Les livres du hasard

, , 11 comments
Source

Comment choisissez-vous vos livres ? Êtes-vous guidés par le titre, l’auteur, la couverture ?
Pour ma part, c’est d’abord le titre, puis la couverture et enfin, le résumé en quatrième de couverture. Mais parfois, ce doit aussi être le hasard qui choisit, puisque je me retrouve dans des circonstances improbables avec des choses improbables... que je finis souvent par adorer !
Tour d’horizon de mes « livres du hasard »...

1. Les malheurs de Sophie, Comtesse de Ségur : chez mes parents, il n’y a pas vraiment de classiques de la littérature française et c’est dans le supermarché du quartier que j’ai découvert les livres de la Comtesse de Ségur. Je devais être en primaire et j’étais en plein trip « petite fille modèle ». Je ne croyais pas si bien dire. Je traînais aussi longtemps que je le pouvais au rayon livres du supermarché et quand mon père m’a sommée de partir, j’ai pris le premier livre pas trop moche qui se trouvait devant moi (il s’agit d’une édition Rouge D’Or, comme celle de Sans famille, ci-dessous). J’ai adoré lire ces histoires de gamines si françaises (oui, bon), j’ai enchaîné avec Les petites filles modèles, que j’alternais avec Les Quatre Filles du Dr. March. Depuis, mes goûts ont bien changé !



2. Sans famille, Hector Malot : mêmes circonstances, même collection de livres. Je regardais bien de temps en temps le dessin animé Rémi sans famille mais, à ma grande honte, je ne m’étais même pas rendu compte que je venais de me faire offrir le roman original. J’ai assez apprécié sa lecture, que j’ai trouvée plutôt ardue pour des raisons que je ne me rappelle pas.



3. Le Saint, Leslie Charteris : ça, c’est mon côté « bonjour, j’ai 75 ans » ! J’ai découvert cette série au supermarché (bien sûr), dans le présentoir de Librio, l’éditeur des livres à 10 francs (2 € maintenant), et j’étais fascinée par le parcours de cet auteur-aventurier à moitié chinois. Évidemment, Wikipédia n’existait pas, et je ne parvenais pas à trouver plus d’informations sur cet homme fantastique. Il ne me restait donc plus qu’à lire ses histoires et quelles histoires ! Dans ma tête, Simon Templar n’était pas Roger Moore, il était Leslie Charteris (et c’est vrai que l’auteur semble avoir eu une vie tumultueuse) dans l’Angleterre des années 90. Je ne possède que quelques-unes des histoires du Saint, et jusqu’à récemment, je jetais encore un œil aux rayons de livres d’occasion et dans les brocantes, sur les traces du héros de mon enfance...



4. Neverwhere, Neil Gaiman : encore un livre-supermarché et un sacré livre ! Petite, je n’étais guère portée sur la fantasy et la SF (comme ça a changé), donc j’ai lu et relu le résumé pour me décider. La couverture était jolie, mais cette histoire sans queue ni tête, impossible... Gros dilemme intérieur. Finalement, en ouvrant le livre, je suis tombée sur la scène où l’un des méchants croque littéralement de la porcelaine de la dynastie chinoise des Tang. Il ne m’en fallait pas plus. Des années après, j’ai lu quasiment tous les Neil Gaiman (comics compris), religieusement. Dernièrement, j’ai été un peu déçue par ses romans et recueils de nouvelles (Fragile Things et The Graveyard Book). Mais je reste très attachée à Neverwhere et également à American Gods (qui, soit dit en passant, m’a permis de décrocher sans réviser un joli 18 à une dissertation sur la civilisation américaine, en première année de licence).



5. Le Coq de Bruyère, Michel Tournier : recueil de nouvelles pris au pif dans la bibliothèque d’un de mes oncles, le seul à s’être acharné à apprendre le français correctement. Quand il m’a vue avec, à 10 ans, il a pâli, m’a bafouillé tout un tas de trucs duquel je n’ai compris que « références sexuelles », a vérifié compulsivement la chose et m’a laissée repartir avec. Rétrospectivement, je pense qu’il a dû louper ces fameuses références, mais il peut être rassuré : moi aussi ! Je me rappelle avoir été assez fascinée par les mots, l’univers, les personnages, mais c’est à peu près tout.



6. Lord of the Rings, J.R.R. Tolkien : là, j’avais 14, 15 ans, puisque c’était à l’époque de la sortie du premier volet des adaptations de Peter Jackson. Toujours ce même oncle, qui a voulu me pousser à lire ce « super livre », dont il m’a donné... la version anglaise. Si lui a toujours été plus à l’aise en anglais qu’en français, ça n’a bien évidemment jamais été mon cas et encore moins au lycée ! J’étais en plus une ado très désillusionnée qui refusait à nouveau de lire de la fantaisie. J’étais très embêtée de ne pas m’intéresser à cette magnifique édition, donc j’ai juste longuement étudié la carte puis j’ai restitué le livre à mon oncle. Aujourd’hui, j’ai bien entamé Bilbo le Hobbit mais je n’ai toujours pas comblé mon immense lacune tolkienne.



7. Les amours interdites, Yukio Mishima : je devais être au lycée et je cherchais compulsivement À rebours de Huysmans à la bibliothèque municipale (spoiler : je ne l’ai jamais trouvé et jamais lu). Comme j’étais légèrement obstinée, j’ai parcouru et re-parcouru les rayons, jusqu’à me retrouver à la lettre M et tomber sur Mishima. Le titre m’a paru étrange, je me suis rendu compte que je n’avais jamais lu de littérature japonaise de ma vie, et hop, Les amours interdites était chez moi. Une semaine après, j’achetais Confessions d’un masque à Gibert Joseph et à ce jour, je reste fascinée par le personnage de Mishima.



8. Un ange est passé, Frank Ronan : en parlant de Gibert Joseph, c’est là que j’ai traîné une bonne partie de la fin de mon adolescence. Toujours en déambulant dans les rayons, je me suis retrouvée devant une étagère remplie de livres des éditions du Serpent à plumes. Coup de cœur pour la couverture d’Un ange qui passe, de l’Irlandais Frank Ronan. Le titre ne me disait trop rien, mais le résumé me tentait bien et c’était l’occasion de découvrir l’Irlande. Le choc : une belle écriture sans fioritures, une certaine mélancolie que j’ai retrouvée dans beaucoup d’œuvres de ce pays, une grande finesse dans l’analyse des sentiments. J’étais conquise ! Aujourd’hui, la France ne connaît toujours pas bien Ronan (prix Aer Lingus, rien que ça), qui n’est d’ailleurs pas très prolifique mais fait partie de mes auteurs préférés. J’ai tout lu de lui, en français et en anglais, sauf H0me, auquel je n’accroche absolument pas !



9. The Opposite of Fate, Amy Tan : fraîchement arrivée à Bristol, en 2007, je suis allée faire un tour dans la bibliothèque de la fac. Gros, gros coup de stress : l’endroit était énorme et je n’osais même pas aller au-delà du petit coin aménagé juste derrière les portiques. Alors j’ai fait semblant d’étudier avec attention les quelques livres perdus devant moi. Au bout de 10 minutes, n’en pouvant plus, j’ai pris un livre qui se trouvait à portée de main et je suis rentrée dans ma chambre d’étudiante, dans la détresse la plus totale. J’ai quand même ouvert mon livre, tant qu’à faire, et ai découvert l’un de mes pouvoirs inutiles : trouver du chinois sans en chercher (le premier qui dit « ils sont partout »...). Moi qui ne savais même pas qu’on pouvait parler si justement des affres de la double culture à travers sa mère envahissante, j’ai été soufflée. Chaque mot, chaque situation sonnaient juste. Je ne voulais plus rendre le livre à la fin... Par la suite, j’ai essayé de lire d’autres œuvres d’Amy Tan (qui, je l’ai appris, est loin d’être une inconnue) mais je n’y ai pas trop accroché. J’ai vu le film The Joy Luck Club, tiré de son roman éponyme, et je l’ai détesté viscéralement. Aujourd’hui, je rêve qu’un auteur français d’origine chinoise écrive « la même chose ». Ou de traduire The Opposite of Fate, ce serait bien aussi.



10. Shortcomings, Adrian Tomine : merci l’Angleterre, encore une fois ! La BD que Delcourt a publiée sous le titre Loin d’être parfait, je l’ai prise au hasard dans une librairie Waterstones (je crois), dans le bac des livres soldés, avec une jolie édition en couverture souple de The Dark Knight Returns de Miller, que j’avais déjà lu. Et bien m’en a pris, car après Amy Tan, je découvrais encore un autre auteur talentueux d’origine asiatique, ce qui m’aidait beaucoup alors que je traversais sans le savoir une sorte de crise identitaire. Aujourd’hui, je suis bien contente de voir d’autres œuvres de Tomine sortir en France : courez lire Les Intrus, son dernier chef-d’œuvre, c’est chez Cornélius ! :)



Je serais curieuse de savoir si vous avez, vous aussi, découvert des livres au hasard,
et surtout, dans quelles circonstances saugrenues :)

11 commentaires:

  1. Tiens, voilà une excellente catégorie de livres ! On peut d'ailleurs dire que tu es souvent tombée juste, c'est impressionnant.
    J'ai adoré la comtesse de Ségur, et je la relis régulièrement avec plaisir, mais c'est impressionnant de voir à quel point mon regard sur ses œuvres a évolué. Je ne suis même pas certaine de les laisser lire à la Crevette un jour, pour être honnête...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. N’hésite pas à reprendre cette « idée » de post, je suis sûre qu’il y aura de belles choses aussi dans ta liste.
      Oh je ne suis pas toujours tombée juste mais j’imagine que je ne retiens que ce qui m’a plu. Quoique pour les romans, je ne prends pas forcément beaucoup de risques (ou seulement en biblio), je tente plus de choses en BD.

      Haha, tout pareil pour la Comtesse de Ségur. Mais quelque part, ça me rassure : c’est pas parce qu’on a lu des choses un peu réductrices pour les femmes/filles qu’on a une vision réductrice des femmes :)

      Au fait ! http://www.belfond.fr/site/des_petites_filles_modeles_&100&9782714460493.html

      Supprimer
  2. Nombre de ces livres ne me parlent pas mais d'autres oui. C'est très éclectique, je trouve ça génial. Il faut que je lise Neverwhere de Neil Gaiman, j'ai adoré le film, même si je sais qu'il est radicalement différent.
    POur le seigneur des anneaux, je l'ai lu à 22 ans et je dois dire que c'est un sacré pavé. Et on aime ou on n'aime pas c'est clair. Les descriptions sont trèèèèèèèèès longues.
    Ah la comtesse de Ségur, des souvenirs d'enfance, mes parents m'avaient acheté un lot comprenant les malheurs de Sophie et L'île au trésor. je les ai dévorés.
    Pour ce qui est de mes rencontres inattendues, j'ai lu Marius et Fanny dans la bibliothèque de mes grands parents, alors en vacances et que je m'ennuyais de mes livres. Je l'avais adoré.
    Le hasard m'a aussi menée à "La vallée des chevaux" de Jean M. Auel, superbe livre sur la préhistoire, romancé bien sûr mais un peu olé olé aussi pour mes 14 ans mais j'ai vraiment adoré ! J'ai par la suite dévoré les autres volets.
    Il y a eu aussi "Belle" dont l'auteur m'échappe, premier livre que j'ai acheté avec mes économies et qui a une signification très importante pour moi. La revue du conte de la Belle et la Bête.
    Après ce sont aussi les près d'une copine qui m'ont marquée : le hun blond de Cavanna que je trouve juste génial tant par l'humour que par l'apprentissage historique qui en découle.
    La trilogie des joyaux de David et Leigh eddings que j'ai découvert grâce à la couverture qui a attiré mon oeil. J'ai commencé à lire sans savoir à quoi m'attendre et j'ai fini les yeux pleins d'étoiles et le sourire aux lèvres.
    Il y en a tant et tant dans ma bibliothèque qui ont fini dedans juste sur un coup de tête ou un coup de coeur que c'est dur de tout décrire. J'ai juste pondu un roman fleuve ( encore une fois)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Neverwhere se lit trèèès bien ^^

      Et je sais que Le seigneur des anneaux est très descriptif (le Mordor, le Mordor). D’ordinaire, ça ne me dérange pas même si je n’en suis pas très amatrice, mais pas sûre que je tienne le coup avec Tolkien xD

      Ah, L’île au trésor, j’ai dû le lire en classe, je n’ai pas trop aimé, va savoir pourquoi.

      Pour Belle, que je ne connais pas, j’ai trouvé comme auteure Robin McKinley, c’est elle ?

      Et je ne connais pas du tout tes autres lectures, effectivement, on a des listes très différentes ^^

      Supprimer
  3. Je choisis mes livres principalement par la couverture, ce qui est en soi déjà un genre de hasard vu que parfois je ne lis même pas le résumé! Il y a aussi cette époque où je participais au challenge ABC qui consistait à lire des livres d'auteurs aux initiales de l'alphabet, ce qui forcément m'a poussée à varier les lectures. Sans compter les livres offerts. Qui me viennent comme ça, Harry Potter 1 et 2 lorsque je devais avoir 11 ans. Le premier film n'était pas encore sorti, je n'en avais pas encore entendu parlé (c'etait ma période Evelyne brisou Pelen) je les ai dévorés.et The Guernsey literary and potato Peel Pie Society, choisi sur couverture.
    Ps: ma mère me lisait Bilbo enfant, j'en ai un souvenir mitigé (disons que j'étais peut être un peu jeune). J'ai lu Le seigneur des anneaux à la sortie du 1 au ciné. Je suis directement passée à la lecture du 2 pour avoir la suite des aventures, j'ai eu du mal, donc au milieu j'ai bifurqué sur le 1, c'était plus facile, et la deuxième partie du 2 et le 3 ont été très faciles à lire. Je pense que c'est un style d'écriture auquel il faut s'habituer. Par contre j'ai essayé à nouveau de lire Bilbo, sans grand succès...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oh, je ne pourrais pas ne pas lire le résumé ! Déjà que, parfois, ni la couverture ni le résumé ne correspondent au livre.

      Ohhh, Brisou-Pelen, souvenirs souvenirs. Mon défi pour 2017 sera de lire Harry Potter ! À chaque fois que je tombe sur les films/des news/une fanfic, je me dis que je devrais accrocher. C’est juste que j’avais 11 ans quand c’est sorti, et à 11 ans, j’étais en plein dans les romans réalistes et conspuais la fantaisie. Stupide.

      Je lirai aussi les best-sellers que tu cites, un jour, quand j’aurai 80 ans ^^ Beaucoup m’interpellent mais je suis trop lente et ai ma propre liste à écluser.

      Supprimer
  4. J'aime beaucoup la démarche du post :) La rencontre de livre pour laquelle j'ai beaucoup d'affection, c'est celle d'une toute petite édition des Fleurs du mal de Baudelaire, reliée en cuir bleu nuit et détails dorés. Mes grands-parents récupéraient tout et n'importe quoi pour faire des brocantes et leur grenier était tout un monde ( extrêmement bien rangé). Ma famille n'est pas très éduquée et ce grenier de brocante était le seul endroit où il y avait des livres. Je pense qu'à 10 ans, j'ai été surtout séduite par la beauté de la reliure mais je me souviens que le portrait austère de Baudelaire et le premièr poème adressé au lecteur (L'ennui) m'avaient fait forte impression. j'ai aimé la violence des termes et je pense que ça a marqué mon rapport a l'ennui ( l'exigence d'activités vivifiantes et le rejet des divertissements futiles qui font dire à mon compagnon aujourd'hui que je ne sais pas "ne rien faire" ou "m'occuper pour passer le temps" ;) )

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oh, quelle chance d’avoir découvert un tel livre dans de telles conditions.
      Je suis quand même rassurée que Baudelaire et toi ne partagez pas exactement les mêmes divertissements ^^

      Supprimer
  5. Je n'ai pas de souvenirs de livres du hasards mais j'ai par contre des souvenirs de livres qu'on m'a longtemps conseillé, que je voulais pas lire et que finalement j'ai adoré (par exemple, le Palanquin des Larmes que ma mère m'a mis entre les mains une dizaine de fois en m'entendant me lamenter "j'ai rien à lire..." et que j'ai finis par dévorer un été d'ennui).
    Je choisis mes lectures par l'auteur et/ou la collection si je connais. Sinon par la couverture, le titre puis le résumé. Ça a d'ailleurs été problématique lorsque je suis passée du rayon ados au rayon adultes de la bibliothèque... tous ces rayonnages blancs... Rien ne me tentait alors que j'avais sans souci lu la totalité du rayon ados (ou presque...)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. ah oui, et je déteste les Malheurs de Sophie... Je ne comprenais pas comment on pouvais être aussi stupide que cette bécasse de Sophie qui se met tout le temps dans la mouise... Elle n’apprenait jamais rien de ses bêtises, ça me mettait en rage, dans ma tête j'étais tout le temps en train de me dire "mais t'es bête, ne fais pas ça
      !!"

      Supprimer
    2. Ah oui, ça ferait un (autre) bon sujet, les livres refourgués de force qui finissent par nous plaire ^^
      Et oui, les couvertures sont globalement tristounes. C’est l’une des raisons pour lesquelles j’aime tant les livres américains et anglais !

      Haahahahaha, merci pour le gros coup de rire pour Sophie. J’étais une petite fille très sage, donc je l’ai lu comme un manuel de ce qu’il ne faut pas faire (genre, heu, mettre mes pattes dans de la chaux puis me retrouver coincée dedans ?!). Ses cousines (enfin, les petites filles modèles quoi) me plaisaient bien plus. En plus, elle était colérique, Sophie !

      Supprimer