Les certitudes

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Avant*, j’étais pétrie de certitudes. « Jamais » je ne ferai faire telle chose. « Toujours » je serai comme ci ou comme ça. Bien sûr, je me fourrais le doigt dans l’œil jusqu’au coude. Tour d’horizon des énormités plus ou moins graves que j’ai proférées.
Jamais

Jamais je ne voudrai avoir de seins : eh bah j’ai été exaucée mais j’aurais dû la fermer. 
Jamais je ne lirai autre chose que de la fiction (réaliste) : la fiction, c’était mes clés pour « lire » et comprendre le monde, je pensais pouvoir me passer des essais alors qu’aujourd’hui, j’en lis bien quelques-uns par an.
Jamais je n’aurai d’enfants : et puis j’ai rencontré monsieur et après pas mal d’années de terreur à l’idée d’être enceinte, d’accoucher et d’avoir des mini-nous, je reconnais que l’idée vient me/nous chatouiller assez agréablement l’esprit maintenant. Qu’on ne me parle pas d’instinct maternel pour autant, ça a été un processus intellectuel avant tout. Si.
Jamais je ne referai de sport après le bac : mon hypothyroïdie, mon asthme allergique et ma rétention d’eau en ont décidé autrement. Je ne nage/vélote toujours pas avec plaisir, mais parfois, c’est moins désagréable que je ne me l’avoue.
Jamais je n’aurai de voiture : eh si, papa ne passera pas sa vie à me véhiculer.
Jamais je ne retoucherai à l’allemand : hihihi.
Jamais je ne regarderai de comédies : « et on lui mit Friends devant les yeux et elle se ficha bien de perdre du temps ».
Jamais je ne parlerai de ma vie privée en public : et puis l’ego a pris le dessus, j’imagine.
Jamais je ne me maquillerai : jusqu’à ce que mon contrat d’hôtesse d’accueil précise « maquillage léger obligatoire ».
Jamais je ne me fierai à mon intuition / sixième sens / instinct : les quelques événements de ma vie m’ont prouvé que je me priverais d’une précieuse source d’informations en faisant taire la petite voix dans ma tête.

Toujours
Toujours je serai proche de mes parents : et toujours je le suis, mais très loin de ce que j’imaginais. J’ai dû mettre en place tout un tas de subterfuges et développer un talent pour les demi-vérités pour me protéger et me reconstruire.
Toujours je serai en train de voyager : pour l’instant, ce n’est pas le cas. Parfois, je vis bien le sédentarisme, parfois, moins bien.
Toujours je prendrai ma douche le soir : un sujet hautement important, n’est-ce pas. Pendant longtemps, il m’a semblé infiniment plus logique de me doucher avant de me coucher. Maintenant, rien que l’idée me hérisse le poil.
Toujours je porterai des salopettes : la mode et monsieur m’en ont éloignée et je me sens brimée.
Toujours je prendrai les animaux pour de la viande : ce n’est pas reluisant mais longtemps, j’ai détesté les animaux et les ai considérés comme du bétail. Il y avait sûrement le fait qu’on m’a toujours asséné que je n’aurais pas d’animal domestique (et que le Père Noël n’existe pas) et que je me suis convaincue que les animaux, c’était nul. J’ai honte mais j’étais à fond dans le délire de la supériorité de l’être humain, jusqu’à ce que je rencontre des végétariens. La suite, on la connaît.
Toujours je tiendrai en haute estime les universitaires : et d’une manière générale, « ceux qui ont fait des études / ont des postes importants ». Aujourd’hui, c’est tout l’inverse.
Toujours je préférerai le salé au sucré : le choix est parfois cornélien…
Toujours je préparerai les choses bien en avance : facile à dire quand on va à l’école et qu’on n’a pas d’autre activité, moins quand on entre dans la « vraie » vie. C’est alors le début des oublis de rendez-vous, des retards honteux, des bourdes invraisemblables…
Toujours j’aurai une bonne orthographe : pff, plus le temps passe et plus ma mémoire me joue des tours.
Toujours je ferai passer les autres avant moi : irréaliste, voire dangereux.


*Avant = grosso modo, avant ma majorité ou mon année en Angleterre, un an après, qui m’a bien sûr beaucoup ouvert les yeux.

8 commentaires:

  1. QUand on est jeune, on a tendance à avoir une vision étriquée du monde et assez nombriliste. et quand on commence à vivre comme un "grand" notre vision s'élargit, change et parfois même fait un virage à 180°
    POur les bébés, je crois qu'on a toutes un peu peur la première fois, c'est l'inconnu, on se demande comment un machin si gros peut passer par un trou si petit XD Et pour l'instinct maternel, je persiste et signe : il n'existe pas de manière innée, ça se travaille, on apprend en même temps que notre enfant et on grandit avec eux. Culpabiliser les femmes parce qu'elles ne savent pas changer une couche en 2 temps 3 mouvements sous prétexte que ça devrait être inscrit dans ses gènes est juste une aberration et une claque dans la gueule de ceux qui nous le serinent pour nous culpabiliser !!!
    Et en conclusion je ne dirai qu'une chose : il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis :)

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    1. Oui, clairement, je suis également bien contente d'être sortie du carcan familial !

      Quant aux enfants, il y a aussi le fait qu'on ne les trouve pas forcément "trop mignons j'en veux un" et qu'on ne cherche pas toujours à perpétuer sa lignée. Bref, chacune ses raisons.

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  2. J'ai ri en lisant la phrase sur les salopettes, suis arrivée à la maternité par un chemin intellectuel également et j'envisage de prendre ma douche le soir pour survivre à la reprise du travail avec le résultat de ce cheminement intellectuel. Et mon orthographe, nickel dès 13 ans, m'abandonne sans états d'âmes, vexée par trop de facilités technologiques sûrement.

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    1. Tiens, la maternité serait-elle un moyen de porter enfin une salopette ?
      Oh que oui c'était intellectuel pour toi (bien plus que pour moi - même si on n'est pas du tout au même stade ^^).

      Et oui, j'oublie aussi pas mal l'orthographe des mots et les règles de grammaire du fait de mon utilisation du clavier !

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  3. Toujours ou jamais, intéressant comme idée!
    Je te suis sur la question salé/sucré ;) Idem pour l'orthographe (le mien est devenu horrible avec le temps)
    Quant à l'affaire de la douche, j'aime autant la prendre le soir avant de me coucher que le matin (mais faut choisir parce que faut pas pousser non plus ^^)

    Je ne sais pas trop ce que je mettrais en "toujours" mais en "jamais" je devrais pouvoir en trouver. Un jamais qui est toujours là et dont j'ai justement parlé aujourd'hui avec ma collègue "jamais je n'acheterai un pavillon en lotissement". Un jamais qui se fendille "jamais je ne me marierai" (j'ai mis de l'eau dans mon vin, même si ça reste plus proche du jamais). Et un jamais qui n'est plus "jamais je ne porterai de shorts" (même si je déteste toujours ça)

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    1. La question de la douche déchaîne les passions, je pensais pas :)

      Quant à "toujours/jamais", c'est qu'une histoire de point de vue. Je n'ai pas eu trop de mal à convertir l'un en l'autre. Tu me fais penser que "jamais je n'achèterai de maison" (et bien sûr, la vie en copropriété me soûle là) et que "jamais je ne me marierai" (toujours pas à l'ordre du jour mais pas complètement exclu). Reprends donc le principe du billet, je suis sûre que tu aurais d'autres choses intéressantes à dire ^^

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  4. Pour les salopettes, moi je dis que si tu aimes, tu en mets ! Tu t'habilles pour toi !
    On change avec le temps !
    Ou pas... Mes toujours et jamais n'ont pas changé... les enfants, ce que je veux dans la vie, et ce que je ne veux pas. Mais ça ne veut pas faire que demain, ça ne changera pas !

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    1. Ah oui, je ne m’habille pas pour les autres mais un peu pour monsieur quand même ^^ Mais bon, d’une part, ça ne me va pas forcément très bien et d’autre part, je me fais charrier sur mon look « années 90 » ou bleu de travail - car je les porte en pantalon ou jupe à la limite mais pas en short - donc ça calme, haha. Et puis comme ce n’est plus à la mode, on en trouve moins.
      J’ai des choses qui n’ont jamais bougé, c’est vrai que ça pourrait faire l’objet d’un autre billet !

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