Sprechen Sie Deutsch?

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Rapide conversation que j’ai tenue avec des touristes allemands, peu avant d’entamer mes études d’anglais et d’allemand :
Eux : Huh, excuse me, do you speak German?
Moi : Entschuldigung, sprecht ihr Englisch??
Eux : Hmm nein, sorry...
Moi : *s’enfuit en courant*
C’était pas glorieux, hein, eux qui me demandent en anglais si je parle allemand et moi qui leur bafouille en allemand la seule phrase que je connaissais...

Certes, j’ai toujours été relativement nulle à l’oral, mais en allemand, c’était pire que tout : je faisais un vrai blocage, j’oubliais tout ce que j’avais appris, rien ne me venait naturellement.
L’allemand, c’est cette langue que j’ai commencée en 4e sur de très bons conseils, mais dont je ne savais pas quoi faire jusqu’à ce que... j’en fasse mon métier.
Si si, j’vous jure, c’est possible de partir de très bas et de bien se débrouiller en langues étrangères, petit à petit.

Petit témoignage.

Remontons aux sources : en 4e donc, il fallait choisir une deuxième langue étrangère. Les langues latines ne m’ont jamais trop intéressée (culturellement parlant) (pardon), je ne voulais pas faire de chinois car je prenais déjà des cours depuis mes 6 ans, donc par défaut, c’était l’allemand. Qui avait (a toujours ?) mauvaise presse, donc j’hésitais. Mais un membre de la famille qui occupe un bon poste qui lui fait voir du monde et des cultures m’a conseillé d’apprendre la langue de Goethe, justement parce qu’il y aurait une pénurie de germanophones. Quel visionnaire, quand même.

Donc j’ai commencé cette langue, me débrouillant à l’écrit car de toute façon, l’oral existe à peine au collège-lycée, apprenant les choses par cœur, et obtenant – de mémoire – 15 au bac (scientifique, je précise, ce qui ne doit pas valoir grand-chose). Puis est arrivée la fac, je me suis inscrite par défaut en Langues Étrangères Appliquées anglais – allemand, sans trop savoir dans quoi je mettais les pieds. Heureusement, nos profs étaient bien au courant de notre niveau pitoyable : pendant qu’en anglais, on analysait des points assez poussés de grammaire applicative, en allemand, on revoyait les déclinaisons de base !

Encore une fois, pas de problème, j’apprenais tout sagement et m’en sortais. Moins bien qu’en anglais, mais assez pour obtenir une licence avec mention. Puis est arrivé le Master de traduction, où j’ai commencé à avoir mes premières difficultés de compréhension. Normal, je n’avais quasiment aucun contact avec la langue, aucun élément culturel, aucun lien avec les pays germanophones. J’ai travaillé d’arrache-pied, à grand renfort de par cœur, et c’est passé. Encore une fois, il y avait un bel écart entre mon anglais et mon allemand, mais bon.

Puis j’ai obtenu mon premier CDI. Dans une entreprise suisse. Avec quasiment que des textes en allemand. Gros, gros, gros malaise tous les jours. Je me sentais tellement peu à ma place, à galérer pour des choses simples, à me poser mille questions, à être malgré tout « consolée » par certains collègues. D’un commun accord avec le patron, je me suis envoyée un mois à Hambourg, mon premier voyage en Allemagne (dingue, hein ?). J’étais résolue à y parler allemand et à réapprendre la langue sauf que... la famille qui m’a accueillie était taïwanaise, le gag. Elle m’a pas mal taquinée et bousculée en me parlant allemand mais évidemment, je ne me suis pas gênée pour choisir la solution de facilité et lui répondre en chinois – avec l’accent taïwanais en plus, puisque mes premières enseignantes étaient taïwanaises. Quant à l’école de langues, les cours étaient vraiment trop simples pour moi et je n’avais pas la possibilité de changer de niveau. Malgré tout, être sur place, rencontrer des Allemands et baragouiner quelques mots, ça m’a décoincée. Le séjour a été trop court pour que je progresse réellement, mais je me rends compte aujourd’hui qu’il m’a vraiment aidée.

De retour à Paris, j’ai changé de boîte deux fois et à mon dernier poste en salariée, je n’ai pas non plus échappé à l’allemand. Sauf que je me suis sentie plus confiante. À force de lire et de relire dans la langue, des choses ont fini par entrer dans ma cervelle, des automatismes se sont imprimés. D’autant que je faisais beaucoup de révision, c’est-à-dire que je peaufinais des traductions (dans le meilleur des cas) voire les réécrivais (dans le pire). Malgré tout, quand je me suis mise à mon compte, je ne pensais pas avoir beaucoup de commandes depuis l’allemand : pour moi, c’était encore trop associé aux manuels d’instructions parce que l’Allemagne, les machines-outils, deutsche Qualität, tout ça. Naïveté et bêtise ! C’était oublier le marché suisse et tous les autres domaines que les Allemands et les Autrichiens ont, eux aussi, évidemment : le tourisme, la gastronomie, le marketing. Mes domaines de spécialisation, quoi.

Donc, il a fallu que je m’y mette. Gros bottage de cul, lectures un peu forcées, magazine (notamment Missy, dont je parlais dans mon bilan de lecture), projet sur projet sur projet...
Et justement, alors que je pensais que je lirais Missy avec difficulté, il n’en a rien été ! Certes, c’est un vocabulaire auquel j’ai rarement droit dans mes traductions, mais j’ai été agréablement surprise de constater que ce n’était pas la mer à boire. Les automatismes reviennent, les structures se mettent en place, et les mots que je ne connais pas, je peux les chercher dans le dictionnaire ou les deviner. La seule chose regrettable, c’est que je n’ai plus du tout la mémoire que j’avais, adolescente, et que je ne retiens plus aussi bien les nouveaux mots.

Bref, tout ça pour dire que j’aimerais pouvoir retourner voir mon moi d’il y a *kof kof* 10 ans et lui dire que sa nullité en allemand n’est pas une fatalité et qu’elle devrait se bouger le derrière pour assimiler tout ce qu’elle peut dans cette langue. Même si elle n’a pas l’impression d’apprendre, même si elle semble être passive, en réalité, elle assimile.

Et pour ça, rien de mieux que la culture, à mon sens. Quand j’étais en 4e, mon prof d’anglais nous faisait regarder des bouts de documentaires et de films une première fois avec les sous-titres français, puis une deuxième et une troisième fois avec les sous-titres cachés. Entre deux visionnages, on apprenait des structures grammaticales basées sur ce qu’on avait vu. Méthode de génie ! Quand on regarde ou lit quelque chose qu’on aime bien, on a envie d’en apprendre plus.
Pêle-mêle :
- séries télévisées et films, avec ou sans sous-titres : combien de gens ont appris des expressions bien américaines grâce à leurs séries favorites ? Certes, on ne part pas à l’étranger ou on ne fait pas une conf call en anglais à renfort d’argot, mais ça aide à se donner confiance. Et ça travaille l’accent.
- magazines : absolument génial de lire sur des sujets qui nous intéressent dans la langue où on veut se perfectionner. Non seulement parce qu’on est en terrain connu mais aussi parce que la terminologie rentre plus facilement.
- Twitter : formidable source pour se familiariser avec le langage parlé et les abréviations, en plus de donner accès à tout un tas de comptes axés sur l’apprentissage des langues étrangères, type « un jour un mot ». Personnellement, je m’en sers beaucoup pour le japonais et le français !
- échanges linguistiques : un peu plus difficile car il faut trouver une personne qui a à peu près son niveau et avec qui on a des choses à raconter, mais de ce qu’on m’a dit, les résultats sont là. Et puis c’est moins impressionnant de parler avec quelqu’un qui recherche la même chose que soi et qui fait au moins autant de fautes.
- séjours à l’étranger, même courts : eh oui, même un petit mois à Hambourg, même dans une famille d’origine taïwanaise, même en ayant l’impression de n’avoir parlé à personne, j’ai un peu progressé. L’essentiel est de se lancer.

Bien sûr, ces conseils ne conviendront peut-être pas à tout le monde, j’énumère juste ce qui a marché pour mon entourage et moi. Quoique, pour les échanges linguistiques, je ne suis pas sûre : j’ai vu une fois ou deux une fille chinoise qui aimait les comédies romantiques et moi pas du tout... Mais pas grave, pour le chinois, je lis des mangas ^^ Enfin, pour revenir à l’allemand, je pense avoir fait du chemin : j’ai dû rédiger pas mal de mails en allemand et récemment, j’ai réussi à tenir une conversation téléphonique, toute en sueur et en tremblements, mais mon interlocutrice et moi nous sommes comprises. Du coup, maintenant, si les touristes d’il y a 10 ans apparaissaient devant moi, j’aimerais pouvoir leur dire : ja, ich spreche Deutsch. Ein bisschen.

12 commentaires:

  1. Quel bel article, dans lequel je me retrouve totalement - sauf que je n'ai pas encore réussi à surmonter le trauma de l'allemand (15 à l'écrit au bac L, c'te blague) ni mes blocages en japonais. Je suis parfaitement d'accord avec tes conseils et la façon dont il faut envisager le langage :)
    Lorsque j'avais 17 ans et ma soeur 14, mon père nous a emmenées une semaine à New York. Ma soeur n'a pas parlé un mot d'anglais, mais a gagné deux points de moyenne dans la matière rien que parce que son oreille s'était faite aux accents. Comme quoi...

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    1. Merci beaucoup =)
      En japonais, toi ? Argh, comme quoi ! Je trouve qu'il y a un vrai souci avec l'oral en France. On nous apprend à écrire et à répondre à un QCM, mais pas à parler.
      Et c'est clair que les séjours (Erasmus ou autre) sont une bénédiction !

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  2. Un article très juste. Là où ça devient complexe c'est lorsque tu te retrouves face à une langue où tes moyens de perfectionnement/consolidation sont limités. Et là, même lorsque tu la parles depuis tes 3-4 ans, que tu as fait ta scolarité complète dans cette langue, que tu as eu 18 au bac... ça fait TRES mal lorsque tu t'aperçois qu'il y a des choses basiques que tu oublies.
    L'allemand, ma grosse déception d'avoir choisi espagnol à la place... (pour après essayer d'oublier un maximum de cette langue pour ne pas m'emmêler les pinceaux avec l'italien - ça valait le coup tiens!)
    Mais effectivement, rien n'est définitif et j'espère toujours améliorer mon italien (et bafouiller un jour en allemand). Manque plus qu'à!

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    1. Laisse-moi deviner... tu fais allusion au breton ? :'(
      Je reste persuadée que tout se réacquiert, mais qu’il ne faut pas chercher à tout prix à retrouver son niveau d’antan, du moins pas tout de suite.
      Sinon, en Suisse, tu aurais l’occasion parfaite de parler italien et allemand :D (le breton, je ne sais pas !).
      Enfin, j’espère que je ne mélangerai pas les kanjis japonais et les sinogrammes, que ce soit au niveau de la prononciation parfois très proche ou du sens, proche mais pas identique. Gâh.

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  3. Aha, allemand depuis le CE2 (ça fait genre 20 ans d'allemand o_O), originaire d'une région germanophone et bah je suis toujours au même point qu'il y a 20 ans.
    Enfin non, je comprend relativement bien, je lis aussi, mais parler on en parle même pas, j'ai un manque énorme de vocabulaire et ça me bloque. Le point positif c'est que pour le reste si je m'y mettais vraiment je devrais gérer. J'ai toujours pas digérer mon 16 à l'oral (L'ORAL !!?) de mon BTS tourisme alors que j'ai débarqué comme une fleur en réutilisant le vocabulaire dans la vidéo de base de l'oral. Enfin ça veut dire que y a des bases hein.

    Bref, tout ça me désespère quand même un peu, faudrait que je le bosse mon allemand, ça me ferait chier de tout perdre.

    (et je suis devenue bilingue en anglais en lisant des mangas, comme quoi ... Et mes bases de japonais, enfin quasiment tout mon japonais en fait, viennent des animés alors ...)
    Breeef (commentaire loooong)

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    1. CE2 ?!! Tu étais dans une classe « spéciale » ?
      Quand j’étais en primaire, il n’y avait pas de langue étrangère au cursus.
      Ça sert quand même, puisque tu comprends bien. Perso, j’ai toujours été une buse à l’oral, en actif ou en passif.

      Ce qui est dur avec l’allemand, c’est que culturellement (pour moi en tout cas), il n’y avait pas de choses aussi attirantes que les séries américaines ou les mangas et films en chinois, du coup, je n’ai pas pu cultiver cette langue aussi bien que les autres. C’est avec le travail que c’est venu, à ma plus grande surprise.

      Bon courage pour le japonais ^^

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    2. Nope, j'avais juste la chance d'habiter près de la frontière et d'avoir un prof qui appliquait les directives et qui en plus parlait allemand.

      J'ai exactement le même problème que toi en fait, malgré le fait que j'habite près de la frontière c'est pas très attirant comme culture.

      Aha merci! Je m'en sors plutôt bien avec mes "bases" ^^

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  4. Totalement d'accord avec toi sur le point de l'oral en france, j'ai une très bonne note au TOIEC mais je suis bloquée à l'oral pour communiquer mes idées... Je comprends ce qu'on me dit mais je n'arrive pas à répondre, tellement frustrant.
    Et les voyages, c'est comme ça que j'ai eu mon déclic en anglais, ça aide tellement, c'est vraiment une chance de pouvoir voyager à ce niveau (...enfin, à tous les niveaux en fait).
    Merci de tes conseils d'il y a quelques mois, passer aux sous titres anglais plutôt qu'aux sous titres français sur les séries aide vraiment, suffisait de sauter le pas.

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    1. Jamais passé le TOIEC (comme plein de traducteurs) !
      Et de rien pour les sous-titres, comme tu vois, ça vient de mon prof de 4e !

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  5. Mon allemand a pratiquement disparu après mon année en tant qu'assistante aux Etats-Unis. Il est revenu un peu (j'ai eu mon diplôme de traduction avec l'allemand en langue C). J'ai lu un peu en allemand après, mais je n'ai jamais eu l'occasion de travailler avec cette langue (mais j'ai eu quelques demandes). Ca fait plusieurs années que je dis que je vais m'y remettre (et au japonais), mais le temps passe et toujours rien. Peut-être cette année. Super intéressant ton article.

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    1. Tiens, on en a peut-être parlé, mais il me semble qu’on sort de la même école, non ? J’ai fait l’ÉSIT pour ma part.
      Oui, on a toute une vie pour apprendre. Le japonais, j’ai commencé il y a bientôt 3 ans mais à une vitesse tellement lente que c’est ridicule.

      Sinon, je viens de me rendre compte que je t’ai ajoutée dans mes flux RSS mais que tes billets ne m’ont jamais été remontés. Du coup, j’ai plein de billets « en retard » à lire, youpi ^^

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  6. Oui, nous avons fait la même école. J'ai eu mon diplôme en 1991.
    Et moi, j'ai commencé le japonais il y a presque 30 ans. A chaque fois je me dis que j'avais été plus sérieuse, j'aurais appris mes 3000 kanji depuis longtemps.

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