Le Graal

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Lundi, j’ai passé mon examen de conduite pour la 3e fois et j’étais persuadée de l’avoir raté.
Mardi matin, suite au SMS d’une autre candidate, j’ai consulté mon dossier en ligne et j’ai eu confirmation que j’ai été ajournée.
Mardi après-midi, ma monitrice m’a appelée pour me dire que (suspens) (roulements de tambour) (vous vous en doutez) j’ai obtenu mon permis ! Quelques cris, couinements et palpitations plus tard, j’ai compris que j’avais regardé le dossier de mon précédent passage et que le « bon » n’était pas encore arrivé.
Mercredi matin, j’ai eu accès à ma toute dernière évaluation et j’ai pu télécharger la preuve tangible (numériquement tangible) que j’étais bien jeune conductrice.

Voilà qui clôt ma quête du Graal, mon parcours du combattant, mon chemin de cr... bon, j’en fais peut-être un peu trop. Mais si peu...
J’avoue que j’attendais avec impatience le jour où je pourrais écrire ces lignes. J’avais dans l’idée de tout raconter, des petits déboires aux grandes malchances, mais finalement, maintenant que c’est passé ou presque, je n’ai plus envie de revenir sur tous les détails et me contenterai des grandes lignes. Ce qui fait tout de même un petit pavé, le seul à être affublé du tag « permis » sur ce blog.


Cela dit, c’est quand même avec une joie perverse que j’ai effacé de mon navigateur les liens vers des vidéos de centres d’examen et autres forums de conduite (un monde fabuleux). Et ce sera la même chose quand j’enlèverai enfin de mon téléphone toutes ces photos de feux de voiture et les questions de vérification. Promis, je conduirai prudemment quand même :)

Parce que franchement, j’en ai ch*é. En bonne Parisienne, je n’ai jamais été « intéressée » par le permis de conduire et avec un père taxi, je n’ai pas du tout été poussée à l’auto-école à mes 18 ans. En plus de ça, j’ai une vue assez basse qui fait que, même si je ne me cogne pas contre les poteaux, on ne peut pas dire que j’aie une vision panoramique ou une vue perçante. Avec tous ces facteurs conjugués, j’étais le parfait cliché de la personne qui ne sait absolument pas à quoi servent les trois pédales du poste de conducteur et pour qui des indications comme « la Renault 500 noire » étaient tout sauf parlantes.

Petite avancée dans le temps, quand le grand-père de monsieur est décédé, en 2012, nous avons hérité de sa voiture car toute la famille en avait déjà une. Bien sûr, c’était une grosse blague car ni monsieur, ni moi n’avions le permis. C’était aussi un moyen pour le père de monsieur de nous pousser à apprendre à conduire et ça a marché. Nous nous sommes donc inscrits dans une auto-école près de chez nous, franchement à reculons.

Délestés de 1 300 € chacun, nous avons commencé les cours de code. Assez vite, monsieur a passé avec succès son examen. Pour moi, ça a été à l’image de ces quatre années de souffrance : laborieux. Je ne pouvais assister aux cours que le samedi matin (pas le moment de la semaine où la motivation est à son comble, n’est-ce pas) et franchement, je n’arrivais pas à me mettre en tête la logique du code de la route. Rappelons tout de même que quand ma mère a décidé sur un coup de tête, en 2001, d’obtenir son permis (à presque 50 ans et sans parler le français), c’est moi qui l’ai accompagnée à ses cours pour tout lui expliquer. Rappelons aussi que vers 2009, j’ai fait un job d’été qui a consisté à rédiger des questions de code de la route pour une sorte de start-up ! Bref, ces expériences passées et effacées de ma mémoire ne m’ont pas aidée à valider rapidement mon code, puisqu’il m’a fallu quand même trois essais en tout. Hilarité et jubilation de ma mère, qui avait réussi à sa deuxième tentative. Compassion et craintes de mon père. Fatigue et fatigue de moi. Nous étions déjà en 2014.

Ensuite, ça a été les premières heures de conduite. Pas une franche catastrophe, mais on ne peut pas dire que j’apprenais vite. D’une part, je ne suis objectivement pas douée et ça m’a menée à des réflexions désespérées. D’autre part, je n’étais aidée ni par la monitrice folle furieuse qui roulait sur le trottoir et était installée en tailleur (!!), ni par mes cours du samedi qui étaient annulés relativement souvent. Prendre un cours par semaine, puis arrêter deux semaines et en reprendre deux autres derrière, la plupart du temps avec une monitrice pas pédagogue qui n’enseigne pas les bases, ça aurait porté préjudice à la majorité des élèves, je pense. Le fait est que je n’arrivais pas à avoir une vision d’ensemble de la route et du comportement de ses usagers. Heureusement, assez vite, monitrice-folle-furieuse a été dégagée car je n’étais pas la seule à m’en plaindre et j’ai hérité d’une super monitrice très pédagogue (et très patiente).

Mais sans surprise, j’ai raté une première fois mon examen malgré un examinateur plus que gentil et des conditions plus qu’idéales. J’étais quand même rassurée par le fait que j’avais obtenu assez de points en commettant une faute éliminatoire. Rebelote, j’ai repris des cours mais avec des moniteurs et des voitures différents. À mon deuxième passage, juste avant de partir au Japon, je n’arrivais presque pas à maîtriser les pédales, très lâches, mais je m’en suis quand même tirée avec suffisamment de points et... toujours une erreur éliminatoire. Le bon côté des choses, c’est que je pensais avoir 5 points sur les 31 totaux – il faut dire qu’encore une fois, je suis tombée sur une examinatrice très gentille. Le mauvais, c’est que l’addition commençait (ou continuait) à faire très mal, j’avais un nombre incalculable (mais calculé) de leçons derrière moi, je regrettais amèrement de ne pas avoir fait une formation accélérée même si j’étais encore salariée à l’époque de mon inscription et je me demandais s’il fallait que je loue un véhicule à double commande avec mon père ou un ami. J’ai même demandé l’aide du mari de ioionette, que je ne connais pas bien mais que je remercie sincèrement, c’est dire. 

Des « si » et des « mais » plus tard, nous sommes fin avril 2016, l’auto-école a recontacté monsieur pour son deuxième passage. Car oui, en plus, nous sommes à deux dans cette galère, sauf que je le pense plus doué que moi (mais plus stressé encore). Comme il ne pouvait et ne peut encore rien faire en raison de sa formation, j’ai pris sa place, ultra-motivée à en finir. J’ai eu, semble-t-il, un déclic car je me sentais prête à me véhiculer ou véhiculer des gens. Ce qui ne m’a pas empêchée de faire des bourdes pendant mes cours car je reste la reine de l’auto-sabotage. Le dernier cours s’est d’ailleurs tellement mal passé que je suis arrivée lundi la mort dans l’âme. Une fois dans la voiture, je n’avais plus qu’un filet de voix croassante.

Pour commencer, après m’être préparée, mis la première et tout le toutim, il a fallu que l’examinateur (le même qu’à mon premier passage) me rappelle gentiment... d’allumer le moteur. Je me demandais déjà si j’étais ajournée, à ce stade. Ensuite, ça ne s’est pas trop mal passé et mon stationnement m’a semblé correct, jusqu’au moment où on est descendu pour faire des vérifications et où je me suis rendu compte que j’étais bien parallèle au trottoir mais... pas dans l’emplacement, dont je n’avais même pas vu les traits au sol. Il aurait suffi d’une marche arrière pour être dans les clous, mais non, je ne l’ai pas fait. C’est en reprenant la route que les choses se sont gâtées, puisque j’ai repéré un feu tricolore qui allait virer à l’orange, que j’ai traîné autant que possible pour pouvoir freiner en douceur, que le feu ne voulait toujours pas changer de couleur et qu’au moment où j’ai réaccéléré, il a décidé de me barrer la route. J’ai donc freiné assez fort après avoir jeté un œil dans le rétro. En prime, au redémarrage, j’ai légèrement glissé vers l’arrière. En arrière-plan de mes pensées, je voyais donc déjà mon exil dans un bourg de moins de 50 âmes pour passer mon permis à 20 km/heure, ma vitesse de croisière. Enfin, juste avant de retourner au point de départ et franchement perdue dans mon angoisse, j’ai vu de justesse qu’il fallait que je cède le passage à un rond-point, au moment même où l’examinateur me l’a fait remarquer. Pour moi, mon permis était déjà enterré six pieds sous terre.

En rentrant, j’ai évité de trop gamberger : est-ce que j’ai vraiment freiné au feu orange ou était-il déjà rouge ? L’examinateur n’est-il pas intervenu ? Y a-t-il une chance qu’il ait pitié de moi, de mes X heures de conduite et de mes nombreux passages ?
La suite, je l’ai déjà racontée, il se trouve qu’il était vraiment gentil et a fermé les yeux sur tout sauf une distance de sécurité que j’ai oublié de respecter, trop occupée à montrer que je pouvais conduire proche de la vitesse maximale autorisée comme on nous le demande. Bilan : 30 points, à mon plus grand étonnement.

Au final, je ne veux pas savoir si l’examinateur s’est trompé, ni pourquoi et comment, je veux juste continuer à pratiquer dans notre voiture, tranquillement. J’essaie aussi d’oublier le coût faramineux que m’a coûté ce papier (que je n’ai pas encore reçu) et j’arrête de me dire que j’aurais dû ou pu attendre d’être en freelance pour avoir le temps de prendre sereinement des cours.
Au contraire, je préfère me dire que je suis désormais soulagée d’un énorme fardeau et que j’ai plus d’argent et de temps pour moi, la possibilité d’aller voir mes parents sans qu’ils se sentent obligés de me raccompagner ensuite, la possibilité de me rendre chez ma grand-mère en cas d’urgence sans appeler un taxi à 3 heures du matin et bien sûr, une plus grande mobilité, surtout quand le RER ne veut pas bien fonctionner.

Je clos donc enfin le chapitre le plus difficile de ma vie et je remercie celles et ceux qui m’ont soutenue et supportée :)


Que mon petit témoignage ne décourage pas celles qui voudraient obtenir leur permis :
la conduite est l’acte le plus contre nature pour moi
mais je connais aussi des gens qui n’ont pas spécialement galéré :)

16 commentaires:

  1. Je suis super contente pour toi, félicitations! J'ai pas mal galéré aussi pour apprendre à conduire, vu que je confonds ma droite et ma gauche et que je n'ai pas de vision en 3D (donc aucune notion de distance). Heureusement que j'avais bénéficié d'un forfait étudiant à l'époque, mais j'ai quand même dû rajouter un seconde passage de la conduite et pas d'heures supplémentaires, ce qui m'a coûté fort cher à une époque où je n'étais vraiment pas riche! Vingt-cinq ans plus tard je déteste toujours conduire, mais trouve ça bien pratique d'en être capable au cas où.

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  2. Cool! Je me souviens du soulagement lorsque j'ai eu mon permis, et je me souviens aussi de ces deux moniteurs qui me faisaient pleurer à chaque leçon ou presque avec leurs reproches continus et leurs très belles remarques ("vous savez mademoiselle, se sont les personnes étourdies comme vous qu'on retrouve au cimetière")
    Quasi dix ans plus tard, j'ai toujours horreur de conduire en ville, je suis toujours stressée par les créneaux (mais moins) mais je suis bien contente d'avoir cette liberté (d'autant plus que lorsqu'on vit en partie à la campagne, ta voiture, tu l'utilises quasi quotidiennement)
    Encore félicitations!

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  3. Bravo ! Toutes mes félicitations !
    Si je peux me permettre, dès le début et même si éventuellement tu n'aimes pas ça, il faudra régulièrement conduire.
    Pour ma part, si j'ai eu mon permis relativement facilement, j'ai conduit au début, pendant plusieurs années, puis j'ai réduit, laissant monsieur conduire, jusque ne plus conduire du tout. Et maintenantqu'il faudra s'y remettre pour plein de raisons, j'ai une trouille bleue.
    Encore une fois bravo, un poids en moins !

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  4. Félicitations !
    L'apprentissage n'a pas été de tout repos pour moi non plus, je ne sais pas combien d'heures de cours j'ai prises - beaucoup en tous cas. Le seul avantage que j'ai eu, c'est que j'habitais encore chez mes parents et qu'ils ont payé (ils voulaient que j'aie le permis mais n'avaient pas le courage de m'apprendre). Ma grande chance: je l'ai passé du premier coup, en fin d'après-midi, la veille d'un jour férié, par 30°. Je reste persuadée que l'examinateur n'avait pas eu son quota ce jour-là.... Maintenant, je suis très contente de l'avoir même si je n'adore pas conduire. Tant que les routes sont calmes, ça va, mais dans Bruxelles ou sur le Ring (comme le Périphérique - donc), je suis stressée.

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  5. Félicitations !! C'est un sacré poids en moins ! Je déteste également conduire mais pendant 4 ans j'ai dû me taper 100 bornes quotidiennement pour le boulot alors je suis un peu rodée... Maintenant je n'ai plus de voiture mais j'essaie de conduire celle de mon amie une fois de temps à autre pour ne pas oublier les automatismes. Evidemment c'est toujours par la pratique qu'on gagne en confiance... Essaie de conduire très souvent tout de suite, justement pour graver ces automatismes tant que c'est frais. Et conduire dans Paris... waouh, j'oserais pas perso !

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  6. Oh bah merci à vous toutes pour les gentils mots =)

    Armalite > je ne pense pas avoir le même problème que toi mais j’ai du mal à évaluer les distances aussi :s du coup, je prends toutes les précautions possibles, mais c’est pas idéal.

    ElanorLaBelle > QUOI ?! C’est vraiment pas en enfonçant la personne qu’elle va réussir à se débloquer, je compatis :s moi j’ai eu droit à un « tu l’auras jamais », moins violent, tout aussi sympa.

    Titite > oui, c’est prévu. L’avantage est qu’on a déjà une voiture, faut juste que mon beau-père en trouve une autre car il a commencé à l’utiliser quand la sienne est tombée en rade.

    Sunalee > ça ne t’empêche pas de conduire en tout cas ^^ moi aussi, je pense qu’il y a eu un miracle, mais... bah, m’en fiche, je ferai gaffe sur la route.

    Mangaverse > pendant longtemps, j’ai cru que tous ceux qui prenaient la route le faisaient par plaisir, ha-ha .___. Et comme je dis à Titite, oui, j’attends de pouvoir récupérer ma voiture et je m’y mets, ne serait-ce que pour aller chez mes parents (c’est une fois par semaine, j’ai un problème de train quasiment à chaque fois -_-). Je ne me rends pas compte de la difficulté de Paris ou sa région puisque je ne connais pas autre chose. En plus, j’ai un peu la trouille sur l’autoroute, donc finalement, les petites rues, ça me convient peut-être plus.

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  7. Félicitations ! Bah tu vois, tu l'as eu ton permis ! Champagne, danse de la victoire et bonne bouffe pour fêter ça ! À quand ta première sortie en solo ? ;)

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    1. Merci merci :)
      Dès que possible, la première virée, mais pas forcément en solo !

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  8. Bravo ! j'ai eu mon permis à 19 ans du premier coup (et je sais pas comment ...) mais j'ai passé le code trois fois. Et même si je ne conduis pas souvent, je suis bien contente de l'avoir ! Un jour tu m'emmèneras faire un tour ? :)

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    1. Oui avec plaisir !! (quand je serai rôdée, bien sûr)

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  9. Tu ne peux pas savoir comme ça me fait du bien de lire ce billet (et comme ça me redonne de l'espoir) !!! J'ai l'impression d'avoir à nouveau le déclic moi aussi, j'ai envie d'y retourner, même si je sais que ça va encore me coûter une blinde. J'attends juste début juin parce que je suis overbookée en mai, mais je suis déterminée. Et je penserai fort à toi lors de mon prochain passage <3

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    1. Oui oui : si je peux le faire, toi aussi ! :)
      Par contre, si je peux me permettre, n’attends pas trop longtemps car tu risques d’arriver à la période des vacances, où les inspecteurs seraient plus exigeants pour limiter le nombre de jeunes conducteurs qu’ils lancent sur la route. Ceci dit, tout dépend des durées d’attente dans ton auto-école et ta région :) Bonne chance et/ou m*rde pour la prochaine fois !

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