Bilan de lecture : mars + avril 2017

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Avec seulement un mois de retard, voici mes lectures de mars, et en prime celles d’avril ! En mars, j’ai l’impression d’avoir fait du surplace car si j’ai commencé pas mal de romans et d’ouvrages culinaires, je ne les ai finis qu’en avril alors que j’avais vraiment hâte d’en parler. Ce n’est donc pas plus mal que je présente tout d’un coup !


Bride Stories 9 : on continue avec les fiançailles de Pariyah (sur la couverture) et Umar, un couple en fin de compte très moderne et touchant dans sa maladresse et ses balbutiements du début. L’amitié est aussi à l’honneur dans ce neuvième volume et Smith y fait même une brève apparition ! Un nouveau volume bien sympathique, toujours aussi magnifiquement illustré. Bride Stories, souvent copié, jamais égalé (je ne donnerai pas de noms) (mais disons que Gisèle Alain, Arte, toussa, ahem !).

Flow décembre 2016 : je lis toujours Flow avec plaisir (et retard), même si les sujets me semblent répétitifs d’un numéro à l’autre et que d’une rubrique à l’autre, la distinction n’est pas toujours très claire. Tout ne me parle pas, mais c’est une lecture plaisante, surtout en voyage. Et je peux maintenant dire que j’ai l’éphéméride Flow !

Moonlight Act 19 : encore et toujours plus de baston, mais au moins, on arrive au bout d’un très gros arc narratif, celui qui résout partiellement les interrogations sur la force et l’origine de notre héros. Et bien sûr, le volume 19 se termine par un bon rebondissement – car c’est la volonté de l’auteur Kazuhiro Fujita de toujours conclure par un suspens et d’en donner plus à son lecteur.

Zaï Zaï Zaï Zaï : après Steak It Easy, j’ai voulu lire le grand succès de FabCaro, avec une pointe d’appréhension. Ce dernier décrit la paranoïa qui s’empare de la France, d’un attentat à un autre, et se montre franchement hilarant malgré le contexte dramatique. Les situations absurdes, l’ambiance à la BFMTV, les commentaires des uns et des autres… Tout est très maîtrisé, d’une grande finesse et intelligence et les dialogues sont succulents. Si seulement tout cela ne touchait pas si juste, ça ne ferait pas aussi mal…

Écumes : une BD pleine de bonne volonté et dotée d’un dessin très agréable pour parler de la douleur qu’éprouve un couple de femmes face à la difficulté de concevoir. Mais, aussi monstrueux que ce soit de le dire, j’ai trouvé l’histoire très anecdotique dans son rendu, les métaphores étaient un peu bateau (c’est le cas de le dire), les dialogues ne sonnaient absolument pas naturel tandis que les scènes me semblaient forcées. On ressent toute la tendresse et l’amour mais la sauce ne prend pas. J’imagine que j’aurais été plus touchée si j’avais pris toute la mesure de cette douleur.


  
Yako & Poko 3 : dans ce troisième volume, on en apprend plus sur cette révolution survenue il y a 50 ans qui a mis fin aux robots trop performants et permis le retour à une vie plus lente, plus contraignante, peut-être plus « vraie » aussi : les voitures roulent à 40 sur l’autoroute, les dessins sur ordinateur ont « le charme de l’ancien » mais les ordinateurs ne se réparent pas, tout fleure bon la nostalgie ici. Un manga au ton faussement léger, avec une héroïne pas franchement sympa, plutôt flegmatique, original dans son traitement.

 
Ritournelle : voici le manga qu’il me tardait de lire mais dans ma grande distraction, j’ai quand même réussi à acheter La photographe à la place ! Une fois l’échange fait, j’ai eu droit à un vrai coup de cœur pour cette histoire dans un couvent qui propose une ébauche de réflexion sur la foi et sur son expérience dans la vie quotidienne. On perçoit une note d’inquiétude continue mais on est dans la description, sans jugement sur ces femmes, qu’elles choisissent de poursuivre leur vie de sœur ou qu’elles rejoignent finalement le monde extérieur. Tout se fait en douceur, aidé par des dessins de toute beauté auxquels la couverture ne rend absolument pas justice, des couleurs tout aussi sublimes et une maîtrise parfaite de la lumière et des ombres. Je découvre Aoi Ikebe avec ce manga et je suis bien contente d’avoir craqué aussi sur Au fil de l’eau.

Au fil de l’eau : encore un titre traversé par la mélancolie, situé cette fois dans une ville qui semble être Kyôtô. On y suit « la vieille tarée », une vieille dame qui remue ses souvenirs au bord de l’eau. D’ailleurs, sont-ce des souvenirs ou des illusions, des histoires qu’elle invente à partir de ses lectures, des Quatre filles du Docteur March au Festin de Babette ? Au fur et à mesure que son monde s’ouvre, d’autres personnages surgissent et petit à petit, on comprend les liens entre les personnages du présent et ceux des souvenirs, toujours en navigant entre le rêve et l’imagination. Là encore, les dessins se font délicats, les traits sont à peine esquissés, pointillés, d’apparence simple mais si évocateurs et maîtrisés. Là encore, un gros coup de cœur.

Jojolion 3 : ça y est, on renoue réellement avec les actions rocambolesques propres à Jojo’s avec, à tout hasard, un GPS très bienveillant… Et bien sûr, on en apprend plus sur la généalogie de l’hébergeur de Jojolion et la filiation de ce dernier avec Kira, le méchant de la saison 4.

L’enfant et le maudit 1 : intrigant, ce premier volume qui suit une petite fille protégée par un homme cornu et tout de noir vêtu. Les éditions Komikku ont annoncé en grande pompe ce titre en apparence proche de The Ancient Magus Bride, mais du peu que j’ai lu de ce dernier, les comparaisons possibles seraient superficielles. Si on a bien une histoire classique de malédiction, on a aussi un quotidien plus simple et sobre, qui verse dans la mélancolie et la poésie. Les dangers vaguement abordés sont aussi inquiétants, on devine une histoire d’intolérance et de malentendus. Les graphismes sont particuliers, tout en hachures noires, plein de poésie. L’ensemble est prometteur, sans être extraordinaire.

Mars Horizon : enthousiasme. C’est le mot que j’emploierais pour décrire cette BD. Débordante d’enthousiasme même, cette mission de colonisation de Mars située en 2080. On suit les membres de cette mission et en particulier, celle qui sera la première Martienne, dotée d’un enthousiasme scientifique contagieux. L’équipe est pleine de (bonne) volonté et constitue une véritable ode à la tolérance humaine, si bien qu’on oublie vite les quelques problèmes de narration et les quelques dialogues peu naturels. D’une manière générale, Mars Horizon est volontairement naïf, plein d’informations mais suffisamment didactique et possède une vraie originalité qui l’éloigne des blockbusters hollywoodiens, par exemple.

Rumic World : neuf histoires courtes signées de la reine de la comédie, Rumiko Takahashi. Neuf histoires bon enfant et souvent très drôles où se côtoient fantômes, amour vache, quiproquos, sport à la sauce des années 90. Situations rocambolesques au rendez-vous dans ce volume pas indispensable mais très chouette !


Taïwan Comics 2017 : un recueil bien intéressant destiné à présenter quelques auteurs taïwanais, à savoir 61Chi et ses souvenirs de sa ville natale entremêlés à ceux de sa ville d’étude tchèque, Adoor Yeh qui met à l’honneur le mysticisme chez les aborigènes taïwanais, Chen Pei-Hsiu et ses déambulations dans un zoo, VK Chen qui montre le voyage onirique d’un boulanger… dans les airs, Zuo Hsuan au style très shôjô classique mais dont le cadrage est intéressant et You Gui-Xiu qui propose un shôjô à l’ancienne avec pour toile de fond une lutte de pouvoir, un peu à la RG Veda. Côté graphique, c’est aussi très varié, suffisamment pour montrer que le manga n’est qu’une inspiration parmi d’autres, mais pas la seule.


À nos amours 1 : Après la trilogie consacrée à Paris, le mangaka J.P. Nishi s’intéresse maintenant à sa nouvelle vie de famille. À nos amours est certes un peu décousu mais plein de bons sentiments et si enthousiaste. Mis à part les trop nombreuses pages « bébé » (un peu normal quand on devient père pour la première fois, certes), j’ai beaucoup aimé l’ensemble, qui va un peu plus loin dans la réflexion ou sort des sentiers battus lorsqu’il s’agit de décrire les différences culturelles. J’ai d’ailleurs appris en conférence que Nishi est moyennement du genre à vouloir se pencher sur ce sujet :)

Whiskey & New York : heureusement que j’ai reconnu le style de Julia Wertz car, comme le dit si bien la quatrième de couv’, les histoires sur New York sont légion et au mieux, foireuses/foirées, au pire, déjà lues. Et Whiskey & New York vaut le coup ne serait-ce que pour la personnalité de son auteure : foutraque, grande gueule, rebelle, ordurière, blasée mais très attachante (du moins en BD, au quotidien, elle doit pas être facile à vivre ^^). Ce nouvel album est un peu décousu et est au final moins une histoire qu’une collection d’anecdotes, moins une autobiographie dans la ville de New York qu’un guide de New York… quoique les devantures y sont magnifiquement reproduites ! Un titre qui m’a moins marquée que L’attente infinie mais tout aussi intelligent et décalé.

Love Is Love : il s’agit d’un recueil de nouvelles publié à la suite de l’attaque du bar gay Pulse à Orlando et dont les profits sont versés aux familles des victimes. Je n’ai pas grand-chose à dire sur le livre lui-même, si ce n’est que les nouvelles sont inégales comme toujours dans ce genre d’initiatives, mais les appels à la tolérance et à l’amour sont sans nul doute toujours sincères. On voit bien sûr quelques super-héros au passage, « recyclés » avec plus ou moins de bonheur en porte-étendards, mais aussi des scènes de la vie quotidienne, comme elles devraient l’être. En réalité, c’est juste triste qu’un tel recueil doive encore exister de nos jours.

Buffy saison 10, tome 5 : l’avant-dernier volume de la saison 10 ! J’étais plutôt réticente à le lire car cette saison aura été en dents de scie, apprenant des erreurs de la précédente pour se faire moins grandiloquente, plus délirante, mais aussi plus bordélique encore. Mais finalement, ce volume 5 a relancé mon intérêt car il contenait les thèmes fétiches de la série : les différends entre les protagonistes qui choisissent malgré tout de se serrer les coudes et un humour très bien instillé. Quant aux dessins, ils sont toujours aussi moches, mais on s’y fait et avec monsieur, on les a même transformés en échelle de mesure d’autres comics : s’ils sont « pires que les dessins de Buffy », c’est hyper mal barré…


Hunter x Hunter 33 : waouh, je ne l’attendais plus, l’auteur Yoshihiro Togashi nous ayant habitués à des parutions espacées de plusieurs années. Dans ce volume, on rentre carrément dans la vie politique et sociale du monde de nos héros – un aspect rarement abordé dans les shônen. Et ici, ces thèmes ne sont pas juste effleurés, on rentre avec beaucoup de précision dans les rouages de la vie du continent, ce qui donne des dialogues truculents. Ce volume met donc en place un nouvel arc, qui promet d’être riche et intelligent. À dans quelques années pour la suite !

Arslân : bon, je ne sais pas pourquoi je donne autant de chances à Arslân, persuadée que le déclic se fera à un moment ou un autre. En soi, ce titre n’est pas mauvais, mais objectivement, il n’a rien de spécial : des personnages assez attachants mais hyper classiques (par exemple, la femme sur la couverture : efficace, sexy, honnête, et c’est tout), un monde inspiré de la Perse mais assez manichéen en fin de compte et surtout, une intrigue qui tourne en rond. Surtout, on sait que l’auteure Hiromu Arakawa est capable de tellement mieux en illustration ! Là, elle est particulièrement avare en détails et décors et semble faire le minimum syndical. Peut-être parce qu’elle n’est pas aux commandes du scénario ? Pour ma part, je vais arrêter là les frais.


   

March Comes In Like A Lion 1 + 2 : la nouvelle série de Chica Umino, connue pour Honey and Clover ! Je dois dire qu’à part les dessins sympathiques en noir et blanc et franchement sublimes en couleurs, je n’étais pas très intéressée par cette histoire sur le shogi, les « échecs japonais », d’autant que l’auteure, qui s’est adjoint un expert en la matière, entre dans les détails très vite et très souvent. Mais finalement, elle réussit le tour de force qu’effectuent plein de mangakas : nous entraîner dans une histoire dont le sujet est à mille lieues de nos centres d’intérêt. Et si je zappe sans sourciller les pages d’explication sur les stratégies du shogi, je suis avec pas mal de plaisir le quotidien du héros-au-passé-compliqué dans sa famille d’adoption toujours de bonne humeur. Comme pour pas mal de mangas, c’est donc le côté humain qui m’intéresse !


   
(The) Ghost In The Shell : le récent film live de Ghost In The Shell aura au moins eu le mérite de me pousser à me tourner vers l’œuvre originale sous toutes ses formes : la dernière édition manga, la première édition qui date de 1996, le film de Mamoru Oshii et même les musiques de la série animée qui sont tout bonnement géniales. Je persiste donc avec joie dans mon boycott d’un film dont l’esprit ne me plaît pas.
J’ai commencé avec la « Perfect Edition » récemment sortie par Glénat, qui a été mon premier contact avec le manga. Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’histoire est complexe et ne se résume pas à celle d’un cyborg surpuissant dans ses missions top secrètes. Outre une vraie place accordée au contexte politique et géopolitique, il y a aussi une réflexion profonde sur l’essence du cyborg (et donc, de l’Homme), ses droits dans une société où les humains non « augmentés » se font rares et sur la relation homme-machine. Je découvre avec surprise pas mal d’humour dans les missions de Kusanagi, l’héroïne à la coupe de cheveux pas possible (mais tellement forte et classe), et des dessins old school pleins de charme. Là où le bât blesse, c’est malheureusement la traduction qui ne fonctionne pas. J’imagine que pour cette édition « Perfect », le but était de coller au plus près du texte original (paraît que pour certains, c’est comme ça qu’il faut faire) mais le texte français en devient très souvent incompréhensible et mou, peu naturel. Je n’aime pas trop descendre une traduction mais cette lecture ne m’a que donné envie de revenir à la première édition, dont la traduction est, selon monsieur, plus fluide !
Et c’est donc ce que j’ai fait quelques semaines plus tard. Alors certes, le format géant est moins sympa, les couvertures sont très datées, l’impression est moins bonne, le papier brillant gâche un peu la beauté des dessins de Shirow Masamune mais au moins, je comprends les enjeux et tant mieux, vu la complexité de l’œuvre ! On pourrait reprocher à la traduction de 1996 d’être… très 1996, donc très adaptée pour le public francophone, avec sûrement pas mal de libertés, mais le texte est très fluide et les scènes humoristiques font encore plus mouche. Je me suis bien sûr aussi fait un plaisir de comparer les deux traductions pour analyser les choix de traduction et les différences terminologiques et phraséologiques, mais sans la VO et sans beaucoup comprendre le japonais surtout, l’exercice était limité. Une œuvre que je n’ai pas fini de creuser…


Les dépossédés : l’une des merveilles du Cycle de l’Ékumen de Le Guin, merci à a-yin de me l’avoir offerte :) On y voit la planète Urras et sa lune Annares (ou vice-versa), qui mène depuis sa scission il y a 170 ans l’expérience d’un communisme libertaire, sans gouvernement, sans institution, sans monnaie. Forcément, il faut que l’un des membres de cette société aille voir « de l’autre côté du mur » et se frotte à un monde capitaliste proche du nôtre pour mener une réflexion sur la possession, que ce soit d’un bijou, d’une personne ou même d’une théorie. Notre héros travaille d’ailleurs sur une théorie temporelle (qui sera à l’origine d’un outil de communication récurrent dans le Cycle de l’Ékumen), ce qui se traduit dans la narration par des aller-retour entre son passé et son présent ; passé où il est fortement et tacitement désapprouvé de se montrer individualiste (d’« égotiser »), où les femmes sont les égales des hommes, où le libertarisme prend la forme de « syndics » et d’une entité qui centralise les offres d’emploi et les biens ; présent où il se rapproche de courants anarchistes et aide à fomenter une révolution. Notre héros se rend compte petit à petit que le mur invisible qui entoure sa société à priori idéale existe bel et bien : il s’agit de la bureaucratie cachée, il s’agit de la propagande, il s’agit de la dureté de la vie qu’on impose à tous ses membres. Encore une fois, Ursula Le Guin construit des mondes parfaitement crédibles jusque dans leur langue (une société fondée sur l’absence de possession n’emploie que rarement de pronoms possessifs), leur valeur et leurs coutumes. Et si elle s’interroge beaucoup sur l’égalité et l’anarchie, elle reste lucide dans leur application, en témoigne le sous-titre original de l’œuvre, An Ambiguous Utopia.


Petits papiers japonais : cet ouvrage date de 2011 mais possède un goût suranné assez délicieux. Il a pour vocation de nous présenter des emballages japonais dans leur richesse et diversité. Dans une première partie, l’auteure apprivoise les signes pour familiariser son lecteur avec les syllabaires et le sens de lecture japonais pour mieux décrypter le rapport des Japonais à l’écriture. Puis il s’agit de remonter aux origines avec les traditions et coutumes de l’archipel pour mieux mettre en lumière le bavardage des papiers à travers des clés de lecture, les textures, les « mon » ou emblèmes, le concept du vide et du plein. Place ensuite aux papiers en eux-mêmes : les papiers sucrés, les papiers salés, les papiers de la mer, les papiers du thé (hiiii !), les papiers du mingei et les autres papiers. Tout au long des présentations, l’auteure prend soin de nous expliquer comment étudier ces papiers : l’approche artistique, mâtinée de quelques divagations et interprétations qui ont rendu le propos plus pointu que prévu. Au final, j’ai trouvé l’introduction de chaque partie plus intéressante que l’étude des papiers en elle-même, qui s’est révélée assez répétitive, pas assez comparative. L’auteure semble aussi partir du principe que tout le monde comprend au moins les hiragana et les katakana, mais il serait assez facile de s’y perdre. Il est aussi dommage que tous les papiers soient montrés à plat, dépliés et pas en usage et les légendes auraient gagné à être fléchées. Mais globalement, la lecture était franchement passionnante, foisonnant de détails et d’anecdotes historiques qui laissent imaginer l’érudition de l’auteure. Un très bel ouvrage facile d’accès mais par moment étonnamment pointu, à l’enthousiasme contagieux.


 
L’heure des lames + La fille de l’ouvre-boîte : bienvenue dans un monde où les enfants fabriquent leurs propres parents mécaniques et où les dieux se nichent dans les objets du quotidien ! Si j’ai cru qu’il s’agissait là de savantes métaphores, j’ai vite constaté que non : la fille de l’ouvre-boîte a vraiment pour père un ouvre-boîte, les mythématiques sont bien ce qu’on croit qu’elles sont, les enfants connaissent le jour et l’heure de leur mort pour une raison encore inconnue… Il faut tout prendre au pied de la lettre dans ce monde dangereux qui ne dévoile son sens que petit à petit et qui est aussi une métaphore de l’adolescence, mais pas que. On voit des enfants vivre sous une dictature et essayer d’en échapper et j’espère qu’ils y parviendront dans le troisième et dernier volume. À noter une traduction de bonne facture, mais malheureusement truffée de coquilles. Un petit coup de cœur pour cette œuvre atypique et intelligente.


On va déguster : ça y est, je me suis jetée à l’eau et me suis procuré cette encyclopédie culinaire non exhaustive mais ô combien délectable. Des pickles aux pièces de veau, des grands plats dans le cinéma aux portraits de grands noms de la gastronomie, on apprend une foule de choses. Chaque page est différente de la précédente et possède sa maquette, ses dessins et ses infographies propres. Une vraie mine d’or qui comporte bien sûr des recettes, notamment un risotto à l’aubergine et un gâteau à l’orange testés et approuvés.


L’attaque des titans 21 : la couverture spoile le contenu de ce volume, mais… on s’en doutait hein, qu’on allait y arriver ! Et après le faux rebondissement du tome 20 qui a quand même donné quelques sueurs froides, place aux grandes révélations sur l’origine de ce monde. Hélas, comme ça fait pas mal de volumes que je ne suis plus scotchée par l’intrigue je dois dire que ces révélations ne m’ont pas rendue hystérique, d’autant qu’il y a des flashbacks dans les révélations, c’est-à-dire des révélations dans des révélations, ce qui faisait trop pour moi. Ce moment pivot a trop traîné en longueur, si bien que je suis passée à côté, mais je suis contente de voir l’histoire avancer, voire prendre une nouvelle direction.

Les nuits d’Akşehir : le résumé de ce manga est un peu trompeur : il ne s’agit pas tant de se plonger « dans la culture turque » que de s’intéresser à la cuisine et à la danse turques dans un restaurant de Shinjuku, à Tôkyô. Et c’est une introduction plutôt chouette, débordant d’enthousiasme. À l’intérieur, la narration est parfois un peu maladroite (sans que cela gêne la lecture, je précise) et les dessins sont inégalement maîtrisés mais ce titre est tout à fait prometteur. Je me demande d’ailleurs où il va nous mener dans ses deux derniers volumes, puisque l’héroïne se prend pas mal la tête avec son projet artistique et qu’il est question de quête de soi (cf. la « Voie » évoquée en quatrième de couverture). Un titre original, dans son sujet comme dans son approche !


 
Dragon Seekers 1 + 2 : dire que j’ai failli passer à côté du dernier manga de Hideyuki Yonehara, l’auteur du tristement boudé Full Ahead! Coco ! Pour l’instant, les deux premiers volumes de cette grande aventure à la recherche d’un dragon sont juste bien ficelés, avec des personnages caricaturaux, voire clichés, mais je fais confiance à l’auteur pour pondre une histoire de plus en plus ambitieuse et prenante dans ce monde de western-fantasy où les flingues sont légion. Dragon Seekers est à réserver à un lectorat un poil plus âgé, pas seulement parce que les bons sentiments affleurent moins (chaque personnage a ses motivations pour mettre la main sur le fameux dragon mais elles ne sont pas toutes louables), mais parce que l’action est beaucoup plus violente, plus gore, plus cruelle que dans un shônen d’aventure lambda (ou alors j’ai bien vieilli). À noter une séance d’auto-fellation dont je ne suis pas sûre de me remettre même si on ne voit pas grand-chose (ouf !). À noter aussi une excellente traduction de Jean-Benoît Silvestre.


Après la pluie : c’est l’histoire d’une jeune fille de 18 ans qui tombe amoureuse de son patron de 45 ans… Mais ce n’est pas une amourette, ni une comédie ! Vu le synopsis, j’étais étonnée de ne pas voir ce titre dans la collection shôjô de Kana mais effectivement, le ton est très posé et adulte (non pas qu’un shôjô ne puisse pas l’être mais ce genre obéit généralement à d’autres codes). On n’a aucune situation invraisemblable ou minauderie, juste une jeune adulte qui se pose des questions sur sa vie et n’a aucune honte d’avouer ses sentiments. Kana nous offre une très jolie série, servie par des dessins magnifiques, qui sont non sans rappeler ceux d’Aki Irie, même si ce n’est pas la couverture quelconque qui le montre !

L’homme qui mit fin à l’histoire : après La ménagerie de papier, je me suis plongée dans cette nouvelle de Ken Liu, qui prend la forme d’un script de documentaire retraçant l’histoire d’un couple sino-nippon qui utilise les particules à remonter le temps pour faire reconnaître les crimes perpétrés sous couvert d’études médicales par l’Unité 731 japonaise en Mandchourie (ou Mandchoukouo) colonisée, au début des années 30. Les différents témoignages, de la professeure à l’origine des particules au citoyen lambda, sans oublier la chaîne sensationnaliste « FOXNXX », montrent implacablement comment un tel projet peut être compris de travers, comment l’Histoire est instrumentalisée, comment la petite histoire se fond dans la grande. Les parallèles avec l’Holocauste sont évidents, donc les réflexions n’ont peut-être rien de nouveau, mais elles ont trouvé un écho chez moi. Liu s’interroge sur la nature même de l’Histoire : où s’arrête l’Histoire et où commence l’activisme ? Qu’est-ce qu’une preuve historique ? Comment établir la vérité historique quand on est le témoin unique et éphémère d’un événement ? Quand les preuves ne peuvent pas être corroborées ? C’est peut-être Lavoisier qui donnera la réponse finale : « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme »…


March Comes In Like A Lion 3 : on m’a prévenu que c’est au volume 3 que ce titre entre vraiment dans le vif du sujet, à savoir le shogi, du coup, je ne me suis pas franchement précipitée pour le lire, redoutant les tonnes d’explications. En fin de compte, je me suis laissée happer par la chaleur de la famille d’adoption du héros et les lourdeurs narratives que je craignais n’étaient pas si terribles que ça. Bien sûr, il y a des phylactères uniquement remplis de positions de pion mais aussi des parties de shogi qui se traduisent par des métaphores, où l’auteure décrit le style des joueurs plutôt que leurs coups, ce qui rend quand même le tout compréhensible. Ce titre n’est donc toujours pas un coup de cœur pour moi, mais une lecture très agréable, surtout les parties tranches de vie.


Dead Dead Demon’s Dededede destruction 3 : la dernière série d’Inio Asano est toujours aussi sympa à lire (malgré une mini-tragédie) mais je ne parviens pas à aller au-delà de l’aspect dénonciation de la connerie humaine avec tous les codes de la pop culture. Le mélange est quand même admirablement bien fait et montre un groupe de lycéennes fans de mangas, de jeux vidéo ou de garçons observer avec un dégoût nonchalant la progression d’un énorme vaisseau extraterrestre apparemment peu belliqueuse et la déliquescence de l’humanité, mais rien de révolutionnaire pour autant. C’est juste ingénieux et bien vu. Et c’est déjà pas mal.

4 commentaires:

  1. Je viens de m'offrir des Manges et j'ai justement hésité sur "Après la pluie" .. Le prochaine fois peut être :) ?

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    1. Je peux aussi te le prêter :)
      Il pourrait te plaire, je pense.

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  2. J'ai bien aimé l'enfant et le maudit, mais j'avoue que les dessins ne me plaisent pas complètement.
    Bride stories est toujours aussi bien, je suis vraiment fan perso.
    J'ai hésité pour après la pluie, je pense attendre la sortie de un ou deux autres volumes pour les acheter.
    Quant à march..., j'avais aussi hésité, mais au vu de tes commentaires, je pense avoir bien fait de ne pas prendre !

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    1. J’aime bien les dessins de L’enfant et le maudit sans les trouver extraordinaires. Tu lis The Ancient Magus Bride ? Il y a des similarités mais je n’accroche pas du tout à ce dernier.

      Quant à March…, les gens autour de moi sont enthousiastes mais sans aimer/suivre les parties de shogi. Pour ma part, outre le sujet qui m’intéresse pas, il y a aussi la propension de l’auteure à multiplier les commentaires hors bulles qui est un procédé fatigant, à mon avis ^^ Mais n’hésite pas à te procurer un extrait gratuit pour te faire une idée !

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