Ma banlieue

, , 8 comments
Source

N’en déplaise aux gens qui me félicitent pour mon français impeccable, je dois avouer que je suis... une vraie Parigote qui a fait quasiment toute sa scolarité à Paris (que ces gens ne s’offusquent pas : il s’agit là juste d’une boutade introductive ^^).
Mais rassurez-vous, on ne va pas encore parler « asiatisme » aujourd’hui, mais de Paris et de sa banlieue.



J’ai presque toujours vécu à Paris ou en très proche banlieue. Née dans le 12e arrondissement de la capitale, habité dans une cité du 11e arrondissement (aujourd’hui beaucoup moins craignos), déménagé à Courbevoie à un âge où je devais avoir deux cheveux sur la tête et fait des allers-retours entre le 13e arrondissement et Ivry/Vitry avant que mes parents n’achètent en 1999 un petit T3 dans le 13e arrondissement, où ils sont toujours. Ensuite, je suis allée vivre un an en Angleterre et à mon retour, le monsieur et moi avons vécu dans une banlieue chic du 92, Boulogne.

Quand la question de l’achat s’est posée, nous savions que nous n’aurions pas 36 000 solutions, compte tenu de nos moyens financiers. Notre choix s’est porté sur une banlieue du 94, en bords de Marne, quartier relativement tranquille, avec quelques commerces à côté. Le monsieur ayant quand même vécu dans un endroit qui s’appelle La Houssaye, en Haute-Normandie, m’avait prévenue que j’allais avoir un choc en passant à une vraie banlieue-dortoir, côté culturel et animation.

« Pfouah », ai-je répliqué (ou quelque chose comme ça). Je suis relativement casanière et si l’envie me prenait de sortir, ce serait de toute façon à Paris même et il n’y aurait qu’à prendre le RER, justement proche de notre nid. La culture, je l’ai à la maison avec mes livres et mes films. Et sinon, y a Internet. Qu’il y avait-il à craindre ?

Et au bout de quelques mois bien occupés, quand j’ai mis mon petit nez dehors, je me suis pris une branlée dans la gueule : MAIS CETTE VILLE EST MORTE !
Certes, les bords de Marne, c’est très joli, mais on ne s’y promène pas tous les jours, surtout quand il pleut (la neige, c’est joli). Et me voilà à découvrir chaque jour un truc qui m’irritait profondément :
... pourquoi qu’elle ferme entre 12 et 14h, la pharmacie ?
... quoi, la bibliothèque n’est pas ouverte le dimanche ?
... endocrinologue, endocrinologue, ah, spécialité inconnue par ici
... ah oui, le Monoprix ferme quand j’y arrive, quoi (à l’époque, j’étais encore salariée, à Boulogne — rigolez) !
... POURQUOI cette boutique ferme sans crier gare ?
... est-ce qu’il y a vraiment tant de gens qui vont voir des esthéticiennes ?
... est-ce qu’on atteindra les 10 kebabs sur un rayon de 500 mètres ?
... comment ont-ils osé fermer le seul traiteur libanais pour le remplacer par un énième kebab ?
... où est la piscine ?
Il y avait des moments où j’aurais pu me prendre pour Emma Bovary, sans exagérer.

En tout cas, plus le temps passait, plus j’avais l’impression d’avoir investi dans une cage dorée (vaguement). Certes, je suis à 25 minutes du centre de Paris, mais le RER n’est ni aussi fréquent, ni aussi heu... fiable que le métro, et les sorties sont devenues moins spontanées.
Du coup, avant de me mettre à mon compte, je me suis évidemment demandé si je n’allais pas m’enfoncer encore plus dans une vie morne et banlieusarde. Mais comme de toute façon, je voulais vraiment être freelance, je me suis lancée tête baissée en me disant que je verrais plus tard.

Et bien m’en a pris, car si mon traiteur libanais n’est pas revenu et si je n’ai pas découvert un coin caché rempli de commerces dans ma ville, je me sens plus libre de mes mouvements et moins contrainte par le temps, que ce soit pour aller « sur » Paris ou pour explorer un peu plus « ma » banlieue. Pas de découvertes folles, mais je ne me demande plus trop si on a fait le bon choix : c’est un premier achat, il faut bien commencer quelque part et ça motive pour gagner des sous et se rapprocher de Paris.

Certes, ce post doit sonner terriblement bobo et méprisante — je me disais que je n’avais pas encore été trollée ni insultée et que ça me manquait — mais les faits sont là : l’accès à la culture et aux loisirs est infiniment plus simple à Paris, j’aime les restaurants, j’aime découvrir de nouvelles choses et avant ça, j’ai toujours été Parigote. L’ironie, c’est que lorsque je vivais à Paris, j’avais pas un rond (on n’a pas fait des cités pour le plaisir), et que maintenant que j’ai un rond, j’ai moins d’occasions de le dépenser. Ce qui ne veut pas dire que j’encourage la fracture entre Paris intra et extra muros, juste que je trouverai plus mon compte dans une ville animée que dans une banlieue axée famille et espaces verts.

Alors cette banlieue dont le nom viendrait de « campagne », je la garderai toujours dans mon cœur mais j’espère quand même qu’on ne s’y éternisera pas.

8 commentaires:

  1. Je te comprends tout à fait, sauf que moi j'ai eu cette angoisse avant de m'installer dans ma banlieue (nettement plus proche de Paris). Il n'a pas été facile de s'adapter, encore moins quand nous avons passé le premier été coincés à la maison par la fracture de monsieur (en août, la banlieue est totalement morte, tu entends le vent souffler dans les rues). Et puis, à la naissance de la Crevette, contrainte et forcée, je me suis mise à me balader pour lui faire prendre l'air, et j'ai découvert des choses : certes la librairie à côté de la maison n'est pas très bien achalandée mais le personnel est plutôt aimable et la librairie du centre-ville est très bien. La piscine est à l'autre bout de la ville, mais celle de la commune voisine à une dizaine de minutes à pied, j'ai découvert un très joli salon de thé où déjeuner/goûter etc.
    Je râle toujours parce que les commerces ferment le midi pour certains (d'ailleurs, comment peut-il y avoir autant de coiffeurs et de pharmacies dans un rayon aussi restreint ?), et je pleure encore la perte de mon Monoprix de quartier (je suis une sale bobo, j'assume), mais je me réconcilie peu à peu avec ma ville.
    Quant à acheter, c'est hors de question pour l'instant.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oh je ne pensais pas que c’était le cas de ta banlieue aussi, elle est plutôt dynamique. Et je confirme : le salon de thé est bien !
      Et tu me fais penser qu’on a une librairie juste en face, franchement décente, ainsi qu’un Monoprix même si ce n’est pas le plus complet.
      Mais c’est clair qu’il faut prendre le temps de découvrir. Et pour ça, faut déjà être dans le bon esprit.
      Je ne me rendais pas compte de tout ça en vivant à Paris puis à Boulogne (c’est là que la biblio est ouverte le dimanche, hum hum).

      Supprimer
  2. Dans ma banlieue chic, tout est mort aussi le dimanche: il y a juste un sinistre Carrefour Express, même pas d'épicerie turque ou marocaine, et pour le reste tout est fermé. Et ça manque de cafés avec terrasses alors que le quartier est agréable. Il y a une très belle et grande place, mais c'est un parking géant. Quant aux restaurants, les seuls qui tiennent sont les Italiens familiaux.
    Ah oui, en été, la commune organise des Apéros Urbains, un repaire à BCBG qui garent leur Range Rover juste à côté, sur le grand parking.

    A part ça, il y a une librairie papeterie avec l'essentiel et une mercerie pour mes fournitures de couture. Et un excellent traiteur italien. Mais aussi au moins 8 coiffeurs tous trop chers.

    Et les voitures sont évacuées de la place tous les mardi, vendredi et samedi matins pour le marché.

    Au final, ce n'est pas si mal ;-)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ah oui c’est un peu les mêmes défauts, que ce soit chic ou pas, c’est un peu mort ^^

      Supprimer
  3. heureusement que tu n'habites pas "en province" !
    je crois que tu ne t'en remettrais pas !
    tout ça ce sont des choix que nous avons chacun selon nos modes de vie, nos envies.
    perso ayant toujours vécu par ici, dans des plus ou moins grandes villes, je pense que j'aurai du mal à me faire à paris (même si je râle tout le temps que je ne peux pas aller voir telle ou telle exposition ! et que quand je cherche qqch je dois fatalement l'acheter sur internet).

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je confirme : quand je suis allée vivre à Bristol, en Angleterre, je me plaignais des bus qui passaient une fois par heure, des boutiques qui ferment tôt, etc... Et bien sûr, je me suis fait « traiter » de Parisienne.
      Question d’habitudes, certes, mais aussi d’envies. Car si beaucoup détestent Paris, il y en a aussi qui l’aiment pour sa vie culturelle, etc. Ceci dit, je ne voulais pas forcément faire de comparaisons province/Paris mais Paris intra muros / banlieue de Paris.

      Supprimer
  4. Ça me fait penser le jour où je t'ai sorti tout à fait naturellement: "oh que c'est agréable ce calme chez toi...bon en même temps c'est normal on est à la campagne" :D

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je m’en rappelle !
      Et d’autres personnes qui sont venues : « oh c’est ... bucolique ». HUM !

      Supprimer