[Magazine] Koï

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Il y a quelques mois, il ne se passait pas une semaine sans que je vous bassine avec un kickstarter qui devait donner naissance à un magazine dédié aux cultures asiatiques – une première en France.
Je vous la fais courte, car ce magazine est né sous la forme d’un beau bébé de 98 pages, sur l’initiative de la journaliste Julie Hamaïde, et il s’appelle Koï, la carpe en japonais. Celle qui remonte le courant pour devenir un dragon. Si si.

J’avoue que ce pari était si plaisant et inédit que je ne savais pas à quoi m’attendre et que je me suis laissée porter par la vision de sa créatrice.
Maintenant que j’ai reçu le premier numéro comme contrepartie de ma contribution et que je l’ai lu, j’ai une idée plus précise de ce que j’en attends et suis ravie de pouvoir voir son évolution.

Car oui, un premier numéro, ce n’est pas parfait (c’est là que l’analogie avec le bébé devait s’arrêter), mais c’est ce qui fait tout le sel de l’aventure. Au menu des (gentilles) récriminations, je ne peux pas faire l’impasse sur les coquilles qui arrachent un peu les yeux. Rien de méchant, c’est juste une déformation professionnelle de ma part et j’imagine bien qu’avec la pression du bouclage, l’équipe n’avait pas forcément le temps de tout vérifier dans le détail. En tout cas, si elle recherche une correctrice pour les prochains numéros, je suis plus que motivée ! :)

Côté articles, il y a, comme dans toute revue, des choses qui m’intéressent, d’autres moins et d’autres encore (plus rares), pas du tout. Ce qui est épatant, c’est que mon intérêt n’a pas été avivé que là où je le pensais, et c’est pour moi la preuve que Koï aura encore beaucoup à offrir à l’avenir.
Par exemple, l’article sur le modèle économique du réseau social WeChat (Weixin en Chine et en chinois) m’a vraiment captivée ! Alors que je ne pensais pas y découvrir grand-chose, j’apprends qu’il y a en réalité une tout autre manière de consommer et de se renseigner qui s’est créée via cette application qui n’est pas sans ressembler à What’s App. Vraiment intéressant et inattendu.
J’ai également été happée par l’univers visuel de l’artiste Odonchimeg Davadorj, dont les œuvres sont imprégnées de son origine mongole. Il y a aussi les propos de la blogueuse Mai Hua, « J’ai toujours réussi à m’adapter et ça, c’est un truc d’immigré ! » qui m’ont fait sourire et réfléchir…

Comme prévu, j’ai adoré l’interview de Mai Lam Nguyen-Conan, présidente de l’institut de conseil ViaVoice et spécialiste des questions d’interculturalité appliquées à la stratégie commerciale et au marketing ethnique, qui m’a ouvert les yeux à bien des égards. Moi qui suis souvent dégoûtée par le marketing que je trouve hypocrite et/ou sans limites dans son whitewashing ou greenwashing, j’ai redécouvert qu’il pouvait être éthique et ethnique à la fois. Et découvert une vision saine du commerce, agrémentée d’une myriade de pistes de réflexion sur la représentation des Asiatiques dans la publicité ou encore les habitudes de consommation des Asiatiques, issus de la diaspora ou non. Une riche interview qui justifierait presque l’acquisition du magazine à elle seule.

Ma légère déception vient de l’enquête sur la deuxième génération d’Asiatiques en France qui a donné la parole à trois Asiatiques français (ou Français d’origine asiatique ?), que l’on retrouve sur la couverture. Cette enquête était passionnante à lire et sa qualité est incontestable, mais peut-être en attendais-je trop, peut-être que tout ce que je voulais y voir figurer ne tient pas dans quelques pages d’un magazine ? Personnellement, je pense qu’une mise en contexte plus poussée n’aurait pas fait de mal, surtout pour les lecteurs pas familiarisés aux questions d’immigration et d’intégration que le magazine souhaite aussi toucher – et à juste titre. Toujours selon moi, une mise au point terminologique n’aurait pas non plus été de trop : qu’appelle-t-on « deuxième génération », en France ? S’agit-il des immigrés de la première vague ou de leur descendance née en France ? Ou encore, tout bêtement, c’est quoi, « teochew » ?
Malgré ces petits manques, cette narration à trois voix et cette mise en parallèle (ou pas) offrent un éclairage bien intéressant de la diversité au sein d’une communauté qu’on veut voir homogène.
Cette enquête montre que le sujet est suffisamment riche pour être traité en long, large et travers. J’ai hâte de lire encore plus d’enquêtes et de témoignages, car c’est comme ça que la mémoire et l’expérience des Asiatiques de France se créeront, à force de réflexions et de confrontations.

Mais encore ? Car ce n’est pas tout ! En vrac, citons les portraits de deux cuisiniers, l’un Allemand d’origine indonésienne et jury de MasterChef Indonésie, l’autre finaliste de MasterChef France, et d’un collectionneur de souvenirs relatifs à l’installation des Chinois en France ; une présentation de la Fête de la Lune (ou Fête de la Mi-Automne) ; une rencontre avec des sumotoris parisiens (si si) ; le projet Ab Origine Fidelis d’Olivier Vinot ; un reportage hors des sentiers battus sur la préfecture japonaise de Gifu ; une interview avec le mythique Yoshiki du mythique groupe japonais X Japan ; une page d’Histoire avec les stigmates de l’Agent Orange dispersé au Vietnam pendant la guerre, sans oublier les traditionnelles pages de shopping (un minimum ethnique, s’il vous plaît !), d’anecdotes du monde et de tribune passionnante.

Bref, il y a à boire et à manger et j’ai hâte de voir comment toutes ces rubriques vont s’imbriquer et quelle vision Julie Hamaïde va adopter pour son magazine. Dans ma position de lectrice d’origine chinoise, je trouve exaltant de participer à l’aventure dès ses débuts et de pouvoir assister à son évolution ! Merci à toute l’équipe éditoriale pour ces articles variés, originaux et enrichissants.


Koï numéro 1
Bimestriel (septembre/octobre 2017)
Prix de lancement : 4,90 €

1 commentaire:

  1. Tiens, même si je ne suis pas Asiatique, ça m'intéressera de lire ce magazine, vu comment tu en parles en bien. Il faudra que je te l'emprunte, à moins que je ne puisse le trouver en kiosque sur Paris...

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