Synesthète

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« Synesthète ». J’aime bien ce mot, qui contient celui d’esthète, bien que je n’aie pas un gramme de talent artistique en moi. Alors que « synesthésie », ça me fait penser à de la télékinésie, ce qui me parle un peu moins.
Mais au fait, c’est quoi, la synesthésie ?

Pour la faire simple, il s’agit d’une association inconsciente et involontaire de deux ou de plusieurs sens qui trouve son origine dans l’activation simultanée de différentes régions du cerveau. Il ne s’agit pas d’une maladie ou d’un handicap, mais d’un phénomène neurologique.

Parmi les synesthètes célèbres, on trouverait (selon Wikipédia) Lady Gaga, Duke Ellington, Kandinsky ou encore Vladimir Nabokov. Et pour ma part, il me semble avoir poussé la porte de la synesthésie avec le grand roman de ce dernier, Lolita. Je ne parviens pas à en trouver l’extrait incriminé, ni en anglais, ni en français, mais si ma mémoire est bonne, il s’agit d’une association entre des mots – comme des jours de la semaine et des prénoms – et des couleurs, que j’ai trouvée tout à fait fascinante à chacune de mes lectures.

Mais ma découverte n’a pas été aussi directe : ce n’est en faisant des recherches sur ce roman que j’ai vu pour la première fois le mot synesthésie et que j’ai cherché à savoir ce que c’était. Est-ce que Nabokov était atteint d’une maladie, comme je le lisais parfois ? Non ? Alors, creusons. Tiens donc, une histoire de connexions neuronales qui se font alors qu’elles auraient dû être éliminées quelques mois après la naissance. À l’époque, j’étais à fond intéressée par la plasticité du cerveau et me destinais à des études de biologie.

Ahem, revenons à nos moutons. Je me rappelle avoir surfé sur un site américain avec un fond noir et un texte blanc qui présentait les différentes formes de synesthésie. Je suis passée très vite sur la couleur des notes, car je n’ai absolument pas l’oreille musicale. Puis j’ai essayé de comprendre les autres associations : toucher/goût, morphèmes/personnalité (comme c’est le cas dans Lolita), son/odeur – tout ça m’a un peu parlé mais je me suis dit que c’était bien normal, puisqu’on associe forcément des noms ou des prénoms à des sentiments ou des sensations, en fonction de notre vécu.

Puis je suis tombée sur la synesthésie numérique : le fait d’organiser spatialement dans sa tête les chiffres et les périodes de temps. Ah, ça me dit quelque chose. Mais non : je ne suis pas concernée, j’ai sûrement vu, petite, un calendrier ou une frise chronologique quelconque qui m’a marquée et qui est devenu mon référent. Sauf que c’est toujours le même cortège de nombres, que c’est depuis toute petite, que je peux faire appel à cette « carte mentale » quand je veux et que je le veuille ou non. OUI, MAIS ça se saurait, si j’étais un crack en maths ! Ah, le synesthète numérique n’est pas forcément un génie du calcul mental ? Bon, il semblerait que je réponde à de nombreux critères.

De mon côté, rien de très spectaculaire, le cheminement est assez fidèle à ce qui est décrit dans la littérature sur le sujet : de 1 à 6, les chiffres sont alignés, puis ils décrivent un virage jusqu’au 11, de nouveau une ligne droite, une petite vallée à dévaler au 20 et ainsi de suite, en vaguelettes… Quant aux mois, janvier commence loin, juillet forme un pic et décembre est à côté de moi. Certes, il ne m’a pas échappé qu’on est en décembre, mais cette configuration reste identique quel que soit le moment de l’année où je la convoque ou où on me la fait convoquer.

Voilà, si je devais mettre des mots, comment se traduit ma – supposée – synesthésie. Ce serait bien plus clair avec un dessin en 3D si je savais faire ça. Car non, je ne sais pas s’il existe un test fiable. D’ailleurs, je ne verrais pas l’intérêt de le passer, dans mon cas, car je n’y vois rien d’extraordinaire. Mais comme je le lis souvent, ce schéma tout à fait normal pour les synesthètes ne l’est pas pour les non-synesthètes et effectivement, quand j’en parle, j’ai souvent droit à des regards médusés, que je mets sur le compte de ma difficulté à mettre les mots justes dessus.

De temps à autre, je me renseigne sur ce phénomène – que je trouve plutôt amusant car il ne m’a jamais consciemment handicapée : notes normales en maths, pas de problème particulier avec les dates sauf dernièrement, je m’emmêle souvent les pinceaux mais ça, c’est sûrement à cause de ma mémoire défaillante, mais mes petits points fixes, ils restent là dans ma tête, ils ne bougent pas à ma connaissance. Je n’ai jamais trop cherché à exploiter cette « compétence » ou à l’utiliser artistiquement. Dans le cadre de mon mémoire de traduction, quand une camarade m’a dit être intéressée par le sujet, je me suis dit « ah oui, j’aurais pu penser à ce sujet », rien de plus.

De temps à autre aussi, je me demande si je n’aurais pas d’autres formes de synesthésie, à des degrés plus légers, en particulier avec la couleur et les émotions, mais encore une fois, je me dis que c’est dû à mon vécu et que ça ne va sans doute pas plus loin qu’un simple « j’aime / j’aime pas ». 
Bref, si je suis synesthète, ça fait partie de moi, mais ça ne me définit pas au quotidien.

Quelques sources qui m’ont semblé fiables :
Synesthesis sur CNRS CERCO
Synesthésie Info
La page Wikipédia

2 commentaires:

  1. Est ce même phénomène quand on associe un genre (féminin/masculin) à une couleur ? chez moi, le marron, le vert et le rose sont masculin et le rouge, le violet et le blanc sont féminin. Certains chiffres aussi ont un genre, mais pas tous...

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    1. J'ai trouvé une discussion à ce sujet sur Wikipédia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Discussion:Synesth%C3%A9sie et il m'a semblé avoir lu quelque chose sur le genre des couleurs, pas sur les chiffres, mais mes souvenirs sont flous (comme toujours) et je suis très, très loin d'avoir exploré la question avec tout l'intérêt qu'elle mérite :)

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