Bilan de lecture octobre 2016

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Même pas trop de retard pour mon bilan de lectures du mois dernier !


Orange 1–5 : j’entendais beaucoup parler de ce manga en bien, mais je ne pensais pas le lire un jour avant qu’une tragédie dans mon entourage ne me pousse à le faire. Subjectivement, j’ai évidemment retrouvé beaucoup de choses similaires à ce que j’ai vécu, ce qui m’a laissé un goût à la fois étrange et rassurant. Objectivement, c’est une jolie petite série aux codes shôjô, mais que je trouve un peu mal ficelée sur les bords. Le but de ce groupe d’amis est de prévenir le suicide d’un des leurs, certes, mais d’une part, pourquoi lisent-ils une à une les lettres envoyées par leurs « futurs eux » ? Pour maintenir le suspens face à un sujet aussi grave ?! Et d’autre part, le paradoxe temporel est franchement bâclé. Je sais bien que ce n’est pas le sujet, que le côté fantastique est volontairement relégué à l’arrière-plan, mais quand même, c’est trop léger. Ces deux gros défauts un peu rédhibitoires mis à part, j’ai trouvé la douceur qui se dégage de ce titre un peu réconfortante, les histoires d’amour lycéennes plutôt gentilles et la construction narrative assez intelligente. Enfin, les dessins sont eux aussi assez mignons, tranchant parfois avec la violence du sujet, et les couvertures de toute beauté. Bref, je reste un peu mitigée tout en étant touchée, mais en même temps, je me demande si je n’attendais pas le Messie en lisant cette série.


The Vegetarian : après avoir entendu parler de ce roman sud-coréen un peu partout sur la Toile, je me suis jetée dessus en le voyant à la librairie Stanfords à Londres. Constat : diantre, c’est effectivement coréen ! Car il s’agit ici d’une femme qui décide de ne plus manger de viande, oui, mais ça va beaucoup plus loin, puisque petit à petit, on comprend qu’elle désire se transformer en arbre. Ce roman est composé de trois parties, la première racontée par son petit macho de mari qui assiste, impuissant, à sa transformation avant de la laisser car elle devient trop bizarre et embarrassante. La deuxième suit son beau-frère, avec qui elle entretient des relations artistico-sexuelles filmées, à base de peinture corporelle. Et la dernière, sans surprise, est narrée par sa sœur et suit ses derniers jours. En soi, il ne se passe pas grand-chose dans ce roman, qui est une sorte de voyage émaillé de références bouddhiques et de critiques de la société sud-coréenne bien étriquée à certains égards. Mais une fois passée l’envie de trouver une raison rationnelle à ce dépérissement volontaire, The Vegetarian se révèle une histoire riche, étrange et subversive.

   
   
My Hero Acadamia 3–5 : comme promis à monsieur et à moi-même, j’ai continué cette nouvelle série d’aventure et de combat. Et force est d’avouer qu’elle a quelque chose : les dessins sont de toute beauté, les personnages sont un peu clichés mais plutôt attachants, leurs pouvoirs sont révélés avec un sens du timing appréciable et petit à petit, l’auteur se lâche de plus en plus. L’impression que j’ai de lire un titre très attendu au tournant et beaucoup trop calibré s’estompe peu à peu sans jamais me quitter, mais assez pour que j’aie envie de poursuivre ma lecture. J’espère juste que la narration se fera moins dense une fois que la galerie de personnages aura été présentée en entier.

Mokke 7 : toujours aussi chouette, ce manga consacré aux esprits surnaturels japonais, les yôkai ! Malgré la séparation des deux sœurs, le rythme est toujours aussi agréable et on retrouve avec plaisir l’une et l’autre dans leurs mésaventures et découvertes du quotidien. Si vous aimez les mangas de type tranches de vie entrecoupées de folklore, je vous invite fortement à vous pencher sur Mokke.

Maken X 1–3 : une série en trois volumes lue uniquement parce que j’aime assez son auteure, Q-Hayashida, pour me la farcir en allemand. D’autant que Maken X est à la base un jeu vidéo avec une épée maléfique qui contient un esprit maléfique qui se balade dans l’esprit des gens. En gros, ça ne m’a pas passionnée, en plus de m’avoir un peu perdue au début. Mais je suis quand même contente d’avoir pu découvrir les graphismes de cette auteure à ses « débuts », beaucoup moins maîtrisés, moins mammaires et musclés, mais déjà bien gores à cette époque !

Commando Culotte : une lecture dense mais instructive et ludique que je dois à Paulette, merci à elle. L’auteure, Mirion Malle, analyse la pop culture pour en faire ressortir les messages sexistes, transphobes et racistes qu’elle peut contenir, car après tout, c’est bien avec ce que nous lisons, ingurgitons et regardons que nous formons nos réflexions. J’avoue que j’étais un peu réfractaire aux dessins de Malle mais que, finalement, je trouve qu’ils servent bien le propos. Il est juste regrettable que les titres des séries et films soient parfois en anglais alors qu’ils existent en français et, pire, que certaines répliques soient en anglais, comme si le piratage se faisait sans complexe et au mépris du travail d’adaptation en VF. De même, certains exemples américains et théories américaines ne sont pas traduits et le langage jeune est peut-être un peu trop présent, rendant le titre hermétique à une frange des lecteurs. Malgré tout, Commando Culotte est un titre utile, à offrir ou à titre de référence.


Sunny 6 : c’est avec ce sixième volume que se clôt cette belle série de Taiyô Matsumoto sur l’enfance – son thème de prédilection – et l’orphelinat. Une fin étonnamment douce et jolie, loin du cynisme de certains volumes, et qui laisse entrevoir un avenir meilleur pour ces enfants déracinés.


Mangeur de feu : merci à Armalite de m’avoir offert cette BD consacrée au phô (prononcer « feu »), ce plat vietnamien emblématique. Mangeur de feu est fait d’un mélange de nourriture et de sensualité dont je ne suis généralement pas friande mais qui ne me dérange pas trop ici. Autrement, je ne comprends pas trop les intentions de l’auteur mais j’ai trouvé cette sorte de voyage culinaire et historique plutôt prenante, en plus d’être agrémentée de dessins de toute beauté. Un OVNI, même parmi mes (nombreuses) BD culinaires.

L’origine du monde : après avoir appris qu’une des BD de Liv Strömquist aurait dû être un de mes cadeaux d’anniversaire, j’ai eu très, très envie de découvrir cette auteure féministe suédoise. J’en ai du coup profité pour aller faire un tour à L’institut suédois, visiter l’exposition Le divan de Liv et me procurer L’origine du monde. La BD, pas le tableau, mais qui a bien entendu un rapport avec le tableau. Premier bon point : la traduction de Kirsi Kinnunen est absolument truculente, reprenant sans doute le ton cynique, moqueur et malgré tout accessible de l’auteure. Deuxième bon point : cette dernière cite absolument tout ce qu’elle soutient, ajoutant de la crédibilité à son propos. Troisième bon point : on découvre encore plus de produits nauséabonds de la société patriarcale, tous ces hommes qui ont voulu contrôler le corps des femmes en dépit du bon sens scientifique, tous ces efforts déployés pour cacher l’organe féminin sous des prétextes ridicules, toutes ces théories fumeuses qu’on nous fait entrer dans le crâne dès le plus jeune âge… Mouais, ce troisième bon point est légèrement déprimant en fait… preuve en est de l’utilité de cette BD.

Le charme discret de l’intestin : en octobre, j’ai fini la trentaine de pages qu’il me restait avant la conclusion de ce passionnant ouvrage consacré au système digestif et en particulier à l’intestin, comme son nom l’indique. J’ai été bluffée par la capacité de Giulia Enders, son auteure, à se montrer didactique et à manipuler l’humour scato – également grâce à la traduction légère et naturelle d’Isabelle Liber. J’ai appris, pas à pas, une foule de choses sur l’intestin, de la meilleure posture à adopter pour bien faire caca à la fabuleuse invention du « mauvais cholestérol » par l’industrie agro-alimentaire. Je crois même m’être un tantinet réconciliée avec mon « organe mal aimé ».

Other-Wordly : un petit ouvrage acheté et lu rapidement, qui m’a un peu déçue, je dois l’avouer. Et pourtant, un livre sur ces mots étrangers qu’on traduit à l’aide de périphrases (pour ne pas dire « intraduisibles », mot-tabou chez moi), à l’instar de hygge en danois ou tsundoku en japonais, aurait dû me plaire mais… je ne sais pas, le choix des mots présentés ne m’a pas parlé, les dessins m’ont paru du coup un peu mornes, les explications succinctes… Vraiment dommage, mais à défaut, je continuerai de lire le Tumblr de Mak Yee-Lum !


Dédale 1–2 : un chouette cadeau d’anniversaire qui m’a plongée dans un monde de jeu vidéo. Le premier volume est très prenant avec sa succession d’énigmes et de découvertes. On y fait aussi la connaissance des deux héroïnes, un duo très sympa constitué d’une fille mignonne mais très très otaku et d’une autre censément grosse et moche mais bien moins renfermée et flippante. Le monde est réellement passionnant, l’auteur ayant réussi à traduire en BD les caractéristiques des jeux vidéo. Le second volume est plus rapide et s’attache à la résolution de l’enquête, accumulant au passage quelques petits problèmes de narration à mon sens, mais pour mieux montrer une héroïne libre qui refuse de choisir entre les deux options que le jeu lui offre et questionne le lien entre la vie virtuelle et la réelle. Seul petit bémol : la traduction signée Sébastien Ludmann, pourtant mon gros « chouchou » (Moonlight Act, Cesare), qui ne devait pas être au top de sa forme. Ça arrive aux meilleurs !

Kamakura 7 : merci à Kana d’éditer cette si belle série ! Dans ce septième volume, l’accent est mis sur les quatre sœurs, chacune vivant à la fois à une histoire d’amour et se confrontant à une histoire de mort, de suicide ou de maladie. Un volume tout en contrastes, possiblement mon préféré depuis le début, car il présente un tableau général très maîtrisé, d’une grande douceur et d’un grand réalisme.

 
Steel Ball Run 22–24 : eh voilà, suite et fin de la septième saison de la saga Jojo’s Bizarre Adventure ! Et s’il ne s’agit pas de ma préférée, loin s’en faut, je dois dire que la fin est très bien menée, les combats se succèdent logiquement, maintenant le suspens du retour de Dio jusqu’au bout. Au chapitre des doléances : de nombreuses erreurs d’orthographe : « nous seront », « la male [de voyage] », « soit » à l’impératif… ça arrache les yeux. Malgré tout, cette conclusion était bien émouvante, mettant un joli point final à cette histoire de courses de chevaux, de destin (comme toujours avec cet auteur), d’humanité et de surpassement bien maîtrisée de bout en bout. Au bout de tant de saisons, je suis impressionnée par la capacité de l’auteur, Hirohiko Araki, à recycler ses thèmes fétiches dans des combats et des pouvoirs hallucinés. Dire que la huitième saison, Jojolion, débarque bientôt ! Et rien que pour ce titre rigolo et le look du héros, j’ai hâte !

Le Monde de Ran 5–7 : en voilà, un titre difficile à résumer ! Le monde de Ran, c’est du magical girl et donc, du coming-of-age manga, mais c’est surtout une série qui m’a à la fois attendrie et énervée au-delà de l’entendement. D’un côté, la vie de Ran est fascinante, avec tout ce folklore et ces représentations de l’esprit, cet univers magique bien intégré dans le quotidien d’une petite ville japonaise, la vie de cette communauté emplie de sorcières, corbeaux et renards humains. Et pour ne rien gâcher, les dessins sont sublimes, fouillés et originaux. Mais de l’autre, on a droit à un fan service qui confine au malaise, à des messages douteux sur le sexe avant le mariage et à des propos plus que légers – voire dangereux – sur le consentement sexuel. Malgré toute la puissance des personnages féminins, il semblerait que ce soit volonté de l’homme qui prime, les femmes « retournant » faire la lessive et ayant besoin de leur mari pour avoir un portable. Ces schémas traditionnels (voire conservateurs) sont d’autant plus étonnants que dans L’école bleue de la même auteure, les femmes sont réellement libres et libérées sans que des messages comme « Ran est à moi » ou « Toi aussi, trouve-toi une relation sérieuse » viennent parasiter la beauté de l’histoire. Bref, cette aventure, qui montre comment devenir adulte, avait un très, très gros potentiel mais est souvent gâchée par l’infantilisation constante de femmes fortes et la transformation en objets sexuels d’enfants immatures. Vraiment déstabilisant, mais pas mauvais pour autant, j’imagine qu’il faut le lire pour se faire son propre avis. Voir l’avis de Morgan sur AfterMangaverse.

Otherworld Barbara : puisque la France ne semble pas pressée d’accueillir la grande Moto Hagio, je suis allée du côté des États-Unis pour me procurer Otherworld Barbara, merci Fantagraphics ! Premières impressions sur l’objet qui m’est arrivé en piètre état : c’est un mastodonte et la couverture n’est pas des plus avenante. À l’intérieur, passée la première déception du dessin, plus simple et moins expressif à mon goût, l’histoire est d’une grande richesse. Il y a du voyage dans les rêves, un système social utopique, du cannibalisme, des relations familiales difficiles et pas mal d’horreur. Car oui, le shôjô, ce ne sont pas que des bluettes lycéennes. Pour l’instant, l’auteure s’est « contentée » de dérouler le fil de son histoire, tirant peut-être un peu trop sur la corde par moment en la faisant traîner un peu artificiellement, mais je ne m’en fais pas et suis certaine qu’elle a les moyens de son ambition !

2 commentaires:

  1. Pour "The Vegetarian", on dirait du Kim Ki Duk :/ (autrement dit, son cinéma me dérangeant, mon 1er réflexe après avoir lu ta critique est de fuir !).
    Comme je suis contente également pour Kamakura Diary ! Tu l'as bien dit, c'est un beau manga.
    Je suis également intriguée par Jojolion !

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    1. Il me semble avoir commencé un Kim Ki Duk (Printemps, toussa, ou Samaria ? Je ne sais plus), mais sans réussir à finir. Honnêtement, je n'ai jamais rien lu/vu de coréen qui ne m'ait pas paru étrange :D Après, y a étrange-bien et étrange-étrange-au-secours.

      The Vegetarian est étrange-intéressant-bien, assez spirituel !

      Quant à Jojolion, je l'ai lu hier et il est vraiment intéressant et délirant xD C'est un très bon début, à mes yeux.

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