The Joy Luck Club

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Quand j’étais jeune, je croyais dur comme fer au concept de chance. Pour moi, le monde était divisé entre ceux qui ont naturellement de la chance et ceux qui n’en ont pas. Parmi cette chance, il y avait la chance « globale » — être né dans un pays en guerre, pour prendre un exemple bête, ne correspondant pas à ma définition de la chance — et la chance des « petits événements de la vie ». La première dirigeait la destinée générale tandis que la seconde influait sur le quotidien.

Car pour ne pas arranger les choses, je croyais et crois encore en une sorte de destinée, conjonction de différents facteurs pseudo-scientifiques (pays de naissance, rang social, éducation, génétique, tout y passe) et d’un soupçon de mysticisme dont je n’arrive pas à me défaire. À côté de ça, je ne crois ni à la prédestination, ni à la résurrection, ni au karma. La destinée est un motif général, un principe qui guide la vie mais dont il est possible de dévier avec la volonté et donc la chance.

Toujours est-il que je ne sais pas comment je suis arrivée à un tel manichéisme, petite. J’imagine que, dans mon petit monde, je voyais des gens qui avaient la gagne, et d’autres toujours condamnés à subir la malchance. J’imagine que c’était plus facile de croire que ce n’est pas trop possible de changer les choses. Et je me classais dans les malheureux-pas-trop-malheureux : nous étions plutôt pauvres mais pas menacés de mort, je n’avais pas souvent ce que je voulais mais j’avais quand même quelques cadeaux, je participais à plein de concours dans l’espoir de gagner quelque chose « de moi-même », sans succès.

Jusqu’au jour où j’ai remporté une PlayStation (dans un magazine girly et grâce à une question sur les Dalton, ça ne s’invente pas). J’ai cru que ma vie allait changer mais après avoir récupéré la machine, j’ai vite dû me rendre à l’évidence : le téléviseur n’était pas équipé des ports nécessaires pour qu’on puisse y brancher une console. Encore une défaite qui me confortait dans ma vision des choses : j’avais beau me débattre pour me sortir de la case « pas de chance », ça ne marchait pas. J’avais l’impression que ma vie était rythmée par les déconvenues et les déceptions.

Ce n’est qu’au sortir de l’adolescence que j’ai vu plus de choses, plus de gens, et où je me suis rendu compte que si je n’avais pas réussi à m’extraire de ma condition (pouah, comme c’est arrogant), c’était que je n’avais tout simplement pas essayé assez fort. Tout simplement. Alors je me suis donné les moyens de faire les choses, sans m’arrêter sur un échec, en voyant plus grand lorsque j’étais trop timorée, en explorant toujours de nouvelles possibilités et en sortant du puits de la grenouille.

Aujourd’hui, je suis à l’extrême inverse de ce que j’étais avant : je veux toujours y croire, je ne lâche pas souvent le morceau, je dois même apprendre à ne pas vivre que par l’espoir. Pour autant, je ne brandis pas à tout va le fameux « quand on veut, on peut », sûrement parce qu’une partie de moi croit toujours en cette destinée. Mais je ne crois plus en la chance, ou du moins plus en une chance qui nous collerait toujours à la peau ou aurait choisi de nous déserter à jamais. Certes, il y a autour de moi des gens à la chance insolente, mais je ne connais pas tous les détails de leur vie ni les paramètres de leur environnement. En revanche, je crois en la volonté et aux efforts. Et je souris souvent quand je vois le nombre de PlayStations qui se sont accumulées chez mes parents par la suite...

7 commentaires:

  1. Je pense qu'effectivement certaines personnes ont plus d'atouts dans leurs mains, mais c'est le cas à un moment donné et ça peut changer du jour au lendemain. Je crois au timing, aux coïncidences heureuses et malheureuses. Et puis, je pense que pour beaucoup de choses, c'est une affaire de perception: quelque chose que l'on considère comme de la chance peut ne pas l'être par son voisin. Enfin, peu importe le nombre d'atouts, il y a une grande part d'action personnelle : on peut avoir des coups de pouce du destin, des coups de vache aussi, c'est notre manière de réagir qui importe.
    Bref, j'ai envie de croire en un mélange de destin, d'interactions et d'actions :)

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    1. J’aime bien ta façon de voir les choses, que tu expliques super bien et de façon concise :)

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    2. Sur une question qui me taraude depuis des années, je suis contente (et étonnée) d'avoir réussi à transmettre ma vision des choses.

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  2. Il me semble que l'on a déjà eu cette discussion ensemble...et je reste toujours sur ma position, celle de croire au Destin, qu'il n'y a pas de hasard dans la vie.
    Je pense que tout est déjà écrit, de notre naissance à notre mort. Effectivement, on pense avoir ce libre arbitre, mais qui se limite à mon sens à prendre telle ou telle décision à l'instant T. On ne peut pas empêcher les choix que l'on va prendre demain car on va les prendre coûte que coûte en fonction de la situation et du contexte que l'on va vivre. Ce qui prouve qu'il y a un destin formalisé, écrit dans notre conscience, notre intelligence à gérer le quotidien...et par conséquent, chaque épreuve de la vie, chaque combat que nous menons, sont véhiculés par nos décisions nous menant tout droit à notre destinée.

    J'irai même plus loin en disant qu'on a tous une "mission" à accomplir sur cette Terre (pas des missions au sens héroïque du terme, on n'est pas non plus Sangoku ou Sailor Moon^^), mais chacun a un rôle à jouer...
    Bref, le hasard, la chance, le maneki-neko ou encore le muguet...tout ça ne sert qu'à se rassurer, rester optimiste, croire de tout coeur qu'on est voué à une belle destinée...

    ps: Bon 1er Mai!

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    1. Ah ouais carrément ^^ J’ai l’impression d’être propulsée à l’époque des forums hihi !
      Dans ce cas, la décision que l’on croirait prendre de notre plein gré (en fonction des paramètres que tu énonces : contexte, intelligence, etc.) serait elle aussi écrite ?
      Et si elle est écrite « dans notre conscience », j’ose te demander par qui ? :)

      Sur ce, je vais aller méditer tes paroles !

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    2. Oh les forums...nostalgie...quasiment 10 ans...Ada...BREF, nous nous égarons! revenons à nos moutons!

      Je vais répondre en essayant d'être concis.
      Oui, toutes ces décisions que l'on fait malgré nous, émanent avant tout de notre "histoire" (aussi bien avec un "h" minuscule qu'avec un "h" majuscule"), on réagit ainsi selon notre propre passé (individuel) et notre passé historique (commun).
      Je pense que ce n'est pas savoir "qui" mais plutôt "comment"?

      Pour ma part, ce serait donc écrit depuis les origines de la création de la vie (religieuses ou scientifiques, peu importe), et tous ces évènements "historiques"qui s'en suivent. Et toute cette suite logique (fil conducteur du Destin) construite par nos ancêtres, guide aujourd'hui nos décisions et nos actions dans notre conscience/inconscience. Et pour peaufiner le tout, on rajoute évidemment notre vécu personnel (milieu social, éducation...) - c'est clair ou pas? :p

      Ça fait assez "fataliste" comme propos, mais ça fait un bon moment que j'ai cette idée dans la tête et que rien ne me prouve le contraire. Mais finalement, peut être que tout simplement ce débat est complètement stérile, qu'il n'y a pas lieu d'être...à méditer ^^

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    3. Oui oui c’est très clair, ce qui m’amène à penser qu’on pourrait en fait prédire l’avenir (et tous les fous sanguinaires engendrés par l’Histoire...). Enfin, si on avait les capacités de traiter cette masse d’infos et de trouver le schéma récurrent ^^
      En attendant, ça n’empêche pas de vivre !
      Je ne sais pas si tous les débats ne sont pas stériles mais en tout cas, ton avis est intéressant.

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