Introvertie

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Ce billet m’est inspiré par celui de Morgan, « Extravertis, si vous saviez… », publié en mai dernier.

J’allais écrire en commentaire de son blog qu’il y a différentes formes d’introversion, que je suis clairement introvertie mais que j’adore sortir au ciné et au restaurant (ça se voit…), que je n’angoisse pas à l’idée de sortir, bien au contraire. Et pourtant, je ne suis pas extravertie.

Et comme souvent, cette voix en sourdine vient me lancer : « Vraiment, tu aimes tant que ça sortir ? Vraiment, tu ne planifies pas les choses, toi ? »…

Bon, la réponse est évidente : si, bien sûr que si je planifie. J’écris aujourd’hui 8 octobre ce billet qui paraîtra le 20, après tout. Mais je crois que je suis habituée à planifier, je ne sais pas faire autrement.
Toute petite, quand je devais passer des milliards de coups de fil à différentes administrations pour ma famille (une petite dizaine de personnes, au sens large), j’étais terrifiée. Il fallait que j’explique la situation, chronologiquement, à une personne adulte qui allait forcément me juger, que j’explique parfois pourquoi le membre concerné de ma famille ne pouvait pas appeler lui-même, que je n’oublie aucune information pour qu’on prenne au sérieux une gamine de 10 ans, que je n’oublie aucune question pour ne pas me faire railler par ma famille pour ma lenteur d’esprit… Quel stress, j’en faisais des arbres des possibilités : si mon interlocuteur me répond ceci, alors je dis cela, s’il me rétorque ceci, je pourrai revenir à l’étape 2, etc. Fort heureusement, tout cela ne m’a pas trop traumatisée, je ne suis presque jamais tombée que sur des adultes patients et gentils avec moi. À la limite, c’est mon grand-père qui m’avait le plus choquée en me sermonnant lorsque j’ai eu l’outrecuidance de me plaindre que j’aurais aimé avoir une adolescence plus normale : « te plains pas, ça te fera les pieds pour plus tard ». Le fait est que, maintenant, je peux passer tous les coups de fil du monde en faisant n’importe quoi à côté, n’importe où et avec quasiment n’importe qui. Tant que mon interlocuteur ne me voit pas.

Car oui, maintenant, c’est de visu que je perds mes moyens. Je rougis très facilement, bafouille, bégaie, inverse des mots quand je ne les perds pas. Sans doute toujours cette peur d’être face à quelqu’un-qui-me-juge-quelle-horreur. Les oraux ont toujours été un calvaire, sauf quand je n’avais face à moi qu’une personne ou deux maximum. Les rares fois où je n’ai pas abrégé mes souffrances en délivrant le strict minimum, c’était quand je me glissais dans la peau de quelqu’un d’autre, mais je n’ai pas cette capacité de m’imaginer autre sur commande donc, il fallait quand même un sacré concours de circonstances pour que ça marche.
Avec des gens que je croise pour la première fois, j’ai aussi tendance à écouter et à analyser pour ne pas dire de bêtises avec le stress. Et pourtant, je ne me considère pas timide, étant capable de me livrer ou de prendre la parole quand je connais bien la personne (ou, à tout hasard, quand je suis « derrière » l’écran).
Ado, je me disais que c’était parce que je n’aimais pas du tout mon physique que je me liquéfiais quand on portait un regard dessus. Maintenant, ça va parfois mieux, parfois pas, mais il me semble que je suis passée outre et qu’au pire, on me trouve laide et/ou bizarre… et alors ? J’ose espérer être plus que cette personne laide et/ou bizarre.

Et pourtant, il y a eu beaucoup de moments dans ma vie où j’étais mal à l’aise ne serait-ce qu’en marchant dans la rue ou en entrant dans une boutique. Je ne parle pas du harcèlement de rue, qui peut être assez présent là où j’habite comme dans les plus beaux quartiers de Paris, mais bien l’impression de ne pas être à ma place, de vouloir revêtir une cape d’invisibilité. C’était particulièrement prégnant l’année dernière, lorsque je commençais à être très, très sédentaire et très, très mal dans ma vie. C’est un peu mieux cette année, même si j’ai fait des rechutes. J’imagine donc qu’il y a une corrélation entre mon état d’esprit et ma capacité à me déplacer en public. Malgré tout, je ne peux pas m’empêcher de me voir parler et agir de l’extérieur et au ralenti et de me corriger en permanence.

Tout ça pour dire que finalement, je me retrouve assez bien dans le portrait de Morgan. Je peux tout à fait enchaîner un cinéma, un restaurant et un bar avec des amis, que je ne pense pas stresser outre mesure, mais que j’ai l’habitude – et sans doute, le besoin – de planifier : la durée de la sortie, le lieu, les personnes présentes et les itinéraires, je les note mentalement dans ma tête. Certes, pour les itinéraires, c’est autant parce que j’ai un sens de l’orientation défaillant que parce que j’essaie de ne pas faire de détours superflus et légèrement angoissants. Si je sors manger, j’aime et j’ai besoin d’avoir accès à la carte du restaurant (et surtout, du bar), parce que je me régale d’avance, mais parce que ça me rassure, alors que je n’ai pas d’allergie et que je mets mon végétarisme entre parenthèses.
Si j’ai prévu trop d’événements la même semaine, il m’arrive souvent d’en annuler un ou deux pour souffler, car des fois, c’est trop de les imaginer et c’est trop de les vivre : j’atteins mon quota de sociabilité plus vite que prévu.

Au final, je ne sais pas si tout cela est vraiment dû à mon introversion, à une angoisse latente ou à un besoin de tout contrôler, mais ça ne me gâche pas franchement la vie. Je ne panique pas si les choses ne se déroulent pas selon les prévisions, mais j’ai besoin d’un garde-fou. Et j’ai aussi la chance de ne pas avoir un entourage qui m’exhorte à sortir en boîte, à voir du monde, à participer à des conférences ou que sais-je.
À la limite, ce qui m’embête un peu, c’est que mon introversion met un gros holà à ma spontanéité : pas celle d’accepter de partir en voyage sur un coup de tête ou de tester un resto devant lequel je passe par hasard (tant que ça tourne autour de mes passions…), mais la spontanéité de mes réactions et émotions. J’ai toujours eu peur de ne pas paraître assez enthousiaste en déballant mes cadeaux par exemple, car ce qui dans ma tête sonne comme un wohputain, merci mec ! n’est en réalité qu’un pitoyable oh, mercifallaitpas, heu merci. Puis j’ai peur de ne pas avoir assez montré ma joie et me confonds en remerciements écrits. Cela dit, y a pas mort d’homme, et depuis le temps, j’ai accepté mon introversion, mon côté « je garde tout pour moi-même », je sais que certaines personnes extraverties manquent encore plus de confiance en elles que moi. Et si je ne sais pas hurler de joie sur commande, tant pis…

2 commentaires:

  1. Ha mais l'introversion n'est pas liée au fait d'aimer que les choses soient organisées planifiées.Dans le MTBI, i introversion c'est où tu vas te ressourcer, soit avec toi même soit récupérer ton énergie avec les autres. Par contre la référence J judging, tu aimes tout planifier.
    Donc à voir comment tu te ressource :) soit dans un bouquin en buvant du thé toute seule ou en allant au ciné avec des copains :)

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    1. Tu as tout à fait raison, je sentais bien que je déviais du sujet en rédigeant le billet ^^
      Je pense que tu as la réponse : je me ressource seule pour avoir assez d’énergie pour aller au ciné avec les copains, héhé ^^
      Quant au test dont tu parles, je l’avais déjà fait sans grande conviction mais les réponses ne m’avaient pas trop surprises ^^

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