The Worrier’s Guide to Life — Gemma Correll

, , No Comments
Source

Un titre suffit-il à agrandir une PÀL ? Chez moi, oui.
Quand Armalite a parlé d’une BD avec un titre aussi improbable que The Worrier’s Guide to Life, je n’ai pas hésité longtemps avant d’imprimer le nom de Gemma Correll dans mon cerveau (bon OK, de noter ça dans mon téléphone, soyons honnêtes).
Car certes, je ne suis pas une hypocondriaque chronique mais la couverture et les innombrables questions que se pose Gemma ou son alter ego m’amusaient beaucoup, en particulier « Is everybody laughing at me ? », typique d’une paranoïaque née.
Du coup, quand j’ai senti un creux dans mes lectures — ne cherchez pas à comprendre — je me suis empressée de commander ce guide, avec Elmer, une BD plutôt idéologique — ne cherchez pas à comprendre (bis).

Quelques jours avant que je ne le reçoive, Armalite m’a prévenue que le contenu du livre n’avait pas grand-chose à voir avec son titre. Gloups. Adieu donc le manuel de survie à l’usage de ceux qui aiment faire des nœuds avec leurs neurones ?
Verdict après lecture : oui et non.

Oui car Gemma Correll pousse bien ses délires à fond, en témoignent cette scène de yoga où tout un tas de pensées vient parasiter son cerveau et le calendrier idéal des hypocondriaques pour découvrir chaque jour une nouvelle maladie (avec en bonus des maladies cutanées !). Autant de situations ou d’objets qui devraient parler à ceux dont la passion, volontaire ou subie, est de sur-analyser, de décortiquer à l’infini et d’anticiper tout et n’importe quoi jusqu’à se rendre... malades.

Mais la plupart du temps, l’auteur semble surtout vouloir illustrer d’innombrables détournements publicitaires : vernis, céréales, jeux de société... sont rebaptisés pour exprimer ses angoisses et hurler l’absurdité des slogans marketing. Après le smoky eye (œil charbonneux en bon français), que diriez-vous du foggy eye (œil brumeux) ou du smoky bacon eye (œil bacon fumé) ? Et pour les dépressifs à tendance boulimique : les pâtes revisitées ! Les farfalle deviennent des papillons anxieux, les penne des tubes misérables et les raviolis des lopins de désespoir. Et il y en a beaucoup, des pages comme ça, sur 103.

Je peux donc comprendre que la lecture soit frustrante, d’autant que vers la fin, lorsque Correll a passé au crible tout ce qu’il était possible de fusiller, on peut sentir la lassitude poindre. Mais pour moi qui sortais tout juste d’une longue et déprimante traduction de description de produits cosmétiques où chaque mascara était plus extraordi-flatteur-gigantic qu’un autre, où je me sentais juste bouffée par le capitalisme, le marketing et la superficialité, The Worrier’s Guide a été quasiment salvateur. J’ai pu rire bruyamment, méchamment et bêtement en détaillant les coloris de vernis façon Gemma Correll : paillettes de pellicules, brocolis de la veille et pluie d’amiante, en lieu et place des habituels 50 Nuances de Grey, Vert Palmier et Nuage d’argent. Il faut donc saluer le génie et le cynisme de l’auteur en la matière, qui se moque encore et toujours mieux de ce qu’on nous vend de plus banal sous des appellations mille fois exagérées.

Mais il est vrai que compte tenu de la façon dont le Guide est structuré, les répétitions sont inévitables. Après une première section Santé et hypocondrie très inspirée et qui est la seule à réellement respecter le titre de l’œuvre, on enchaîne sur la « modomanie » ou l’obsession de la mode, puis l’inévitable rubrique alimentaire, en passant par la case amour et désespoir. À partir de la 5e rubrique, on perd un peu pied : l’anxiété pour les adultes, très court et un peu fourre-tout, les voyages qui commencent mal et finissent encore plus mal, les fêtes costumées et enfin les malaises de notre siècle, encore plus foutraque que le reste. Forcément, on reste dans des sujets très girly, amour, gloire et beauté.

En conclusion, il ne faut vraiment pas s’attendre à une description sérieuse des über-anxieux ou alors de façon détournée. Il faut encore moins s’attendre à des remèdes, sous peine de sombrer instantanément dans la dépression.
Cette BD est une sorte de collection plus ou moins structurée des délires de l’auteur, un esprit franchement dérangé mais franchement sympathique. Si vous voulez une lecture rapide et rigolote, bourrée de références culturelles et de jeux de mots douteux, The Worrier’s Guide to Life est pour vous ! Si vous êtes un traducteur marketing au bout du rouleau (le traducteur, car le marketing, lui, se porte magnifiquement bien), cette lecture est aussi redoutable pour lutter contre l’ennui, avant de replonger de plus belle. Et si vous aimez juste les dessins ronds et flashy ou les chats, ça marche aussi.

Source
J’espère que personne ne me lancera jamais une malédiction à l’avocat

0 commentaire(s):

Enregistrer un commentaire