour les encouragements, je crois que tu as parfaitement résumé la situation.

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    2. J'apprends à lâcher prise et à essayer de désamorcer les situations conflictuelles, généralement en l'ignorant. Mais le chemin est long et ardu, et la rechute n'est jamais loin.
      Depuis ma grossesse, ma mère s'est beaucoup calmée (d'un point de vue psychanalytique, je me suis enfin réalisée en devenant "phallique" - en très, très gros), mais il est évident qu'elle est sans doute un peu amère qu'il me soit plus facile de communiquer avec ma belle-mère. Après, comme je le dis, si ma belle-mère était ma mère, ce serait beaucoup moins simple !

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    3. Je ne connais pas les bases de la psychanalyse dont le "phallique" ne me parle pas (ça sonne très Freud, mais je suis très inculte).
      J'aimerais pouvoir communiquer avec ma mère aussi facilement qu'avec ma belle-mère, mais les mots me manquent en chinois parfois.

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  4. Courage à toi, je trouve aussi que tu es sur une bonne voie depuis des années.

    Je ne suis pas la championne de la pertinence, et c'est peut-être un avis extrêmement biaisé par mon expérience. Mais ce que je trouve assez malsain quelque part, dans les familles chinoises et la parentalité telle qu'elle est vue, c'est cette part de sacrifice. Les parents sacrifient tout pour leurs enfants, font vraiment TOUT que pour eux, et s'oublient. C'est dur de savoir qu'on est quelque part le résultat d'un sacrifice, et c'est aussi difficile de vivre en paix avec soi-même, même si il n'y a pas de chantage affectif ni de menace. Je me vois souvent comme une mauvaise fille voire une mauvaise personne tout court.

    L'impression que j'ai souvent, c'est qu'en retour il faut aussi se "sacrifier" pour les parents dans les familles chinoises. Quitte à taire nos envies profondes. J'ai toujours eu ce sentiment peut-être faussé, que les enfants français ont plus de confiance en eux. D'ailleurs, l'éducation chinoise n'est pas terrible quant à révéler les "envies profondes".

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    1. Haha, ça se voit que je suis moins tendue du string sur le sujet ? xD

      Suis tout à fait d'accord pour le sacrifice, mais j'ai l'impression qu'il n'y a pas trop de ça chez moi (un truc malsain de moi, c'est déjà ça !) car ma mère est pas quelqu'un qui se sacrifie. Sa personne passe avant tout. Ce qui ne veut pas dire qu'elle n'a pas fait de sacrifices pour moi et qu'elle n'attend rien de moi (haha xD) mais c'est un peu différent.
      Mais c'est clair que c'est dur d'avancer avec un tel poids sur les épaules.

      Je sais que tu es loin d'être une mauvaise personne et je suis sûre que tu n'es pas une mauvaise fille.
      On ne peut tout simplement pas être conforme à 100 % vu le contexte et le pays dans lesquels on a grandi.

      Mais enfin, on n'a pas d'envies profondes, cékoiça !
      Et au final, le sacrifice ultime, c'est de rester avec ses parents et les accompagner jusqu'à leur (gloups) dernier jour.

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  5. J'ai l'impression que les relations parents-enfants sont souvent compliquées: d'un côté les parents veulent le mieux pour leur enfant (mais ils veulent aussi ce que EUX considèrent comme le mieux) et d'un autre les enfants désirent autre chose, des choses qui leur conviennent. Si en plus on y rajoute le poids des traditions.... Comme le dit a-yin, je pense que tu fais le bon choix de te séparer d'eux progressivement, pour vivre ta vie.
    (et je ne savais pas que tu étais d'origine chinoise)
    (et le côté mère possessive, toussa toussa, j'ai bien connu)

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  6. Oui, on peut avoir du mal à concevoir que ce qui est bien pour nous n'est pas le bien universel. Surtout quand on est parents et qu'on flippe pour notre progéniture. Il y a le décalage générationnel, culturel, tant de choses...
    Ouais, on est pas mal à avoir le poids de la mère sur nous xD

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