Un jeudi

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Lundi, peu après avoir été informée que, contrairement à l’année précédente, 2015 ne me verrait pas à la soirée d’inauguration du Salon du Livre en raison d’une absence de badge presse, j’ai appris par mon flux RSS que le dessinateur Florent Chavouet dédicacerait dans une librairie de Boulogne jeudi, à partir de 19h.

« Eh mais, je pourrais y aller après mon cours de japonais à la place de la soirée du SdL, c’est génial ! »

Et donc, jeudi, me voilà à galérer dans le RER qui décide de rester coincé 30 minutes dans le noir d’entre Vincennes et Nation. Le temps de déterminer s’il doit faire demi-tour (c’est une image : le train repart dans l’autre sens) ou continuer son chemin, le conducteur nous extorque 45 minutes.
45 minutes que j’emploie à avaler mon roman, qui s’enfonce dans les clichés.
Mais 45 minutes que mes tendons en vrac et moi ne parvenons pas à rattraper et 45 minutes de cours de japonais perdues après 2 semaines de vacances et 2 semaines d’absence. Heureusement pour moi, ce sont 45 minutes de kanjis. Ça me fait un bien fou de voir des gens et de discuter de tout et de rien.

20h, je fonce — façon de parler — de nouveau vers le métro, pour me rendre à ladite librairie, les mots & les choses. Ce qui m’a tant motivée, outre Florent Chavouet ? La section papeterie ! Je descends à la station que je crois être la plus proche, mais je finis par emprunter le chemin que je connais le mieux, plus rassurant. Mes pas me portent inconsciemment vers le studio où nous avons vécu 2 ans. Arrivée sur place, plus clopinante que jamais, j’essaie d’esquisser un sourire à l’attention des libraires et clients sans avoir l’air trop bête.

Je visite un peu les lieux, choisis 2 cartes (une avec du vin et du fromage pour mon amie qui vit en Chine et est cruellement privée de fromage à prix décent, une avec des cœurs), suis un peu déçue par la section papeterie (en fait, les meilleurs articles se trouvent derrière Chavouet !) et retourne faire la mini-queue.

J’hésite un peu quant au sujet de la dédicace, puis trouve la solution. Pour mon compagnon et en clin d’œil à l’époque où nous nous sommes rencontrés, la policière de Petites coupures à Shioguni. Pour moi, le chanteur amateur « Shoyu, show me » de Manabe-Shima, que j’achète sur place. Bizarrement, je parviens à faire un semblant de conversation, alors que je suis d’habitude soit tétanisée soit hagarde. Le dessinateur est moins excentrique et plus réservé que je ne le pensais, ou alors c’est moi qui ne l’inspire pas. Toujours est-il que je repars avec une magnifique policière et un poilant chanteur.

Pour le retour, je décide de repasser devant notre ancien appartement et de faire le chemin qu’on faisait tous les jours, les 10 minutes sur le boulevard parsemé de boutiques en tout genre. 10 minutes qui en deviennent 20 avec ma tendinite bilatérale. Ce qui me laisse amplement le temps de faire l’inventaire des boutiques qui ont disparu et de celles qui ont vu le jour. Juste à côté de là où nous vivions, Le Phylactère. Le logo me paraît sympathique, le nom aussi, évidemment, mais impossible de deviner de quoi il s’agit. J’apprends à l’instant que c’est un studio de tatouage : l’univers se fout de ma gueule. La boutique de jeux vidéo est toujours là, le traiteur-pas-mal-pour-un-traiteur-chinois aussi. À côté du bazar, un autre bazar plus chic : les proprios du premier doivent enrager s’ils ne sont pas ceux du second. Un centre d’aquabiking, quelle chance. La boulangerie La Gerbe d’Or. Queues de Cerises, marrant... un supermarché bio ?! Putain.

De loin et à deux, trois reprises, un homme converge vers moi juste parce que j’ai une robe. De plus près, chacun se ravise en voyant mes pattes folles. Peut-être me croient-ils bourrée. À mon tour ensuite d’éviter un SDF, réellement bourré, qui semble tout prêt à sortir un couplet (un refrain ?) sur les Chinois, mais ce n’est pas évident quand chaque pas est une décharge dans le corps.

Un restaurant branchouille ambiance bistro a remplacé Les tartes de Julie. Ou quelque chose dans le genre. Un traiteur grand luxe qui ne m’aurait jamais vue il y a 3 ans avec mes faibles moyens financiers et qui m’aurait parfois vue aujourd’hui si j’étais restée dans le quartier, quelle ironie.

Et tandis que je me rapproche du métro que j’ai pris environ 1 460 fois (approximation approximative), je me dis que je me suis rarement sentie aussi seule mais que je suis bien, je crois.

2 commentaires:

  1. Oh, ces dédicaces ! Quelle merveille !
    Vraiment navrée pour l'inauguration, j'ai hâte de te croiser ce week-end. De notre côté, nous avons galéré dans les transports et sommes arrivés avec 40mn de retard sur ce que nous avions prévu...
    Essaie de ménager tes tendons, c'est précieux.

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    1. N’est-ce pas ! Elles compensent celle de la veille. J’ai eu un peu honte de demander d’en demander deux (j’ai été prise par erreur pour une chasseuse de dédicaces une fois, c’était très désagréable et humiliant) mais ça valait le coup.
      Mais non, pas de souci pour le Salon, c’est moi aussi : je comptais sur un autre badge et ensuite, j’ai cru que le mien (pro) y donnait accès. Pas de regret : avec l’état de mes pattes, impossible d’arpenter le Salon sans provoquer l’hilarité générale ;)
      Et pour les tendons, ouais, franchement, je pensais guérir en moins de deux et en fait, ça empire car même si je ne sors pas tous les jours, quand je le fais, c’est tout l’après-midi.

      À demain ^^

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