Bilan de lecture : février 2017

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Et voici venir, sous vos yeux ébahis (ou non), mes quelques lectures de février :)


Dead Dead Demon's Dededededestruction 2 : la couverture résume en somme assez bien l’esprit décalé de ce titre pseudo-apocalyptique. Ce volume 2 fait encore plus écho à l’actualité que le précédent : ce besoin typique de notre époque de trouver des excipients, cette inquiétude qui plane (littéralement) sur la tête de nos protagonistes, sans jamais se transformer en peur pure… Les dialogues de ces jeunes blasés sonnent parfois nihilistes, mais toujours justes. En plus, contrairement à Bonne nuit Punpun, sa précédente série, l’auteur n’en fait pas trop et est vite passé à l’action (avec, en prime, un tournevis sonique comme celui dans Doctor Who ?!). Pour ma part, je suis donc plutôt curieuse de lire la suite sans l’attendre comme le Messie.

Cages : je suis bien contente d’avoir trouvé en occasion, dans un état correct, ce bel objet, qui est le fruit de la réflexion de Dave McKean sur la création, que ce soit par le biais de la peinture, l’écriture ou la musique. C’est une œuvre évidemment foisonnante, remplie de références et d’expériences graphiques, qui s’est lue bien plus facilement que prévu, d’autant que l’auteur n’oublie pas d’être drôle.

 
Petit point négatif : le texte français truffé de coquilles (en vrac : avoir avouer que, s’était faite éjecter, les liens d’amitiés et un joli subjonctif après « après que ») dans une traduction pourtant signée Jean-Paul Jennequin. Heureusement, y a des chats noirs et ça rattrape tout : 
     


Tokyo Kaido 1 : la nouvelle série en 3 tomes de Mochizuki (Dragon Head, Chiisakobe) est très prometteuse dès le premier volume. Début qui n’est pas sans rappeler les marginaux de Sunny (Taiyô Matsumoto), avec ici un jeune garçon incapable de garder pour lui ce qu’il pense, une jeune fille nymphomane qui veut la paix (évidemment), une gamine qui ne voit pas les êtres humains et un gamin qui dit être en contact avec des extraterrestres. Présenté comme ça, on pourrait croire à du n’importe quoi, mais non, encore une fois, l’auteur est très délicat, presque descriptif, dans son traitement et nous laisse découvrir sa galerie de personnages de nous-mêmes. Pas de voyeurisme ou de complaisance, juste des jeunes incroyablement inadaptés à la société. On retrouve aussi, comme dans Chiisakobe, une grande sensibilité et un sens de l’esthétisme poussé jusqu’au bout : chaque accessoire, chaque décor y a sa place et son importance. J’ai donc plus que hâte de lire la suite !

 
Yako & Poko 2 : la vie s’écoule toujours aussi lentement dans ce monde sans Internet, sans même beaucoup d’ordinateurs, où les robots peuvent être en mode « optimal » ou « brouillon », comme c’est le cas de notre chat-robot. Les aventures se suivent et, bien qu’elles se ressemblent, ne lassent pas : c’est juste le quotidien d’une mangaka et de son assistant, avec quelques événements plus marquants que d’autres, comme l’acquisition de stylos à collectionner. Pour avoir lu le volume 3, je peux d’ores et déjà dire que c’est là qu’on en apprend plus sur cette fameuse révolution qui a mis fin aux ordinateurs et robots trop sophistiqués. En attendant, on s’en passe et on vit une vie simple, emplie de nostalgie et d’impressions douces-amères.

La cantine de minuit 1 : l’éditeur Lézard Noir est décidément très en forme ! Dans cette série plus « tranches de vie » que culinaire qui a déjà son drama (Midnight’s Kitchen sur Netflix), on a une succession d’histoires contées par les différents clients de ce boui-boui du quartier tokyoïte de Shibuya. Histoires qui sont assez réalistes et sobres, pas grandiloquentes comme je le craignais, avec souvent des happy ends : carrières brisées, amours non dites, transsexualité, brouilles familiales… C’est franchement superbe, servi par des dessins certes simples, mais efficaces. En tout cas, suffisamment jolis pour me donner un petit creux.

Sandman Ouverture : vingt ans après la fin de l’épique saga Sandman de chez Vertigo, Neil « himself » a repris en main son héros torturé pour le doter d’un passé non moins torturé. Malheureusement, la magie n’a pas fonctionné chez moi : si c’est graphiquement époustouflant, scénaristiquement, c’est du déjà-vu. Entre l’apparition d’un chat bien commode et d’une fillette tout aussi commode, je me suis ennuyée. Pire, je n’y ai vu que du fan service (le Corinthien ? les parents ? vraiment ?) et je n’ai pas vu ce qu’Ouverture devait apporter. J’ai également été déçue par la narration : notre marchand de sable qui doit aller rendre visite à chacun de ses frères et sœurs, mouais, logique mais paresseux. En prime, j’ai trouvé la traduction quelque peu étrange, mais je n’exclus pas un manque d’investissement total de ma part. Snif, envolés, les rêves de mon adolescence…

Miss Marvel: ça fait bien longtemps que monsieur et moi, on parle de Kamala Khan, alias la nouvelle Miss Marvel, sans jamais franchir le pas. Et c’est à la faveur de cette chouette couverture alternative signée Pénélope Bagieu qu’on s’est lancés dans cette série. Verdict : c’est aussi moderne et frais qu’on le lit partout. Le propos est bien, mais pas bien pensant : Kamala est musulmane, ce qu’elle ne vit pas toujours très bien, entre les parents plus sévères que la moyenne américaine et l’imam de la mosquée qui semble faire peu cas des femmes (cette situation sent le vécu !). Il y a bien sûr une métaphore évidente entre les pouvoirs de super-héroïne et l’arrivée dans l’adolescence, où l’apparence devient une question centrale et où il est question de trouver sa place. Mais au final, est-il vraiment si facile, ou si nécessaire, d’être un canon blond ? (indice : oui, ça peut aider, mais ça n’est pas tout)

Steak it easy : c’est avec cette édition intégrale que je découvre FabCaro (grâce à la chronique de Mo’) et que j’en suis venue à adorer ce qu’il fait. Les déboires de l’auteur, dus à sa maladresse et à sa distraction, m’ont fait hurler de rire malgré moi. En effet, les dialogues sont retranscrits avec beaucoup de justesse, et sont plus vrais que nature, avec tout ce qu’ils ont d’absurdes ou de stupides. Je retiens surtout de cet auteur son [attention cliché] énorme sensibilité, plus que sa maladresse qui, bien qu’avérée, ne m’a paru ni maladive ni extrême. La troisième et dernière partie du livre étant musicale, elle m’a un peu moins parlé, mais l’ensemble m’a donné suffisamment envie de lire Zaï Zaï Zaï Zaï, le grand succès de FabCaro.

Mirror – The Mountain : merci a-yin d’en avoir suffisamment parlé pour titiller ma curiosité ! Cette histoire de révolte d’animaux fabuleux contre une puissance militaire est vraiment très intéressante, intelligemment construite, mais la lecture a été bien plus ardue que prévu. J’ai eu un peu de mal avec la chronologie, du fait des aller-retour constants et un peu artificiels entre l’an 15 et l’an 35 actuel – mais je dois dire que j’ai de plus en plus de mal avec les flashbacks d’une manière générale. J’aurais aussi mieux fait de me pencher d’emblée sur le trombinoscope et les plans, qui n’arrivent qu’en fin de volume. Autrement, l’histoire est quand même très intrigante, dans ce monde empli d’hybrides humains/animaux artificiellement créés. Je note aussi un titre très écologiste, qui s’interroge sur l’impact des hommes sur l’environnement, ce qui ne manque pas de m’intéresser. Au final, Mirror n’est pas parfait, parfois pas très abouti (comment un astéroïde qui veut reprendre ses droits peut n’envoyer qu’une poignée de militaires ?) mais j’ai envie de lire la suite, c’est sûr. Ne serait-ce que pour les dessins magnifiques !

 
La main gauche de la nuit et Le monde de Rocannon : toujours grâce à a-yin, j’ai commencé Le cycle de Hain, aussi appelé Le cycle de l’Ékumen, de la grande auteure de SF, Ursula Le Guin. J’avoue avoir voulu faire les choses bien et commencer par le commencement, à savoir Rocannon. Mais non, comme prévenue, le premier volume n’est pas un chef-d’œuvre.
Du coup, je me suis lancée directement dans le quatrième volume, soit La main gauche de la nuit, qui a obtenu le Hugo Award du meilleur roman en 1970. Au début, j’étais un peu intimidée : c’est délicat de se lancer dans un univers sans tout connaître. Sauf que c’est un peu voulu, les volumes peuvent se lire (plus ou moins) indépendamment. À chaque fois, on découvre une nouvelle facette de l’Ékumen, cette organisation pacifiste qui noue des alliances avec différentes planètes au terme de longues missions diplomatiques. Il m’a quand même fallu me familiariser avec les différents noms propres (de peuples, de planètes), me familiariser avec le concept même de l’Ékumen que Le Guin laisse volontairement dans le flou, comprendre dans quel système solaire on est (si on est dans un système solaire) et quelles sont les technologies en place. Et au fil de la lecture, si tout est loin de s’éclaircir, je comprends au moins pourquoi cette auteure est si acclamée : les missions d’étude et diplomatiques sont un moyen de découvrir d’autres civilisations, et bien sûr, d’autres modes de pensée, d’autres sociétés et d’autres mœurs, magnifiquement décrits. Par exemple, sur Gethen, les gens sont « bisexuels » dans le sens où ils sont asexués la plupart du temps et c’est au moment d’entrer en kemma (ou en chaleur) qu’ils adoptent l’un ou l’autre sexe et recherchent un partenaire d’accouplement. Dans cette société ainsi rythmée, le viol n’existe pas, le sexisme non plus, ce qui ne veut pas dire que tout baigne. Car la grande force de Le Guin, c’est bien sûr sa réflexion poussée, mais aussi sa capacité à dépeindre des mondes très différents du nôtre tout en restant parfaitement crédible, sans négliger les aspects politique et sociétal. En plus, La main gauche prend en cours de route un tournant inattendu (pour moi) pour révéler une histoire encore plus accrochante, une belle histoire d’amour et d’humanité. C’est beau, c’est mélancolique et… ça a été écrit en 1969 ! Je suis vraiment tombée à la renverse en voyant cette date, moi qui associais ces réflexions sur la liberté et le genre majoritairement aux années 80.
Ensuite, pendant le séjour à Marseille, j’ai pu lire rapidement Le monde de Rocannon, tout en maintenant que ça reste mou et plat. Des intrigues un peu déjà-vu, un traducteur qui n’aime visiblement pas les virgules, un ton et des dialogues un peu forcés… J’imagine que l’auteure posait à ce moment-là les bases de son Ékumen, comme la télépathie, sans avoir atteint le degré de réflexion ultérieur. D’une manière générale, Rocannon a été une lecture difficile : trop d’informations, trop de noms, trop de races, trop de planètes, trop d’ellipses, trop abstrait… Rétrospectivement, je peux dire qu’il y a « quelque chose » de différent dans cette introduction, mais je suis quand même bien contente de ne pas avoir commencé par le début !

Sestrières : tombée totalement par hasard sur la nouvelle BD de Lucia Biagi (Point de fuite) à la librairie parisienne SFFF La dimension fantastique. J’ai beaucoup aimé cette histoire de disparition chez des ados en vacances à… Sestrières, mais davantage sur le plan graphique. Les influences manga sont très bien digérées, j’adore ces couleurs violettes et vertes, un peu pastel, un peu fluo. L’auteure retranscrit aussi magnifiquement bien la vie virtuelle des ados (je me sens SI vieille en écrivant ça) : Snapchat et Instagram y sont utilisés à bon escient, pour une fois ! En fond, il y a aussi une sorte de message féministe, bien plus dilué que dans Point de fuite, mais franchement subtil. À part ça, on est dans une pseudo-histoire policière, ou du moins une histoire à suspens, qui m’a moins intéressée. Malgré tout, je suis très contente de l’avoir lue et je recommande chaudement cette auteure italienne !

Golden Kamui 4 : bonjour la couverture dérangée… car ça y est, on entre dans le vif de l’action ! C’était plutôt prenant, ces escarmouches voire ces duels, mais comme j’avais un peu oublié les personnages, leurs camps et objectifs respectifs, j’étais un peu perdue. Vive la mémoire de poisson rouge. Globalement, ce volume a apporté moins de découvertes mais toujours autant de gags, sans oublier son lot de méchants antipathiques. Oui oui, le monsieur sur la couverture est bien méchant.
  
 

Culottées 2 : on continue dans la biographie de femmes au parcours d’exception. Bon, j’ai un peu grincé des dents en y voyant l’activiste (?) Temple Grandin, même si je comprends totalement qu’elle y figure, étant si atypique. Au programme de ce second tome : la reporter Nellie Bly, l’astronaute Mae Johnson, la bandit Phulan Devi, la mécène Peggy Guggenheim… Encore du beau monde, très varié, pour apprendre que les femmes devraient avoir le droit de faire ce qu’elles veulent. À mettre entre toutes les mains, surtout les plus petites.

 
Mon ami Dahmer : changement d’ambiance total avec le pire de l’humanité. Je voulais découvrir l’auteur Derf Backderf sans trop savoir par où commencer : il y a Punk Rock & Mobile Homes dont le titre parle de lui-même, Trashed qui parle d’une époque de sa vie où il était éboueur… et il y a Mon ami Dahmer, sur le tueur en série cannibale Jeffrey Dahmer. Comme cette BD est sortie en version poche pour moins de 10 €, je l’ai achetée sans du tout connaître – même de nom – ce criminel qui a sévi entre 1978 et 1991. Et punaise, le peu qu’on apprend dans cette BD, qui s’intéresse aux faits avant le début de sa spirale meurtrière, a suffi à me glacer. Et pourtant, comme on peut se douter, pendant cette période de l’adolescence, pas encore de véritable horreur même si certains animaux trinquent (disons-le comme ça), mais pas de démembrement d’humain, de cannibalisme ou de dissolution à l’acide. Backderf dresse le portrait de son copain de classe tel qu’il se le rappelle et tel qu’il le retrouve à travers des coupures de journaux et autres interviews. Sans complaisance, presque avec bienveillance, s’attachant en tout cas à décrire la personne qu’il a connue, son malaise, ses faux tocs et ses pulsions réelles, son environnement familial, son éducation… C’est donc un travail minutieux auquel il s’est livré (ça tombe bien, il est journaliste à la base) pour comprendre les mécanismes de Dahmer et qu’il a complété avec de nombreuses notes de fin d’ouvrage, toutes sourcées. Je dois avouer qu’après ma lecture, je suis allée lire quelques-unes des sources citées, ce qui ne m’a pas aidée à bien dormir ^^" Malgré tout, je suis convaincue du talent de conteur et d’analyste de Backderf et lirai volontiers ses autres œuvres – en faisant abstraction du dessin qui ne me parle pas trop.




Les cahiers d’Esther 2 : ce deuxième volet dans la vie d’Esther A., 11 ans, est encore mieux que le précédent ! L’année décrite est très marquée par les multiples attentats, dont Riad Sattouf a parfaitement su retranscrire l’ambiance : les interrogations à l’école, les peurs dans les familles, les discussions dans la cour de récré. Encore une fois, les mots, les poses, les expressions sont d’une grande justesse, on se croirait à côté de ces gamins tantôt lucides, tantôt à baffer. Le tout sans fard, avec son lot de moments mignons, histoire de souffler un peu.


L’arabe du futur 3 : waouh, arrivée à la dernière page, j’en voulais encore. Et pour cause, ce volume 3 a été encore plus passionnant que les autres et s’est lu très très vite. Peut-être que la fin des allers-retours incessants entre la Syrie et la Bretagne m’a plus convenu. Mais on voit aussi les personnages évoluer, surtout les parents : la mère qui commence à s’impatienter et le père dans tous ses paradoxes. Ce dernier y est d’ailleurs étonnamment touchant, dans son rapport contradictoire à la religion ou à son pays, son désir d’une vie meilleure et son ancrage dans ses traditions. Un grand moment de lecture.

 
The Wicked + The Divine 2, 3 et 4 : après un premier volume qui m’a explosé le cerveau au moins autant qu’un des personnages, je trouve cette série toujours aussi prenante, en plus d’être mieux construite de chapitre en chapitre, mais aussi plus classique. Entendons-nous bien, WicDiv est toujours aussi addictif et divertissant, mais peut-être justement plus divertissant que profond. Le postulat, avec ces dieux des temps modernes, est vraiment époustouflant, un peu à la Sandman, mais on s’achemine maintenant vers une opération « bas les masques » un peu moins propice à la réflexion. Enfin, juste un peu, car en arrière-plan, on a toujours des interrogations pertinentes sur notre époque, sur le rapport à la célébrité, sur le suicide, sur l’utilité de l’éducation, le tout habilement mis en scène grâce aux dessins, véritables prouesses graphiques. En conclusion, WicDiv est une œuvre forte, aux multiples thèmes, qui s’appréciera sans doute encore plus à une deuxième lecture.

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