Ici et maintenant

, , 2 comments
Source

Dans mon bilan 2016, je disais vouloir apprendre à apprécier autant le chemin que la destination. Et comme par hasard, ce week-end, l’une des nouvelles du recueil que je suis en train de lire, La ménagerie de papier de Ken Liu, raconte la vie d’une femme qui, ayant bu l’équivalent de l’élixir de jouvence, tombe dans le piège d’accumuler toutes sortes de savoirs et de doctorats, repoussant toujours et encore l’échéance de commencer sa vie pour de vrai. Chose inquiétante : je me suis tout à fait retrouvée dans ce schéma de pensée, les savoirs et les doctorats en moins. Et je ne sais même pas d’où me vient cette tare.

En effet, je ne suis pas spécialement perfectionniste – du moins, pas dans tous les aspects de ma vie et seulement de manière sporadique, un peu quand ça me prend – mais quand je tombe dans le délire, je suis à la fois une boule d’énergie pleine d’idées et une boule de nerfs, paralysée par la peur de l’échec. L’équilibre, cékoiça, en somme.

Toujours est-il que, pour tous ces moments où je suis moi-même, j’ai l’impression de m’autoriser à commettre des erreurs en me disant qu’au pire, je recommencerais de zéro. Comme dans mes cahiers d’élève, je n’avais qu’à arracher les pages que je n’aimais pas pour les réécrire et obtenir un résultat nickel. Sauf que, surprise, la vie n’est pas un cahier, les désirs peuvent changer en cours de route et je n’ai pas 500 ans devant moi.

Du coup, au lieu de passer ma vie à préparer ce qui serait ma vie parfaite, je me suis dit que je devrais enfin la vivre, cette vie. Certes, c’est plus effrayant de se lancer en risquant de faire des ratures (pour filer la métaphore écolière) mais peut-être qu’elles sont plus intéressantes que des cours tout lisses, tout propres ? Pour l’instant, si je ne me rends que vaguement compte à quel point je risquerais de passer à côté de ma vie si je n’apprenais pas à apprécier ce chemin, je me prends surtout en pleine figure les effets secondaires de mon mode de pensée tordu.

Il m’a fallu du temps pour faire le lien entre mes différentes façons d’aborder la vie (ce billet traîne dans mes brouillons depuis bientôt un an, avec des bouts de réflexion à première vue sans rapport les uns avec les autres), mais je vois aujourd’hui qu’en me rassurant sans cesse sur le fait que ma vie actuelle et passée est un brouillon, un terrain d’expériences en quelque sorte, j’opère une longue fuite en avant.

J’ai été frappée par ma vision court-termiste des choses : je fais des plans pour la semaine, le mois au mieux, pas beaucoup plus. L’avenir, j’en ai une vision floue et fluctuante, et j’ai l’impression d’avancer au petit bonheur la chance. Du coup, tout se joue sur le moment : j’ai des pensées, très nombreuses et très fugaces, que j’oublie dès le lendemain, comme si, pendant la nuit, mon cerveau faisait « reset ». De même, il y a des choses dont je me souviens uniquement à l’endroit et dans les circonstances mêmes où je les ai pensées, pas ailleurs et pas autrement, comme si mon organisme se chargeait d’évacuer toute pensée inutile (ne laissant, au final, pas grand-chose).

Résultat : un peu comme cette femme qui se sait quasi-immortelle dans Trajectoire, la nouvelle de Ken Liu, j’ai la sensation désagréable de vivre dans l’attente, d’attendre toujours la prochaine opportunité alors que la vie m’en a donné des tonnes et des tonnes. Quand je regarde derrière moi, ce que je ne fais jamais trop consciemment, j’ai une succession de pointillés alors que je voudrais voir une ligne continue.
Au final, je ne sais pas exactement comment m’y prendre pour changer, mais je suis résolue à ne pas attendre de trouver la panacée avant de me lancer. Je tiens au moins une partie de la solution, cela dit : vers 2014–2015, à un moment où je n’étais pas au top de ma forme, je m’étais roulée en boule sous ma couette. Puis, je m’étais dit que je l’imaginerais bien autrement, cette chambre. Et en fait, que je m’imaginerais bien ailleurs. Petit à petit, des éléments s’étaient ajoutés à ma chambre virtuelle. Et de plus en plus, j’ai pris le réflexe de convoquer cette image mentale lorsque ça n’allait pas. Cette pièce à moi, c’est une sorte de fenêtre sur moi-même, qui me vient sûrement du seul cours de yoga que j’ai pris dans ma vie, mais elle me permet de me recentrer, de relativiser et souvent, d’avancer.

Donc voilà, pour apprendre à ne pas voir que la carotte, je compte aussi voir le vilain bâton, la jolie route et les jolies fleurs sur le chemin, le paysan qui me fait avancer, le ciel et les nuages (notons que, d’écolière, je passe à… âne, ahem). Tout ça, en faisant le point quand j’en ressentirai le besoin, sans craindre de voir que j’ai laissé derrière moi des bêtises, du vide ou des regrets.

2 commentaires:

  1. Ouille, je me dis moi à 35 ans j' ai toujours cette vue floue de mon futur. Ayant quelque fois postulé, la question comment vous voyez vous dans 5 ans 10 ans à toujours été la pire. Je ne sais pas trop. Bon je commence à déterminer pourquoi je ne sais pas trop. Mais je te tire mon chapeau de prendre la barre maintenant.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Le futur, ça peut se comprendre :)
      Je ne l'ai sans doute pas bien expliqué mais c'est plus la planification, l'organisation et la vision à long terme que je n'ai pas. Je suis un peu limitée par les 7 jours visibles sur mon agenda, on dirait :)
      Bonne suite à toi !

      Supprimer