L’arlésienne

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Outre mes problèmes de végétarisme, en ce moment, certains sujets tournent en rond dans ma tête. Et tout en haut de la liste trône Hong Kong. J’en ai déjà parlé ici, mais je me surprends à être intarissable sur le sujet, à vouloir en parler encore et encore, pour ne pas oublier.

L’été, tout me rappelle Hong Kong. Sous ces deux lettres, « HK », je cache aussi bien la ville que sa fameuse cuisine que ma famille que mes meilleurs souvenirs en famille. Mon dernier voyage date de 2013 ; mon prochain, s’il se fait, me demandera une sacrée dose de préparation psychologique. Je ne reviens pas ici sur la scission familiale à l’origine de mon incapacité à songer retourner chez « ma tante et mon oncle de Hong Kong » : ce sont de bêtes disputes, malentendus et vexations comme on en voit hélas dans toutes les familles.

Mais c’est ce qui me pousse à enfouir toujours plus de choses sous le tapis : les odeurs de pluie, d’étouffement et de climatisation qui me chatouillent le nez différemment que partout ailleurs dans le monde, l’été tangible et visible, les lumières des énormes enseignes à la fois commerciales et oniriques, les films hongkongais dont je me suis soigneusement désintéressée, figée à l’époque de la découverte ô combien banale de Wong Kar-waï, les bruits de circulation et d’automates très différents de ceux entendus au Japon… Tout, absolument tout se mêle dans ma tête pour former une belle pelote serrée que je ne cherche pas à défaire.

Et il y a bien sûr mes piliers : la bouffe divine de Hong Kong qui me met les larmes aux yeux rien que par leur pensée et ma famille sur place, avec qui je limite soigneusement les interactions. Le second enfant de ma cousine que je n’ai jamais vu. Les noms que je ne prends pas la peine de mémoriser. La colère qui sourd quand je constate que ça ne semble faire ni chaud ni froid à personne que mon père soit barré des discussions familiales – certes, personne n’est démonstratif chez nous car « ça ne se fait pas, c’est un truc d’Occidentaux », ce qui est bien pratique pour ne pas agir.

En toute évidence, mes rêves tournent autour de ça : des repas de famille (un mauvais présage, selon ma mère) (sans blague) tantôt insouciants, mais la plupart du temps très pesants et artificiels. Comme je n’ai pas d’imagination, mon esprit perdu s’amuse bien à tisser ces rêves à partir de mes souvenirs et au réveil, ce n’est pas la joie, d’une part, parce que ces rêves sont faux, et d’autre, parce que j’ai la crainte stupide d’épuiser tous les souvenirs familiaux en les diluant dans mes rêves. D’avoir au bout du compte plus de passé que de futur sur le plan familial.

Il n’y a pas si longtemps, je disais que je savais pertinemment que mes « problèmes familiaux » reviendraient m’exploser à la figure. Je m’étais trompée : rien n’explose, ou alors c’est une très longue déflagration qui m’ébranle un peu plus à chaque fois. Je ne pensais pas à m’attacher autant à un lieu où, mis bout à bout, je n’ai même pas vécu un an, mais où je me sentais vraiment bien. Je ne pensais pas que ce serait difficile de mettre de la distance avec de la famille très proche mais surtout, de voir que ça ne semble pas la déranger plus que ça. Je ne pensais pas que ce serait si douloureux de parler de Hong Kong aux personnes qui m’interrogent à ce sujet, même si je me réjouis sincèrement qu’elles, elles puissent encore tout découvrir de cette ville, de cet espace si atypique. Je ne pensais pas que j’en viendrais à détacher le cantonais de Hong Kong.

J’imagine que cela veut dire qu’il faudrait que j’y retourne une énième fois exorciser mes démons, faire un « truc d’Occidentale ». Énième car je n’ai toujours pas eu le courage de sortir les albums photo pour apposer un nombre fini à mes voyages. Mais il faudra bien que je boucle la boucle et que je me dépêtre de mes souvenirs…

[Au fait, j’ai dans les cartons et depuis très longtemps un billet sur mon introversion… mais j’attends un peu avant de le publier, j’ai peur que ça ne fasse trop joyeux sur ce blog, en ce moment :D !]

4 commentaires:

  1. Sans être au fait de toute l'histoire (les histoires ?), ni dans une situation similaire, je crois comprendre ce que tu ressens (vis) pour avoir vécu la délicate expérience de l'identité/l'autre pays/la famille. Lorsqu'il y a affaire de famille, de souvenirs, c'est une part d'identité qui est touchée et c'est forcément douloureux. Hong-Kong et tous les souvenirs sont une part de toi, je pense (j'espère) que tu vas réussir à ré-attacher ce pan de ta vie à un moment donné d'une manière différente sans doute qu'il ne l'était à l'origine.

    Ps: j'attends ton billet sur l'introversion, moi, l'introvertie ;)

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    1. Merci pour tes paroles toujours sensées :)
      Oui, je vois ça comme une espèce de puzzle à réorganiser.

      C’est noté pour l’introversion, je ne sais pas si ce sera intéressant, mais je le termine dès que j’ai un peu de temps.

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  2. Je me demande si tu ne peux pas contourner ces problèmes de famille: tu es toi, pas tes parents, et peut-être faudrait-il que tu fasse entendre ta voix, ton avis ? Je ne connais évidemment pas les détails des différends.

    Comme toi, je suis attirée par des odeurs, des souvenirs, de la nourriture et tout ça à HK me tente beaucoup, sans doute très fort influencée par les films de Wong Kar-Wai et d'autres. J'aime cette Asie des grands buildings marqués par le climat tropical, c'est une atmosphère très spéciale que je retrouve également à Bangkok.

    Bref, tout ça pour dire que je pense toujours à nos idées communes et que si ça peut se faire, je ferai de mon mieux pour être un bon soutien psychologique ;-)

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    1. Je l’ai fait en février, ça m’avait dévastée. Et le problème implique trop de personnes pour qu’on m’écoute, moi, la jeunette. Et si je ne suis pas mes parents, je suis assez du côté de mon père et n’accepte pas qu’on l’ignore ou qu’on fasse comme s’il n’existait pas. Donc dedans, il y a ma colère qui risquerait de mettre de l’huile sur le feu.

      Merci dans tous les cas et je pense qu’on gagnerait à y aller toutes les deux :)

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